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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300189

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300189

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300189
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL ENARD BAZIRE COLLIOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 janvier 2023 et le 8 février 2023, M. B A, représenté par Me Vendé, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Normandie du 25 août 2022 lui refusant l'octroi d'une licence de pêche à la coquille sur le gisement Ouest Cotentin pour la campagne 2022/2023, ensemble la décision du 20 décembre 2022 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de lui délivrer la licence de pêche dans un délai de huit jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réinstruire sa demande dans un délai de huit jours compte tenu de la proximité de la fin de la campagne de pêche ;

3°) de mettre à la charge du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins une somme de 2 500 euros au titre des frais de l'instance.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il a racheté le bateau " Le Grand Bleu " et que la décision remet en cause son projet ; en outre, compte tenu de la période de pêche, en l'état actuel, s'il disposait d'une licence, il pourrait pêcher vingt-neuf jours jusqu'au 15 mai 2023 ; enfin, s'il dispose d'une licence pour 2022/2023, il en disposera les années suivantes, garantissant ainsi la pérennité de son projet d'installation et d'achat de navire ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que :

• elle est entachée d'une erreur de fait ; une place était bien disponible sur le contingent " breton " de vingt-deux licences puisque l'une d'elles s'est libérée en 2022 ; compte tenu de sa première position, elle devait lui être attribuée ;

• elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le président du comité régional n'a pas exercé sa compétence, se croyant en situation de compétence liée par rapport à l'avis de la commission Coquillage arts trainants Manche Ouest ;

• la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision de gel des licences de coquilles Saint-Jacques prise par le bureau du comité le 9 août 2022 sur laquelle elle est fondée ;

- outre le fait que la décision de gel est postérieure à l'avis défavorable émis par la commission Coquillages arts trainants du 29 juillet 2022, un tel gel ne repose sur aucun texte ; ni le code rural et de la pêche maritime, ni la délibération du comité régional de Normandie n° 2019/CCSJ-OC-04, ni celle n° 2020/ATT-8 ne prévoient la possibilité pour le Bureau, et postérieurement à la consultation de la commission dédiée, de geler les licences de pêche, en excluant de leur attribution les candidats sur liste d'attente, pour fonder un refus d'octroi ; au surplus, à supposer qu'une décision de gel de l'octroi des licences soit possible, elle ne pouvait en aucun être justifiée par les " incertitudes " liées au Brexit et à l'accès aux eaux de Jersey ; aucune circonstance ne pouvait justifier le gel opéré pour l'année 2022/2023 ;

- la décision de gel de licences est entachée d'un vice de procédure ; le comité régional n'a pas mené la procédure prévue par les articles L. 914-3 du code rural et de la pêche maritime et L. 120-1 du code de l'environnement alors que cette décision a nécessairement une incidence directe et significative sur l'environnement ;

• la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des faits ; la décision de gel n'était pas justifiée au regard des circonstances et ne pouvait induire le refus d'octroi d'une seule licence dans le contingent déjà existant et dans un contexte d'abondance de la ressource.

Par un mémoire, enregistré le 3 février 2023, le comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Normandie, représenté par Me Enard-Bazire, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 2 000 euros au titre des frais de l'instance.

Il fait valoir que la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 26 janvier 2023 sous le numéro 2300188 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision 25 août 2022.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 9 février 2023 à 10 heures, en présence de Mme Godey, greffière d'audience :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Vendé, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins en reprenant les mêmes moyens que ceux développés dans ses écritures, en insistant sur le fait, s'agissant de l'urgence, qu'il ne dispose pas d'autres licences puisqu'il est salarié d'un armateur et pas armateur lui-même, que la réalité de son projet est établie et que l'acquisition du navire doit avoir lieu cette semaine ;

- et les observations de Me Monange, représentant le comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Normandie, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte en litige sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision du 25 août 2022 refusant de lui délivrer une licence de pêche à la coquille sur le gisement Ouest Cotentin pour la campagne 2022/2023, M. B A fait valoir que s'il détenait la licence de pêche en cause, il pourrait pêcher vingt-neuf jours jusqu'au 15 mai 2023, ce qui représente un chiffre d'affaires de 82 940 euros, indispensable pour assurer le remboursement de son prêt pour l'acquisition du navire " Le Grand Bleu " et que la décision remet en cause son projet qui s'élève a minima à 1 470 000 euros pour le seul coût du bateau. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. A, qui produit un compromis de vente, signé en novembre 2022, et une attestation du 8 février 2023 d'un établissement bancaire selon lequel un accord de financement a été donné pour un montant de 1 340 000 euros pour l'acquisition du bateau, n'est pas, à ce jour, propriétaire du bateau " Le Grand Bleu ", aucun document ne permettant par ailleurs de connaître précisément la date à laquelle le contrat de cession doit être effectivement signé. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que la décision attaquée entraîne un préjudice financier qui porterait une atteinte grave et immédiate à la situation de M. A, qui dispose des revenus de son activité de salarié. Enfin, si le requérant soutient que l'octroi d'une licence pour la campagne 2022/2023 lui permettra d'en disposer les années suivantes et qu'il est en première position pour obtenir la licence disponible du contingent " breton ", ces circonstances ne sauraient, par elles-mêmes, caractériser une situation d'urgence. Au surplus, il résulte de l'instruction que la licence en cause n'est pas susceptible d'être attribuée à un autre armateur compte tenu de la décision de gel des licences qui serait intervenue le 9 août 2022. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, et au fait que la période de pêche à la coquille se termine le 15 mai 2023, M. A, qui a, par ailleurs, saisi le juge des référés cinq mois après la décision lui opposant le refus de licence alors que la pêche à la coquille est ouverte depuis le 1er octobre 2022, ne justifie pas d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'existence d'un moyen de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, que les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de M. A doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Normandie, qui n'est pas partie perdante en la présente instance, la somme que demande M. A au titre des frais qu'il a exposés. En outre, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Normandie présentées au même titre.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Normandie tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au comité régional des pêches maritimes et des élevages marins de Normandie.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la région Normandie.

Fait à Caen, le 10 février 2023.

La juge des référés,

Signé

A. C

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

A. Godey

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