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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202633

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202633

lundi 27 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202633
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLAUNOIS FLACELIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, par une ordonnance n° 2215683 du 21 novembre 2022, a transmis au tribunal administratif de Caen le dossier de la requête de M. B.

Par sa requête enregistrée le 23 novembre 2022 au greffe du tribunal administratif de Caen sous le n° 2202633, M. A B, représenté par Me Launois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé qu'il sera remis aux autorités italiennes et qu'il lui est interdit de circuler sur le territoire français pendant la durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des frais d'instance ainsi que les dépens.

M. B soutient que :

S'agissant de la décision de remise aux autorités italiennes :

- le signataire de la décision était incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas donné lieu à un examen particulier de sa situation :

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- il n'a pas exercé d'activité professionnelle illégale, ni porté atteinte à l'ordre public ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'interdiction de circuler pour la durée de douze mois :

- le signataire de la décision était incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas donné lieu à un examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît son droit d'être entendu ;

- elle doit être annulée à raison de l'illégalité de la décision de remise à l'Italie ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'un défaut de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant au principe et à la durée de l'interdiction ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 8 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, notamment son article 41 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le préfet du Val-d'Oise a produit un mémoire le 11 janvier 2023, qui n'a pas été communiqué.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, le rapport de M. C a été prononcé en l'absence des parties et de leurs représentants.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B qui est né le 4 janvier 1982 à Bni Khloug au Maroc, pays dont il a la nationalité, déclare être venu en France en provenance d'Italie où il exerce l'activité de commerçant ambulant sous couvert d'un titre de séjour. A la suite d'un contrôle à Garges-lès-Gonesse, le préfet du Val-d'Oise a décidé par un arrêté du 22 septembre 2022, notifié à l'intéressé le même jour, que M. B serait remis aux autorités italiennes et qu'il lui était interdit de circuler sur le territoire français pendant la durée d'un an. Par sa requête visée ci-dessus, transmise par le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise au tribunal administratif de Caen, l'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par la cheffe du bureau du contentieux des étrangers de la préfecture du Val-d'Oise, laquelle avait reçu délégation du préfet de ce département à l'effet de le signer, par un arrêté n° 22-145 du 19 septembre 2022 qui a été publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans ce département. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté préfectoral du 22 septembre 2022 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement de telle sorte que M. B a été mis à même de le contester. Cet arrêté est, ainsi, suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas, avant de prendre l'arrêté contesté, procédé à un examen particulier et suffisamment approfondi de la situation de M. B.

5. En quatrième lieu, l'arrêté du 22 septembre 2022 indique que M. B a été informé qu'il pouvait avertir ou faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix, conformément aux dispositions de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cité ci-dessous au point suivant. L'arrêté précise également les conditions d'exercice par l'intéressé de son activité professionnelle en France ainsi que sa situation matrimoniale, ce qui révèle que celui-ci a été entendu lors de son audition par les services de la police aux frontières. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant remise aux autorités italiennes :

6. Aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. / L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix ". Aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009 ". Enfin, l'article L. 621-3 du code précité dispose : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité ".

7. En se bornant à soutenir que le préfet du Val-d'Oise ne démontre pas qu'il serait dépourvu de ressources suffisantes pour se maintenir sur le territoire national, alors que la décision portant remise aux autorités italiennes n'est pas fondée sur un tel motif, M. B ne conteste pas utilement cette décision.

8. Si le requérant fait valoir qu'aucune pièce ne vient corroborer l'existence d'un contrôle par les services de police et l'exercice illégal d'une activité professionnelle non déclarée, cette affirmation, qui ne repose que sur une simple suspicion dépourvue de vraisemblance et qui ne précise pas dans quelles circonstances l'arrêté préfectoral a pu être pris à son encontre, n'est pas assortie par M. B des précisions et justifications nécessaires au tribunal pour y statuer. Si le requérant soutient également être bénéficiaire d'un titre de séjour illimité en Italie et prétend qu'il peut exercer certaines activités professionnelles sans autorisation, ce moyen est dépourvu de fondement juridique.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. B se borne à exposer qu'il ne bénéficie pas de l'aide médicale d'Etat, que le préfet n'établit pas qu'il ne disposerait pas de ressources, ni l'existence d'un contrôle par les services de la police aux frontières, et qu'il est titulaire d'un permis de séjour italien lui permettant " d'exercer certaines activités sans autorisation ". Dans ces conditions, alors que le préfet du Val-d'Oise s'est fondé notamment sur la circonstance que si l'intéressé est marié, son épouse réside au Maroc, le moyen tiré de ce que la décision de remise aux autorités italiennes serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français :

11. Il résulte des motifs énoncés aux points précédents que le moyen tiré de ce que l'interdiction de circuler sur le territoire est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant remise aux autorités italiennes doit être écarté.

12. Aux termes de l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 622-2, l'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application de l'article L. 621-1 à l'encontre d'un étranger titulaire d'un titre de séjour dans l'État aux autorités duquel il doit être remis, d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ". Aux termes de l'article L. 622-2 du même code : " L'édiction et la durée de l'interdiction de circulation prévue à l'article L. 622-1 sont décidées par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

13. Pour assortir la décision de remise aux autorités italiennes d'une interdiction de circulation sur le territoire français, en application de l'article L. 622-1 précité, le préfet du Val-d'Oise a relevé que M. B était en France depuis trois jours à la date de la décision attaquée, que son épouse réside au Maroc et qu'il ne justifie pas de ressources propres. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation en assortissant la mesure de remise aux autorités italiennes d'une interdiction de circulation sur le territoire français de la durée d'un an, ni que cette interdiction serait dépourvue de base légale.

14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus au point 10, M. B n'établit pas que le préfet du Val-d'Oise aurait, en prononçant une interdiction de circuler sur le territoire français pendant une année, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des motifs de la décision.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

16. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ".

17. L'administration n'étant pas la partie perdante du procès, les conclusions de M. B tendant à ce que le tribunal condamne l'Etat aux frais d'instance et aux entiers dépens doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 12 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Mondésert, président-rapporteur,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2023.

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

M. PILLAIS

Le président-rapporteur,

Signé

X. C La greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

A. Lapersonne

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