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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202764

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202764

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP FERRETTI HUREL LEPLATOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 décembre 2022 et le 22 juin 2023, M. A B, représenté par Me Bourrel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel le maire de la commune de Vierville-sur-Mer s'est opposé à sa déclaration préalable portant division de terrain, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Vierville-sur-Mer la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit dès lors que le projet ne constitue pas une extension de l'urbanisation au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de la loi littoral dès lors que, d'une part, la parcelle lui appartenant présente les caractéristiques d'une dent creuse dont l'urbanisation ne conduira pas à un étalement urbain, et d'autre part, le projet améliore l'offre de logement conformément aux objectifs du schéma de cohérence territoriale.

Par des mémoires enregistrés les 5 mai et 11 septembre 2023, la commune de Vierville-sur-Mer, représentée par Me Ferretti, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sénécal,

- les conclusions de Mme Absolon, rapporteure publique,

- et les observations de Me Hurel, représentant la commune de Vierville-sur-Mer.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est propriétaire d'un terrain anciennement cadastré 745 AI 25, situé au lieudit Le Fondray à Vierville-sur-Mer. Un certificat d'urbanisme opérationnel réalisable lui a été délivré, à sa demande, le 26 novembre 2021, pour le projet de construction d'une maison d'habitation. Le 10 juin 2022, il a déposé une déclaration préalable portant division de terrain en vue de construire. Par un arrêté du 8 juillet 2022, le maire de la commune de Vierville-sur-Mer s'est opposé à sa déclaration. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2022 ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux formé contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. / Dans les secteurs déjà urbanisés autres que les agglomérations et villages identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, des constructions et installations peuvent être autorisées, en dehors de la bande littorale de cent mètres, des espaces proches du rivage et des rives des plans d'eau mentionnés à l'article L. 121-13, à des fins exclusives d'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et d'implantation de services publics, lorsque ces constructions et installations n'ont pas pour effet d'étendre le périmètre bâti existant ni de modifier de manière significative les caractéristiques de ce bâti. Ces secteurs déjà urbanisés se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. () ".

3. D'une part, il résulte des dispositions du premier alinéa de l'article L. 121-18 du code de l'urbanisme que l'extension de l'urbanisation doit se réaliser, dans les communes littorales, en continuité avec les agglomérations et les villages existants. Constituent des agglomérations ou des villages où l'extension de l'urbanisation est possible, au sens et pour l'application du premier alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, les secteurs déjà urbanisés caractérisés par un nombre et une densité significatifs de constructions. D'autre part, le deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ouvre la possibilité, dans les autres secteurs urbanisés qui sont identifiés par le schéma de cohérence territoriale et délimités par le plan local d'urbanisme, à seule fin de permettre l'amélioration de l'offre de logement ou d'hébergement et l'implantation de services publics, de densifier l'urbanisation, à l'exclusion de toute extension du périmètre bâti et sous réserve que ce dernier ne soit pas significativement modifié. En revanche, aucune construction ne peut être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les espaces d'urbanisation diffuse éloignés de ces agglomérations et villages. Les secteurs déjà urbanisés au sens du deuxième alinéa de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme se distinguent des espaces d'urbanisation diffuse par, entre autres, la densité de l'urbanisation, sa continuité, sa structuration par des voies de circulation et des réseaux d'accès aux services publics de distribution d'eau potable, d'électricité, d'assainissement et de collecte de déchets, ou la présence d'équipements ou de lieux collectifs. Le respect du principe de continuité posé par l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme s'apprécie en resituant le terrain d'assiette du projet dans l'ensemble de son environnement, sans s'en tenir aux constructions situées sur les seules parcelles limitrophes de ce terrain.

4. Pour justifier du caractère non réalisable du projet de M. B, le maire de la commune de Vierville-sur-Mer a considéré que le projet se trouve au sein d'un secteur composé d'un bâti de faible densité, ne pouvant être considéré ni comme une agglomération ni comme un village au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme et que le secteur n'a pas été identifié par le schéma de cohérence territoriale comme pouvant être un secteur déjà urbanisé.

5. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet de M. B se situe en bordure de la route départementale 514 au lieu-dit Le Fondray. Il est constant que le secteur ne constitue ni une agglomération ni un village au sens de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. En outre, il ressort des pièces du dossier, en particulier du schéma de cohérence territoriale du pays du Bessin du 20 décembre 2018, que l'entité urbaine implantée en bordure de la route départementale 514 n'est pas identifiée comme un secteur déjà urbanisé pour l'application de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme en raison de sa taille, de la faiblesse de sa densité et de sa structuration urbaine. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le maire de la commune de Vierville-sur-Mer a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2022 par lequel le maire de la commune de Vierville-sur-Mer s'est opposé à sa déclaration préalable portant division de terrain, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les frais de l'instance :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Vierville-sur-Mer une somme au titre des frais exposés par M. B pour la présente instance. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme réclamée par la commune de Vierville-sur-Mer, correspondant aux frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vierville-sur-Mer en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Vierville-sur-Mer.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rouland-Boyer, présidente,

- Mme Sénécal, première conseillère,

- Mme Créantor, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

La rapporteure,

SIGNÉ

I. SENECAL

La présidente,

SIGNÉ

H. ROULAND-BOYER

La greffière,

SIGNÉ

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. BLOYET

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