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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202566

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202566

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202566
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBLACHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 15 novembre 2022 et le 19 décembre 2022, Mme B C, représentée par Me Blache, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel le préfet du Calvados lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté pris dans son ensemble est entaché d'incompétence ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires enregistrés le 7 décembre 2022 et le 23 décembre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination sont irrecevables ;

- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu :

- l'avis de dépôt de la demande d'aide juridictionnelle du 4 octobre 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Blache, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, née le 27 mai 1953, de nationalité mongole, est selon ses déclarations entrée irrégulièrement sur le territoire français le 22 mars 2015, accompagnée de sa petite fille. L'intéressée a formé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 28 mars 2017. Elle a bénéficié de titres de séjour, en qualité d'étranger malade, entre le 10 juillet 2018 et le 22 mars 2022. Le 11 février 2022, Mme C a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 juillet 2022, dont Mme C demande l'annulation, le préfet du Calvados a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. Le préfet du Calvados a donné délégation de signature au chef de service de l'immigration de la préfecture du Calvados, signataire de la décision contestée, par un arrêté du 27 avril 2022 qui a été régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour et qui est consultable sur le site internet de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".

5. La partie qui justifie de l'avis d'un collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C souffre d'un diabète de type 2. Par un avis du 10 juin 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé.

7. Pour contester cette appréciation, Mme C soutient qu'il n'est pas certain qu'elle pourra poursuivre son traitement en Mongolie et qu'elle ne disposera pas des ressources nécessaires pour se le procurer. Elle produit un certain nombre de documents médicaux, notamment des relevés d'analyses et des ordonnances de prescriptions médicales relatives au traitement de la maladie dont elle souffre, dont il ne ressort toutefois pas qu'elle ne pourra pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, alors que le préfet du Calvados fait valoir, sans être sérieusement contesté, que les médicaments qui lui sont administrés figurent sur la liste des médicaments essentiels disponibles en Mongolie et que ce pays est doté d'un régime d'assurance maladie quasi-universelle. Il résulte de ce qui précède que les éléments produits par Mme C ne sauraient suffire à remettre en cause le bien-fondé de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En deuxième lieu, si Mme C reproche au préfet du Calvados de ne pas avoir procédé à un examen complet de sa situation, il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a pris en considération l'âge auquel elle est arrivée sur le territoire français, sa situation professionnelle, le fait que son mari et cinq de ses six enfants vivent à l'étranger et qu'il ne lui est donc pas impossible de poursuivre sa vie dans son pays d'origine. La circonstance que la décision en litige, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, ne mentionne pas ses attaches personnelles et familiales sur le territoire français, n'implique pas que le préfet du Calvados aurait omis de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen complet de la situation de Mme C doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. Mme C soutient qu'elle vit en France depuis sept années, auprès de sa petite fille qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire compte tenu des risques qu'elle encourrait en Mongolie et dont elle s'est occupée durant cinq ans jusqu'à l'arrivée de sa fille, la mère de l'enfant, laquelle a également obtenu la protection subsidiaire. Elle indique s'occuper au quotidien de ses petits-enfants pendant que leur mère travaille. Toutefois, la seule présence sur le territoire français de sa fille et de ses petits-enfants dont elle s'occupe ne suffit pas à caractériser une atteinte disproportionnée portée par la décision en litige au droit au respect de sa vie privée et familiale alors que l'intéressée, qui est entrée sur le territoire français à l'âge de soixante et un ans et a vécu l'essentiel de sa vie en Mongolie, a déclaré avoir un mari, une sœur et trois frères vivant en Mongolie, ainsi que cinq enfants de nationalité mongole vivant à l'étranger. En outre, Mme C ne justifie d'aucune insertion particulière dans la société française. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle doivent être écartés.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 10, Mme C, qui n'établit pas encourir un risque en cas de retour en Mongolie ainsi qu'il est indiqué au point 18, ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière ni de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour ".

14. Si la loi prévoit que cette décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas où la mesure d'éloignement fait suite à un refus de délivrance, cette exception à l'obligation de motivation ne peut trouver à s'appliquer que si la mesure d'éloignement assortit une décision relative au séjour elle-même explicite et motivée. En l'espèce, la décision portant refus de titre de séjour, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français attaquée doit être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

16. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que Mme C n'établit pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement médical adapté dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

17. En troisième lieu, pour les motifs énoncés au point 10, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la décision en litige doivent être écartés.

18. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

19. Mme C indique craindre d'être exposée à des persécutions de la part de son beau-fils, dont les faits de violence et de viols qu'il a commis sur sa femme et l'une de ses filles ont conduit au départ forcé de celles-ci de Mongolie et à l'octroi à leur profit de la protection subsidiaire. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit, la demande d'asile présentée par Mme C a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 28 mars 2017 et la requérante ne produit aucun élément nouveau de nature à démontrer l'existence de risques actuels, sérieux et personnels auxquels elle serait exposée en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

20. Pour les motifs énoncés aux points 13 à 19, les moyens dirigés contre les décisions en litige, repris par renvoi de ceux soulevés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français sans développement complémentaire, ne peuvent qu'être écartés, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposé par le préfet du Calvados.

Sur les autres conclusions :

21. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Blache et au préfet du Calvados.

Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle, près le tribunal judiciaire de Caen.

Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Mondésert, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

C. A

Le président,

Signé

X. MONDESERT

La greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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