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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202917

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202917

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202917
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 décembre 2022 et 26 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2022 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de délivrance du titre de séjour a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 16 janvier 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre la République française et la République du Cameroun sur la circulation et le séjour des personnes signée à Yaoundé le 24 janvier 1994, et publiée par le décret n° 96-1033 du 25 novembre 1996 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les conclusions de Mme G,

- et les observations de Me Cavelier, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant camerounais, déclare être né le 5 novembre 2004 et être entré irrégulièrement sur le territoire français le 13 novembre 2020. Par une ordonnance de placement provisoire du procureur de la République de Caen du 14 décembre 2020, M. A a été confié au département du Calvados au titre de l'aide sociale à l'enfance. Le 22 septembre 2022, il a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 21 novembre 2022, le préfet du Calvados a refusé de l'admettre au séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la requête de M. A :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, les attributions du service de l'immigration de la préfecture du Calvados sont définies par l'arrêté préfectoral n° 14 -2021-08-31-00001 du 30 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2021-158 du 31 août 2021, et, d'autre part, que l'arrêté préfectoral attaqué du 21 novembre 2022 a été signé par M. E F, chef du service de l'immigration de la préfecture du Calvados, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet du Calvados du 27 avril 2022, n° 14-2022-04-27-00042, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2022-084 le 27 avril 2022. Ces deux arrêtés sont accessibles tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande 1°les documents justifiant de son état civil 2° les documents justifiant de sa nationalité () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". Enfin, l'article 47 du code civil dispose que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

5. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger et rédigé dans les formes usitées dans le pays concerné peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact et notamment par les données à caractère personnel enregistrées dans le traitement automatisé Visabio, qui sont présumées exactes. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté, à l'appui de sa demande de titre de séjour, un passeport délivré par les autorités consulaires camerounaises en France le 17 janvier 2022, une carte consulaire délivrée le 26 mai 2021, un acte de naissance ainsi qu'un extrait d'acte de naissance, au vu desquels il serait né le 5 novembre 2004 à Douala au Cameroun. La consultation par les services de la préfecture du Calvados du fichier Visabio a toutefois révélé, par une correspondance d'empreintes digitales, que deux demandes de visa avaient été présentées par l'intéressé en 2017 et 2019 auprès des ambassades de Belgique et de France, sous l'identité de M. D H A, né le 5 novembre 1994 à Ndoungue au Cameroun. Dans ces conditions, le préfet du Calvados a pu sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation estimer que le requérant ne justifiait pas avoir été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans ni avoir déposé sa demande dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire et refuser, pour ce seul motif, de lui délivrer le titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par voie de conséquence, l'ensemble des moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispositions qui ne concernent que les mineurs, doivent être écartés.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ". Si le requérant se prévaut de son insertion scolaire sur le territoire français, en particulier qu'il est inscrit en classe de première Bac Pro maintenance automobile pour l'année scolaire 2022-2023 et qu'il a signé un contrat d'apprentissage le 1er septembre 2022, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a, au demeurant, abusivement bénéficié du dispositif de prise en charge des mineurs isolés, résidait en France depuis deux années seulement à la date de la décision attaquée et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où vit sa sœur. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait noué, en France, des liens d'une particulière intensité. Dans ces conditions, la décision de refus de séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 novembre 2022 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles de Me Cavelier relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Cavelier et au préfet du Calvados.

Copie en sera adressée pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Absolon, première conseillère,

- Mme Créantor, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023

La rapporteure,

Signé

C. C

La présidente,

Signé

A. MACAUD

La greffière,

Signé

A. GODEY

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

A. Godey

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