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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202898

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202898

vendredi 24 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202898
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 décembre 2022 et 24 février 2023, M. B A, représenté par Me Bernard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 novembre 2022 par lequel le préfet de la Manche lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Manche de lui délivrer un certificat de résidence algérien et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle méconnaît l'article 7 a) de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation révélant un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle est illégale dès lors qu'il peut bénéficier d'un titre de séjour de plein droit ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation révélant un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle est illégale dès lors qu'il est fondé à bénéficier d'un titre de séjour de plein droit ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale compte tenu de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2023, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Bernard, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 16 juillet 1982, est entré en France le 27 septembre 2016 muni d'un visa D. Affecté par le ministre algérien des affaires religieuses à la mosquée de Flers, puis de Dammarie les Lys et enfin de Bar Le Duc jusqu'au 31 mars 2021, il a bénéficié d'un certificat de résidence " visiteur " délivré en sa qualité de membre du clergé musulman et expirant le 24 février 2021. M. A a sollicité le renouvellement de ce certificat de résidence. L'arrêté du 26 avril 2022 par lequel le préfet de la Manche lui a refusé la délivrance d'un certificat de résidence et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a été annulé par un jugement du présent tribunal du 23 septembre 2022 pour défaut d'examen de la demande présentée par M. A. Par la présente requête, le requérant demande l'annulation de l'arrêté du 29 novembre 2022 par lequel le préfet de la Manche a de nouveau refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté n° 2021-53 du 22 novembre 2021, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, numéro spécial n° 1, et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Manche a donné délégation à M. Laurent Simplicien, secrétaire général de la préfecture de la Manche, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Manche, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les articles pertinents de l'accord franco-algérien et relève que M. A ne dispose pas de moyens d'existence suffisants. Ainsi, la décision comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement avec une précision suffisante pour en comprendre les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article et celles de l'article 7 bis fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau, ainsi qu'à ceux qui s'établissent en France après la signature du premier avenant à l'accord : / a) Les ressortissants algériens qui justifient de moyens d'existence suffisants et qui prennent l'engagement de n'exercer, en France, aucune activité professionnelle soumise à autorisation reçoivent après le contrôle médical d'usage un certificat valable un an renouvelable et portant la mention " visiteur " ; / () ".

5. Si la décision attaquée mentionne que les ressources de M. A sont inférieures au salaire minimum de croissance net annuel (SMIC), alors que l'accord franco-algérien ne mentionne pas une telle condition, elle indique également qu'il n'apporte pas la preuve de moyens d'existence suffisants, qu'il n'a justifié d'aucune ressource sur une période de douze mois et que l'association qui atteste le prendre en charge ne justifie pas de sa capacité financière. Dans ces conditions, il ne ressort pas de la décision attaquée que le préfet se soit cru à tort en situation de compétence liée compte tenu de ressources inférieures au SMIC. Au demeurant, un tel motif est surabondant et peut être neutralisé dès lors qu'il ressort du dossier que le préfet aurait pris la même décision en l'absence de référence au SMIC. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. M. A fait valoir qu'il dispose d'un contrat de bénévolat avec l'association culturelle et islamique de Cherbourg-en-Cotentin qui s'engage à subvenir à ses besoins (hébergement, repas, frais de santé). Toutefois, la seule attestation manuscrite produite, non circonstanciée, de cette association ne permet pas de s'assurer de l'effectivité de cette prise en charge ni, dans tous les cas, de l'existence de moyens d'existence suffisants. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard de l'article 7 a) de l'accord-franco algérien doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 de ce code : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. / Le délai mentionné au même article au terme duquel, à défaut de décision expresse, la demande est réputée rejetée est suspendu pendant le délai imparti pour produite les pièces et informations requises. Toutefois, la production de ces pièces et informations avant l'expiration du délai fixé met fin à cette suspension ".

8. Si le requérant fait valoir que le préfet de la Manche a sollicité à tort l'association pour obtenir les justificatifs de prise en charge financière et aurait dû s'adresser au demandeur, il est constant que la décision attaquée n'a pas été prise au motif que la demande était incomplète. Par ailleurs, ces dispositions n'interdisent pas au service instructeur de la préfecture de se rapprocher de tiers pour compléter l'instruction d'un dossier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions mentionnées ci-dessus doit être écarté.

9. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. M. A fait valoir qu'il vit en France depuis six ans, qu'il est séparé de son épouse et qu'il est intégré à Cherbourg au sein de l'association culturelle islamique où il exerce une activité d'imam et est adhérent d'autres associations sportives. Toutefois, M. A est célibataire et ses enfants vivent en Algérie où il a lui-même vécu la majeure partie de sa vie. Il n'est pas établi, ni allégué, qu'il ne puisse pas poursuivre son activité d'imam dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écartée.

12. En deuxième lieu, lorsqu'un refus de titre de séjour est assorti d'une obligation de quitter le territoire français, la motivation de cette dernière se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de motivation spécifique. En l'espèce, ainsi qu'il a été exposé au point 3, la décision portant refus de titre de séjour comporte l'énoncé des éléments de fait et de droit sur lesquels s'est fondé le préfet pour prendre cette décision. Au demeurant, la décision mentionne que sa femme et ses enfants résident en Algérie où il a vécu jusqu'à l'âge de 34 ans. Par conséquent, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En troisième lieu, il ressort de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que M. A n'établit pas remplir les conditions pour obtenir le certificat mentionné à l'article 7 a) de l'accord franco-algérien. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il devait bénéficier d'un titre de séjour de plein droit, ne peut qu'être écarté.

14. En quatrième et dernier lieu, et alors que le requérant ne développe pas d'arguments distincts de ceux développés à l'appui du moyen d'annulation du refus de certificat de séjour, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 10 du présent jugement.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

15. En premier lieu, M. A n'établissant pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

16. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles s'est fondé le préfet pour fixer le pays de renvoi de M. A. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision manque donc en fait.

17. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-42 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi: / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité () / 3° Ou avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible () ".

18. En indiquant que le requérant est tenu de quitter le territoire vers le pays dont il a la nationalité ou dans lequel il est légalement admissible, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées. Le moyen doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

20. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bernard et au préfet de la Manche.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

C. C

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

C. Bénis

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