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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202213

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202213

vendredi 9 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202213
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantAARPI CONCORDANCE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 septembre et 10 novembre 2022, M. E G, représenté par l'AARPI Concordance Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il appartient à l'administration de justifier que le signataire de l'acte bénéficiait d'une délégation de signature ; il n'est pas établi que M. C aurait été absent ou empêché ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-2, 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- l'interdiction de retour est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant le délai de départ volontaire ;

- elle porte gravement atteinte à sa situation familiale ; des circonstances humanitaires font obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour.

Par des mémoires en défense, enregistré les 4 et 14 novembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Balouka, représentant M. G.

Considérant ce qui suit :

1. M. E G, de nationalité algérienne, est entré en France au mois d'août 2018 selon ses déclarations. Il a fait l'objet le 28 septembre 2022 d'une garde à vue pour des faits de violence volontaires sur sa concubine enceinte de cinq mois. Par un arrêté du 28 septembre 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décision attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 27 avril 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2022-084 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à M. F A, adjoint au chef du bureau de l'asile et de l'éloignement, à l'effet de signer, en cas d'empêchement de M. D C, les arrêtés relevant des attributions de la section éloignement. Celles-ci comprennent, en application de l'article 3-4-3 de l'arrêté préfectoral du 30 août 2021 portant organisation des services de la préfecture du Calvados, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2021-158 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, la rédaction et l'exécution des obligations de quitter le territoire, ainsi que la rédaction des décisions fixant le pays de destination et des interdictions de retour sur le territoire français. Il n'est pas établi que M. C n'aurait pas été empêché le jour de la signature de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". Il résulte de ces stipulations, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté attaqué, le requérant vivait en concubinage avec une ressortissante française, qui est enceinte d'un enfant que M. G a reconnu de manière anticipée le 21 septembre 2022. Le requérant, qui a fait l'objet le 28 septembre 2022 d'une garde à vue pour des faits de violences volontaires sur sa concubine enceinte de cinq mois, a déclaré lors de son audition par les services de police être père d'un enfant de six ans qui n'est pas à sa charge. Il n'est pas allégué que cet enfant résiderait en France. Dans ces conditions et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Le requérant soutient qu'il vit en France depuis quatre ans, en concubinage depuis un an avec une ressortissante française et que celle-ci est enceinte d'un enfant qu'il a reconnu le 21 septembre 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. G, qui a fait l'objet le 28 septembre 2022 d'une garde à vue pour des faits de violences volontaires sur sa concubine enceinte de cinq mois, a déclaré lors de son audition par les services de police être père d'un enfant de six ans. Dans ces conditions, l'attestation établie par la concubine du requérant pour les besoins de l'instance ne saurait être prise en compte. Les deux autres attestations produites, rédigées par un ami et la mère de la concubine, sont peu circonstanciées. Il est constant que le couple partage un hébergement à Caen depuis un an. Ainsi, la communauté de vie était récente à la date de la décision attaquée. Le requérant ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales en Algérie. Il ne fournit aucun justificatif probant qui attesterait d'une intégration sociale particulière en France. Compte tenu de ces éléments, le préfet du Calvados n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

En que ce qui concerne l'autre moyen invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire :

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle et familiale.

En que ce qui concerne les autres moyens invoqués à l'encontre de la décision refusant un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision refusant un délai de départ volontaire.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

10. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le requérant n'est pas entré régulièrement sur le territoire français et n'avait pas sollicité, à la date de la décision attaquée, la délivrance d'un titre de séjour. Dès lors, le préfet du Calvados a pu légalement se fonder sur les dispositions précitées pour refuser d'octroyer au requérant un délai de départ volontaire. La circonstance que sa concubine est enceinte, compte tenu de ce qui a été exposé au point 6 du présent jugement, ne constitue pas une circonstance particulière au sens des dispositions précitées. Par suite, et même si le requérant dispose de garanties de représentation suffisantes, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne l'autre moyen invoqué contre la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

En que ce qui concerne les autres moyens invoqués à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision refusant un délai de départ volontaire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire.

13. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

14. Eu égard à ce qui a été exposé au point 6 du présent jugement, les liens familiaux qu'invoque le requérant ne peuvent pas être regardés comme des circonstances humanitaires. Le requérant, qui est également père d'un enfant de six ans né d'une précédente union, ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française. La durée de son séjour résulte de son maintien irrégulier en France. Par suite, le préfet du Calvados, en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, n'a pas commis d'erreur d'appréciation quant au principe ou à la durée de cette mesure.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. G doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E G, à Me Balouka et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

F. B

L'assesseur le plus ancien,

Signé

P. MARTINEZ

La greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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