lundi 13 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2300147 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | WAHAB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 janvier et 9 février 2023, M. A C, représenté par Me Wahab, demande au juge des référés :
1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel le préfet du Calvados a rejeté sa demande de délivrance de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de réexaminer sa demande de renouvellement de titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir, et de lui délivrer sans délai un récépissé jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l'urgence :
- elle est a priori considérée comme établie en cas de refus de renouvellement de titre de séjour ;
- ses allocations liées à sa situation de handicap ont été suspendues ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
- le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation particulière ;
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de l'absence de traitement approprié dans le pays d'origine ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par des mémoires en défense, enregistré les 8 et 10 février 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le refus de séjour n'implique pas le départ du requérant ;
- le requérant a uniquement sollicité le renouvellement de son titre de séjour pour raisons médicales ;
- la suspension de la prestation de compensation du handicap est intervenue cinq mois après la décision attaquée, alors que le requérant a été alerté par des courriers du conseil départemental du Calvados des 1er août et 26 septembre 2022 ;
- dès lors, l'urgence doit être écartée ;
- la décision attaquée est suffisamment motivée ;
- la situation du requérant a été prise en compte ;
- son épouse n'a obtenu de titre de séjour que pour prendre en compte l'obtention par le requérant d'un titre de séjour pour raisons médicales ;
- il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale du requérant ;
- il n'est pas démontré que le requérant ne pourrait pas bénéficier d'un traitement adéquat en Géorgie ;
- le requérant ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels.
M. A C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 21 janvier 2023 sous le n° 2300148 par laquelle M. C demande l'annulation de l'arrêté du préfet du Calvados portant refus de séjour.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bénis, greffière d'audience, M. B a lu son rapport et entendu les observations :
- de Me Wahab, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens. Elle précise que les enfants de M. C sont scolarisés depuis cinq ans ; son épouse a demandé la délivrance d'une carte pluriannuelle ;
- et les observations de M. C.
Le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. M. A C a été admis le 22 novembre 2022 au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à l'aide juridictionnelle provisoire, qui sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. M. A C, de nationalité géorgienne, est entré en France le 25 août 2016 muni d'un visa de court séjour. Il a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée le 13 septembre 2017 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et le 4 septembre 2018 par la Cour nationale du droit d'asile. Il a obtenu une autorisation provisoire de séjour pour raisons médicales, valable du 1er février 2019 au 31 juillet 2019. M. C a sollicité le 20 juin 2019 la délivrance d'un titre de séjour en tant qu'étranger malade. Par un arrêté du 9 juin 2020, le préfet du Calvados a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a notifié une obligation de quitter le territoire français. Le présent tribunal a annulé, par un jugement du 24 septembre 2020, cet arrêté, et a enjoint au préfet de délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale ". M. C, qui a obtenu ce titre de séjour, en a sollicité son renouvellement. Le préfet du Calvados a pris le 22 juillet 2022 un arrêté portant refus de séjour. Par la présente requête, M. C demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour.
4. Par la décision attaquée, le préfet a refusé à M. C le renouvellement de son titre de séjour pour raisons médicales. Le requérant fait valoir que le refus de séjour a pour effet la suspension des allocations liées à sa situation de handicap. Ainsi, le requérant justifie d'une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale et donc, de l'urgence qui s'attache à ce que soit prononcée une mesure en référé sans attendre le jugement au fond.
En ce qui concerne l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué :
5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ". L'article R. 425-11 du même code prévoit : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ".
6. Il résulte de ces dispositions que lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.
7. Il ressort des pièces du dossier que, par un avis du 10 septembre 2021, le collège des médecins de l'OFII a estimé que si l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pouvait, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, y bénéficier effectivement d'un traitement médical approprié. Le requérant produit toutefois un certificat médical établi le 3 août 2022 par un praticien du service de psychiatrie du CHU de Caen, qui indique que M. C est sous traitement psychotrope dans le cadre d'une prise en charge d'un épisode dépressif à caractéristiques psychotiques avec trouble du comportement, ainsi qu'un certificat circonstancié de son médecin traitant du 24 janvier 2023 qui fait état d'un traitement au long cours en précisant les médicaments administrés. Il fournit également une lettre du 10 août 2022 de la directrice de l'agence géorgienne de régulation des activités médicales et pharmaceutiques, traduite en français par une traductrice assermentée, qui précise que plusieurs des médicaments composant ce traitement ne sont pas enregistrés sur le marché pharmaceutique en Géorgie. Si le préfet verse au dossier des captures d'écran d'un site officiel géorgien mentionnant les noms de ces médicaments, ces documents, non traduits, sont dépourvus de toute valeur probante. Dans ces conditions, les pièces produites par le requérant sont de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins de l'OFII sur l'accès à des soins adaptés dans ce pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Calvados de délivrer à M. C un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
9. M. C a été admis à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Wahab renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Wahab de la somme de 500 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. C.
Article 2 : L'exécution de l'arrêté du 22 juillet 2022 du préfet du Calvados est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Calvados de délivrer à M. C un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Sous réserve que Me Wahab renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Wahab une somme de 500 euros sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, à Me Wahab et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Calvados.
Fait à Caen, le 13 février 2023.
Le juge des référés,
Signé
F. B
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
la greffière,
C. Bénis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026