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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202227

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202227

vendredi 23 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDESERT

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I.- Par une requête, enregistrée sous le n° 2201924 le 18 août 2022 et deux mémoires complémentaires enregistrés les 2 mars et 11 mai 2023, Mme B C demande au tribunal d'annuler la décision du 4 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de La Haye a prononcé à son encontre la sanction disciplinaire de blâme.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- la décision d'ester en justice est irrégulière ;

- la sanction est entachée de vices de forme ;

- elle est entachée de vices de procédures ;

- la décision portant rejet du recours gracieux est irrégulière ;

- les propos irrespectueux, le manquement au devoir de discrétion ne sont pas établis ;

- les faits reprochés sont dépourvus d'intentionnalité ;

- la sanction rétroactive est illégale ;

- elle méconnaît l'article L. 131-12 du code de la fonction publique ;

- la sanction est entachée d'erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 26 et 27 janvier, 31 mars, 17, 26 mai et 2 juin 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, le maire de la commune de La Haye, représenté par Me Désert, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge de Mme C une somme de 750 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

II.- Par une requête, enregistrée sous le n° 2202227 le 30 septembre 2022, et des mémoires enregistrés les 27 mars et 31 mai 2023, Mme B C demande au tribunal d'annuler la décision du 22 mars 2022 par laquelle le maire de la commune de La Haye a décidé de l'affecter au service scolaire sur un poste d'assistante et gestionnaire administrative à l'enfance-jeunesse-éducation et de la rétablir dans son service initial.

Elle soutient que :

- la décision est entachée de vices de forme ;

- elle est entachée de vices de procédure ;

- la mutation n'est pas intervenue dans l'intérêt du service ;

- elle porte une atteinte à sa situation personnelle ;

- elle constitue une sanction déguisée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 février, 22 mai et 2 juin 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, le maire de la commune de La Haye, représenté par Me Désert, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge de Mme C une somme de 750 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre un acte ne faisant pas grief ;

- les conclusions tendant au rétablissement au sein du service sont irrecevables ;

- les autres moyens présentés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n°89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- et les observations de Me Désert, représentant la commune de La Haye.

Deux notes en délibéré présentées pour la commune de La Haye ont été enregistrées le 19 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, agente titulaire au grade de rédactrice depuis le 13 novembre 2019, occupait le poste de responsable des ressources humaines. Par une décision du 4 mars 2022, le maire de la commune de La Haye a pris à son encontre une sanction disciplinaire de blâme pour manquements au rapport entre subordonné et supérieur hiérarchique et à l'obligation de discrétion, compte tenu d'un incident survenu le 8 décembre 2021. Le recours gracieux présenté par l'intéressée le 26 avril 2021 a été rejeté par décision du 21 juin 2022. Par la requête n° 2201924, Mme C sollicite l'annulation de la décision du 4 mars 2022. Par un courrier du 22 février 2022, reçu le 4 mars suivant, le maire de la commune de la Haye a informé Mme C de sa volonté de l'affecter au poste d'assistante gestionnaire à l'enfance-jeunesse-éducation. Par un courrier du 22 mars 2022, le maire de la commune a procédé à la mutation de l'intéressée. Par la requête enregistrée sous le n° 2202227, Mme C sollicite l'annulation de cette décision.

Sur la jonction :

2. Les requêtes, enregistrées sous les nos 2201924 et 2202227, introduites par la même agente publique, soulèvent des questions communes en lien avec les mêmes faits. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur le défaut d'habilitation du maire à agir en justice :

3. Aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ". Selon l'article L. 2132-2 du même code : " Le maire, en vertu de la délibération du conseil municipal, représente la commune en justice ". Il résulte de ces dispositions que le conseil municipal peut légalement donner au maire une délégation générale pour ester en justice au nom de la commune pendant la durée de son mandat.

4. Par une délibération du 15 septembre 2020, reçue par la préfecture le 17 septembre 2020, le conseil municipal de La Haye a donné délégation à son maire aux fins notamment de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, pour tout contentieux notamment au fond. Par suite, le moyen tiré du défaut d'habilitation du maire à représenter la commune en justice ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la sanction disciplinaire portant blâme :

En ce qui concerne les moyens de légalité externe :

5. En premier lieu, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

6. En l'espèce, le maire de la commune de La Haye a prononcé le 4 mars 2022 un blâme à l'encontre de Mme C. Le recours gracieux présentée par cette dernière a été explicitement rejeté par décision du 21 juin 2022. La circonstance que cette décision serait entachée de vice de forme, notamment concernant la signature, est sans incidence sur la légalité de la sanction infligée le 4 mars 2022. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En deuxième lieu, la circonstance que la décision portant sanction comporterait des erreurs de date, non précisées, ou de formule exécutoire, est sans incidence sur la légalité de la décision. Le moyen tiré de vice de forme doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux : " L'autorité investie du pouvoir disciplinaire informe par écrit l'intéressé de la procédure disciplinaire engagée contre lui, lui précise les faits qui lui sont reprochés et lui indique qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel au siège de l'autorité territoriale et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix. / L'intéressé doit disposer d'un délai suffisant pour prendre connaissance de ce dossier et organiser sa défense. Les pièces du dossier et les documents annexés doivent être numérotés ".

9. Par un courrier du 3 février 2022, notifié le 8 février suivant à l'intéressée, le maire de la commune a informé Mme C de la procédure disciplinaire engagée, des faits reprochés, de la possibilité de consulter son dossier administratif, d'être assistée par un conseil de son choix et lui a demandé de bien vouloir présenter des observations pour le 17 février 2022. Par un courrier du 11 février 2022, en réponse à un courrier de la requérante, le maire de la commune a précisé les modalités de consultation du dossier, a communiqué le dossier administratif à l'intéressée et lui a donné jusqu'au 28 février 2022 pour présenter ses observations. Ce courrier a été réceptionné le 17 février 2022 par Mme C, qui avait connaissance de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre depuis le 8 février 2022. Dans ces conditions, le délai accordé pour présenter ses observations était suffisant. Par ailleurs, la circonstance que ses courriers d'observation ne figuraient pas, à la date du 18 mars 2022, dans son dossier administratif, est sans incidence sur les garanties qui lui ont été apportées dans le cadre de la procédure disciplinaire.

10. Par ailleurs, si la requérante entend mettre en cause l'enquête administrative préalable, elle n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de vices de procédure, pris en ses différentes branches, doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens de légalité interne :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 131-2 du code général de la fonction publique : " Aucune distinction ne peut être faite entre les agents publics en raison de leur sexe ". Aux termes de l'article L. 131-3 du même code : " Aucun agent public ne doit subir d'agissement sexiste, défini comme tout agissement lié au sexe d'une personne, ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à sa dignité ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant ". Enfin, selon l'article L. 131-12 de ce code, aucune mesure concernant notamment la discipline ne peut être prise à l'égard d'un agent public en prenant en considération " qu'il a témoigné d'agissements contraires à ces principes ou qu'il les a relatés ".

12. Les fonctionnaires ne peuvent être sanctionnés lorsqu'ils sont amenés à dénoncer des faits de harcèlement moral ou de discriminations dont ils sont victimes ou témoins. Toutefois, l'exercice du droit à dénonciation de ces faits doit être concilié avec le respect de leurs obligations déontologiques, notamment de l'obligation de réserve à laquelle ils sont tenus et qui leur impose de faire preuve de mesure dans leur expression. Lorsque le juge est saisi d'une contestation de la sanction infligée à un fonctionnaire à raison de cette dénonciation, il lui appartient, pour apprécier l'existence d'un manquement à l'obligation de réserve et, le cas échéant, pour déterminer si la sanction est justifiée et proportionnée, de prendre en compte les agissements de l'administration dont le fonctionnaire s'estime victime ainsi que les conditions dans lesquelles ce dernier a dénoncé les faits, au regard notamment de la teneur des propos tenus, de leurs destinataires et des démarches qu'il aurait préalablement accomplies pour alerter sur sa situation.

13. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que Mme C s'est présentée le 8 décembre 2022 à la porte du bureau du directeur général des services, dans lequel ce dernier, le maire et une responsable des ressources humaines se trouvaient, et a évoqué son désaccord sur la date de fin de contrat d'un agent compte tenu de son caractère " injuste ". Le maire de la commune, devant l'insistance de Mme C, aurait alors mis un terme à l'échange et l'intéressée a quitté les lieux " vexée et terriblement en colère proférant des propos peu respectueux " à son égard. Toutefois, les propos irrespectueux en cause, qui sont contestés, ne sont pas précisés. La décision attaquée a été prise aux motifs de critiques vives formulées à l'encontre de la décision du maire auprès de ce dernier et en présence d'autres agents, critiques formulées également à l'égard d'un autre agent le même jour. Dans les conditions de l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme C a effectivement formulé de vives critiques, en haussant la voix, concernant une décision du maire qu'elle estimait injuste. Il est également constant que Mme C a conseillé le même jour à une agente de police municipale de veiller au déroulement de sa carrière, le maire étant injuste. Ainsi, quand bien même les propos de Mme C n'ont pas été injurieux, les faits reprochés ne sont pas utilement contestés et le moyen tiré du défaut de matérialité de faits doit être écarté.

14. Il ressort des pièces du dossier que Mme C avait déjà formulé des critiques, notamment auprès du directeur général des services, quant à l'injustice des décisions du maire. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C ait formulé, concernant l'affaire en cause, des critiques, notamment écrites, avant les faits reprochés. Dans les circonstances de l'affaire, Mme C a fait preuve d'un manque de réserve en critiquant vivement les décisions du maire et en les dénonçant comme injustes en présence d'autres agents. La circonstance que les faits reprochés soient dépourvus d'intentionnalité et sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, que Mme C connaissait des problèmes de santé et des difficultés eu égard à la charge de travail qui lui incombait. Néanmoins, compte tenu des circonstances de l'espèce, la sanction de blâme, sanction de premier groupe, n'est pas disproportionnée. Les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance de l'article L. 131-12 du code de la fonction publique doivent être écartés.

15. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. Pour les décisions individuelles, cette transmission intervient dans un délai de quinze jours à compter de leur signature ".

16. La décision attaquée du 4 mars 2022 porte sanction disciplinaire de blâme et précise que cette sanction est infligée à cette date. Or, la décision n'a été notifiée à l'intéressée que le 18 mars 2022. Par suite, la décision est entachée d'une rétroactivité illégale en tant qu'elle fixe son entrée en vigueur à une date antérieure au 18 mars 2022.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la décision portant blâme doit être annulée en tant seulement qu'elle fixe son entrée en vigueur à une date antérieure au 18 mars 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la mutation interne :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :

18. Les mesures prises à l'égard d'agents publics qui, compte tenu de leurs effets, ne peuvent être regardées comme leur faisant grief, constituent de simples mesures d'ordre intérieur insusceptibles de recours. Il en va ainsi des mesures qui, tout en modifiant leur affectation ou les tâches qu'ils ont à accomplir, ne portent pas atteinte aux droits et prérogatives qu'ils tiennent de leur statut ou à l'exercice de leurs droits et libertés fondamentaux, ni n'emportent perte de responsabilités ou de rémunération. Le recours contre une telle mesure, à moins qu'elle ne traduise une discrimination, est irrecevable, alors même que la mesure de changement d'affectation aurait été prise pour des motifs tenant au comportement de l'agent public concerné.

19. Il est constant que Mme C exerçait les fonctions de responsable des ressources humaines, poste qui impliquait notamment l'encadrement d'un agent et des missions en lien avec l'ensemble des services de la commune. Dans le cadre de sa nouvelle affectation, Mme C fait valoir, sans être utilement contredite, qu'elle n'est plus en situation d'encadrante et effectue des missions d'animation et non de rédaction, telles que la participation à l'accueil et la surveillance des enfants. Il ressort ainsi des pièces du dossier que la mutation de la requérante a porté atteinte à ses responsabilités professionnelles. Par suite, elle ne constitue pas une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours et la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant mutation :

20. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. Pour les décisions individuelles, cette transmission intervient dans un délai de quinze jours à compter de leur signature ".

21. La décision attaquée du 22 mars 2022 porte mutation à compter de cette même date. Or, la décision n'a été notifiée à l'intéressée que le lendemain. Par suite, la décision est entachée d'une rétroactivité illégale en tant qu'elle fixe son entrée en vigueur à une date antérieure au 23 mars 2022 et doit être annulée dans cette mesure.

22. En deuxième lieu, une mutation d'office ne peut être regardée comme une sanction disciplinaire déguisée que lorsqu'il est établi que l'auteur de l'acte a eu l'intention de sanctionner l'agent et que la décision a porté une atteinte significative à sa situation professionnelle.

23. La décision attaquée a été prise compte tenu des difficultés relationnelles entre Mme C et ses collègues, sa hiérarchie et le maire, afin de " circonscrire les tensions et les conflits internes au service ". Le 25 novembre 2022, Mme C a vivement fait part de son désaccord sur l'absence de renvoi à son domicile d'un agent susceptible d'être affecté du covid-19. Le directeur général des services a alors reçu Mme C, lui expliquant sa position et l'interrogeant sur son comportement. L'intéressée a indiqué que son comportement était dû aux décisions du maire, qu'elle estime injustes et empreintes de sexisme, qu'elle subissait une charge de travail importante et que son travail lui donnait " des pensées suicidaires ". Il ressort du rapport de l'enquête administrative diligentée à la suite des faits du 25 novembre et du 8 décembre 2022, ces derniers ayant donné lieu à une sanction de blâme, que certains agents ont été auditionnés sur les faits en cause et ont également été interrogés sur le comportement général de Mme C. Certains des agents ont indiqué qu'elle pouvait être directive et sèche, d'autres qu'elle se montre à l'écoute et fait preuve d'une grande disponibilité. La qualité de son travail de responsable des ressources humaines n'est pas remise en cause. Par ailleurs, si le maire s'était plaint de ce que Mme C était distante à son égard, il ne ressort pas des pièces du dossier que des difficultés relationnelles existaient avec ce dernier avant la journée du 8 décembre 2022, lors de laquelle la requérante a fait part de l'injustice d'une décision du maire en sa présence. L'intéressée a dénoncé à de nombreuses reprises, auprès du directeur général des services, l'injustice des décisions relevant de la gestion des ressources humaines prises par le maire, qu'elle estime discriminatoires envers les femmes. Au regard des pièces du dossier, et alors que Mme C connaissait des problèmes de santé et des difficultés eu égard à la charge de travail qui lui incombait, les difficultés relationnelles relatées entre elle et ses collègues et sa hiérarchie ne sont pas telles qu'elles justifient, dans l'intérêt du service, une mutation d'office sur un autre emploi, alors que cette mutation entraîne une perte de responsabilité importante pour la requérante. A cet égard, il ne ressort pas des pièces du dossier que les conflits internes et les tensions portent atteinte au bon fonctionnement du service. Dans ces conditions, les critiques émises par Mme C et l'appréciation défavorable de son comportement doivent être regardées comme ayant motivé la décision de la réaffecter sur un poste d'assistant et gestionnaire administrative à l'enfance-jeunesse-éducation, en dehors des locaux de la mairie. Par suite, la décision de mutation d'office, qui porte une atteinte significative à sa situation professionnelle, constitue une sanction déguisée illégale.

24. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant mutation d'office doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

25. Mme C fait valoir dans son mémoire du 27 mars 2023, sans être utilement contredite, que le poste de responsable des ressources humaines est toujours vacant. L'annulation de la décision du 22 mars 2022 prononçant le changement d'affectation de Mme C oblige l'autorité compétente à replacer la requérante, à la date de ce changement d'affectation, dans l'emploi qu'elle occupait précédemment et à reprendre rétroactivement les mesures nécessaires pour la placer dans une position régulière. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la commune, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait, de replacer Mme C, à compter du 22 mars 2022, dans l'emploi de responsable des ressources humaines qu'elle occupait précédemment et de prendre rétroactivement les mesures nécessaires pour la placer dans une position régulière, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme C, qui n'est pas la partie essentiellement perdante dans la présente instance, la somme que la commune de La Haye demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 4 mars 2022 de la commune de La Haye portant blâme est annulée en tant seulement qu'elle fixe son entrée en vigueur à une date antérieure au 18 mars 2022.

Article 2 : La décision du 22 mars 2022 de la commune de La Haye portant mutation d'office est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la commune de La Haye de replacer Mme C, à compter du 22 mars 2022, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait, dans l'emploi de responsable des ressources humaines qu'elle occupait précédemment et de prendre rétroactivement les mesures nécessaires pour la placer dans une position régulière, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la commune de La Haye.

Délibéré après l'audience du 8 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

C. ARNIAUD

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

Nos 2201924, 2202227

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