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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202553

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202553

lundi 27 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202553
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBLACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête enregistrée le 14 novembre 2022, M. B C, représenté A Me Blache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2022 A lequel le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de cent euros A jour de retard, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ou, à titre encore subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- l'arrêté pris dans son ensemble est entaché d'incompétence ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

A un mémoire en défense enregistré le 29 novembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés A M. C ne sont pas fondés.

Vu :

- l'avis de dépôt de la demande d'aide juridictionnelle du 9 novembre 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Blache, représentant M. C.

Considérant ce qui suit

1. M. B C, né le 30 décembre 2003, de nationalité ivoirienne, est, selon ses déclarations, entré irrégulièrement en France au cours du mois de juillet 2019. Il a été pris en charge le 31 juillet 2019 A le service de l'aide sociale à l'enfance du département du Calvados et placé auprès de ce service A une ordonnance de placement provisoire du procureur de la République du 8 janvier 2020. Le 21 juin 2022, l'intéressé a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A un arrêté du 12 octobre 2022, dont M. C demande l'annulation, le préfet du Calvados a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée A la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " () L'admission provisoire est accordée A le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme A l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. C ayant déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

5. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, la réserve d'ordre public s'appliquant systématiquement lors de l'examen d'une demande d'admission au séjour. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

6. Pour refuser, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le renouvellement du titre de séjour sollicité A M. C, le préfet du Calvados a notamment estimé que " si le caractère réel et sérieux du suivi des études semble être démontré, peu d'éléments permettent de l'appuyer, que son séjour est trop récent pour qu'il puisse être affirmé de manière certaine et irréfutable qu'il justifie d'une bonne intégration dans la société française ", que M. C a conservé des liens avec son pays d'origine et que les conditions de son arrivée en France traduisent vraisemblablement une immigration économique. Toutefois, comme l'indique le préfet du Calvados dans la décision en litige, M. C a bénéficié d'un rapport social positif daté du 22 juin 2022, il était scolarisé au titre de l'année 2020/2021 et 2021/2022, il produit une attestation de participation à un chantier de bénévoles ainsi qu'un contrat d'apprentissage du 24 juin 2022 au 23 juin 2024 pour le titre professionnel de cuisinier. Il ressort, plus précisément du rapport de la structure d'accueil établi le 22 juin 2022 que l'intéressé a fait preuve d'une bonne intégration au sein de la structure et plus généralement au sein de la société française, qu'il suit avec sérieux sa formation, a signé un contrat d'accueil social jeune majeur, prend des cours d'apprentissage de la langue française et participe à des actions collectives bénévoles. Il ressort, en outre, des bulletins scolaires établis au titre des années 2020/2021 et 2021/2022, que si M. C rencontre des difficultés liées à la maîtrise de la langue française, qu'il ne parlait pas à son arrivée en France, il se montre volontaire, sérieux, investi et positif. De telles appréciations sont confirmées A les nombreuses attestations produites au dossier, établies A les éducateurs et formateurs qui suivent M. C ainsi que A le responsable de l'entreprise auprès de laquelle l'intéressé travaille en tant qu'apprenti cuisinier depuis le 24 juin 2021, lequel est élogieux à son égard, relevant qu'après une excellente intégration à l'équipe, il progresse très rapidement en langue française et se trouve " en voie de devenir un bon cuisinier, très réactif et motivé, capable de travailler dans les bonnes maisons ". Contrairement à ce qu'indique le préfet du Calvados dans la décision en litige, ces éléments sont de nature à établir le caractère réel et sérieux du suivi de la formation A l'intéressé ainsi qu'une bonne intégration de celui-ci dans la société française. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que M. C a de la famille proche en Côte d'Ivoire, le préfet du Calvados a, dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de la situation de l'intéressé prise dans sa globalité, en particulier, des éléments tout à fait favorables sur son intégration dans la société française et du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, entaché son refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Calvados du 12 octobre 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Le présent jugement implique, eu égard au motif d'annulation qui le fonde, sous réserve de l'absence de circonstance nouvelle, que le préfet du Calvados délivre à M. C une carte de séjour temporaire sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve de l'admission définitive à l'aide juridictionnelle du requérant et sous réserve que Me Blache, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Blache de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. C.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 12 octobre 2022 A lequel le préfet du Calvados a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados, sous réserve de circonstance nouvelle, de délivrer à M. C une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Blache une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission à l'aide juridictionnelle du requérant et sous réserve que Me Blache renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à M. C.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Blache et au préfet du Calvados.

Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Mondésert, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 27 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

C. D

Le président,

Signé

X. MONDÉSERT

La greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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