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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202387

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202387

jeudi 23 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202387
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 octobre 2022, Mme N'Dri Ernestine A, représentée par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2022 par lequel le préfet de la Manche lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Manche, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté pris dans son ensemble est entaché d'incompétence ;

- la décision de refus de titre de séjour a été prise au terme d'une procédure irrégulière ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de la convention de Genève de 1951 ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 novembre 2022, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par deux mémoires enregistrés le 1er décembre et le 9 décembre 2022, le préfet de la Manche verse au dossier un arrêté du 1er décembre 2022, notifié à Mme A le 5 décembre 2022, par lequel il a retiré l'arrêté du 26 septembre 2022 en tant seulement qu'il emporte pour l'intéressée obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 12 décembre 2022, Mme A informe le tribunal qu'elle se désiste de ses conclusions uniquement en tant qu'elles tendent à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 19 décembre 2022, le préfet de la Manche verse au dossier un arrêté du 16 décembre 2022 par lequel il a retiré l'arrêté du 26 septembre 2022 en tant qu'il fixe le pays de destination.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Bernard, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme N'Dri Ernestine A, née le 10 septembre 1988, de nationalité ivoirienne, est, selon ses déclarations, entrée en France le 21 septembre 2020. Le 10 mars 2022, l'intéressée a présenté une demande de titre de séjour pour raisons médicales sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 novembre 2022, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de la Manche a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A a déposé une demande d'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande tendant à ce qu'elle soit admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, en application des dispositions précitées.

Sur l'étendue du litige :

4. Par deux mémoires enregistrés le 1er décembre et le 9 décembre 2022, le préfet de la Manche a versé au dossier un arrêté du 1er décembre 2022, notifié à Mme A le 5 décembre 2022, par lequel il a retiré l'arrêté du 26 septembre 2022 en tant seulement qu'il emporte pour l'intéressée obligation de quitter le territoire français. Par un mémoire enregistré le 12 décembre 2022, Mme A a informé le tribunal qu'elle se désiste de ses conclusions uniquement en tant qu'elles tendent à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il y a lieu de lui donner acte de ce désistement.

5. Par un mémoire enregistré le 19 décembre 2022, le préfet de la Manche a versé au dossier un arrêté du 16 décembre 2022 par lequel il a retiré l'arrêté du 26 septembre 2022 en tant qu'il fixe le pays de destination. Il n'y a, par suite, plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination, qui avaient au demeurant perdu leur objet en suite du retrait de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

6. Par un arrêté n° 2021-53 du 22 novembre 2021, publié au recueil des actes administratifs et sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Manche a donné délégation au secrétaire général de la préfecture à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les arrêtés portant obligation de quitter le territoire. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

7. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet délivre le titre de séjour " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R .425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () / Le collège à compétence nationale, composé de trois médecins, émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du présent article. () Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".

8. En premier lieu, il ressort de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 8 août 2022, versé au dossier par le préfet de la Manche, que le médecin rapporteur qui a établi le rapport médical au vu duquel le collège a rendu son avis n'a pas siégé au sein de ce collège. En outre, la requérante ne se prévaut d'aucun élément propre à remettre en cause la compétence des trois médecins ayant rendu l'avis du 8 août 2022 ainsi que celle du médecin rapporteur. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux serait entaché de plusieurs vices de procédure manque en fait et doit être écarté.

9. En deuxième lieu, la décision en litige mentionne l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de la Manche a fait application et énonce les motifs de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, sur lequel le préfet s'est fondé, dont il ressort que si l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner, pour elle, des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont elle est originaire et son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. La décision comporte donc les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet de la Manche n'avait pas à prendre en compte, dans le cadre de la décision portant refus de titre de séjour prise sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la demande d'asile qu'elle a présentée, celle-ci relevant d'une procédure distincte. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision et du défaut d'examen complet de sa situation doivent être écartés.

10. En troisième lieu, d'une part, il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point 9 que lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

11. D'autre part, s'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

12. Il ressort des pièces du dossier que Mme A souffre d'une hypertension artérielle sévère sur hyperaldostéronisme primaire. Par un avis du 8 août 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, y bénéficier effectivement d'un traitement médical approprié.

13. Pour contester ce dernier point de l'avis, Mme A produit des ordonnances de prescriptions médicamenteuses, des comptes rendus d'examens médicaux ainsi qu'une documentation à caractère général évoquant une mise en place imparfaite de la couverture maladie universelle ainsi que des difficultés de prise en charge des soins de santé primaire en Côte d'Ivoire. Toutefois, ces éléments ne permettent pas d'établir que Mme A ne pourra pas bénéficier d'un accès effectif en Côte d'Ivoire aux traitements appropriés à son état de santé, et, par suite, de remettre en cause le bien-fondé de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dans ces conditions, sans qu'il soit besoin de solliciter l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le moyen tiré de ce que la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Dans les circonstances de l'espèce, l'Etat doit être regardé comme partie perdante en ce qui concerne le recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français et celle fixant le pays de destination. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme A d'une somme de 600 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande présentée par Mme A tendant à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il est donné acte du désistement de Mme A de ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 26 septembre 2022 en tant qu'il emporte obligation de l'intéressée de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 26 septembre 2022 en tant qu'il a fixé le pays de retour.

Article 4 : L'Etat versera à Mme A la somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme N'Dri Ernestine A, à Me Bernard et au préfet de la Manche.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Mondésert, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

C. B

Le président,

Signé

X. MONDESERT La greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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