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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300218

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300218

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300218
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL DOLLON AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2023, M. A C, représenté par

Me Ayral, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 30 décembre 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier public du Cotentin l'a suspendu de ses fonctions à compter du 12 janvier 2023 jusqu'à production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination répondant aux conditions définies par le décret n° 21-1059 du 7 août 2021 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier, à titre provisoire, de le rétablir dans son traitement à compter du 12 janvier 2023, à assimiler la période de suspension à une période de travail déterminant la durée de ses congés annuels, de ses droits acquis au titre de l'ancienneté et à prendre cette période en compte au titre de l'avancement et ce, dans un délai de cinq jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier une somme de 2 000 euros au titre des frais de l'instance.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision le prive de toutes ressources pour une durée indéterminée, étant rappelé qu'il a déjà été l'objet d'une première suspension du 15 septembre 2021 au 11 septembre 2022 qui a précarisé sa situation ; son épouse n'a pas d'activité professionnelle et ils ont deux enfants à charge ; enfin, il n'est éligible à aucun revenu de remplacement pendant sa suspension ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que :

• il appartient au centre hospitalier de justifier de la compétence de la signataire de la décision ;

• la décision est une sanction disciplinaire prononcée en méconnaissance des garanties entourant le prononcé d'une sanction disciplinaire ; les dispositions des articles

L. 532-1 et suivants du code général de la fonction publique n'ont pas été respectées ; en outre, la décision a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire et en méconnaissance de l'article 6 paragraphe 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

• la décision est insuffisamment motivée ;

• il n'est pas soumis à l'obligation vaccinale ; il est technicien et n'a aucun contact direct avec les patients et ne travaille pas non plus au contact des soignants ; il exerce ses fonctions dans un bâtiment administratif de l'ancien hôpital situé face à l'église Saint Clément ;

• l'article 3 de la décision le prive illégalement de ses droits acquis à l'avancement en violation de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 ;

• la décision est prise en application de la loi du 5 août 2021 qui est entachée d'un vice de procédure dès lors que le conseil commun de la fonction publique n'a pas été saisi préalablement ;

• la décision n'est pas mentionnée dans la liste de sanctions figurant à l'article L. 533-1 du code général de la fonction publique ;

• la décision méconnaît le principe de proportionnalité des sanctions ;

• elle créé une inégalité de traitement injustifiée entre les agents non vaccinés négatifs suspendus et les agents vaccinés positifs en activité.

Par un mémoire, enregistré le 3 février 2023, le centre hospitalier public du Cotentin, représenté par Me Dollon, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 1 000 euros au titre des frais de l'instance.

Il fait valoir que la condition tenant à l'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 27 janvier 2023 sous le numéro 2300197 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision 30 décembre 2022.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Macaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 9 février 2023 à 9 heures 15, en présence de Mme Godey, greffière d'audience :

- le rapport de Mme B ;

- les observations de Me Ayral, représentant M. C, qui a conclu aux mêmes fins par les mêmes moyens, en insistant sur le fait, d'une part, que la décision n'est pas suffisamment motivée en droit et en fait, qu'elle vise les lois de 1983 et 1986 alors que le code général de la fonction publique est applicable et, d'autre part, que, vu ses fonctions et le bâtiment dans lequel il les exerce, il n'est pas soumis à l'obligation vaccinale ;

- les observations de Me Dollon, représentant le centre hospitalier public du Cotentin, qui fait notamment valoir que M. C, qui est informaticien, est susceptible, compte tenu de ses fonctions et de l'imbrication des bâtiments, de rentrer en contact avec le personnel soignant et des patients.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions aux fins de suspension et d'injonction :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

2. En l'état de l'instruction, aucun des moyens soulevés par M. A C, technicien supérieur au centre hospitalier public du Cotentin, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision par laquelle le directeur du centre hospitalier public du Cotentin l'a suspendu de ses fonctions à compter du 12 janvier 2023 jusqu'à production d'un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination répondant aux conditions définies par le décret n° 2021-1059 du 7 août 2021.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête à fin de suspension de l'exécution de la décision du 30 décembre 2022 ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

Sur les frais de l'instance :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier public du Cotentin une somme au titre des frais exposés par M. C pour la présente instance. En outre, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions présentées au même titre par le centre hospitalier.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du centre hospitalier public du Cotentin tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C et au centre hospitalier public du Cotentin.

Fait à Caen, le 9 février 2023.

La juge des référés,

Signé

A. B

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

A. Godey

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