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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300439

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300439

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300439
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantHOURMANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 21 février 2023 et le 30 mai 2023, Mme C A, agissant en qualité de représentante légale de sa fille B A, représentée par Me Hourmant, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 août 2022 par laquelle le directeur territorial de Caen de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision implicite du 16 janvier 2023 par laquelle l'OFII a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil incluant l'allocation pour demandeurs d'asile à compter du 1er mai 2022, ou à défaut de statuer à nouveau sur sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et donner acte à Me Hourmant de ce qu'elle renoncera à percevoir la part contributive de l'Etat en cas de condamnation.

Elle soutient que la décision :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- révèle un défaut d'examen particulier de sa situation au regard de sa vulnérabilité ;

- est entachée d'erreur de fait et d'erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 15 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 juillet 2023.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Groch,

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- et les observations de Me Hourmant, représentant Mme A.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, de nationalité nigériane, a présenté une demande d'asile le 27 janvier 2021, qui a été enregistrée dans le cadre d'une procédure dite " Dublin " puis requalifiée en procédure normale le 25 août 2021. Elle a obtenu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dès sa demande d'asile, avec un hébergement géré par l'AAJB à Caen. Le 17 mars 2021, Mme A a donné naissance à Caen à l'enfant B A de nationalité nigériane. La demande d'asile de Mme A a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 27 octobre 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 avril 2022. La requérante a déposé une demande d'asile pour sa fille mineure B le 7 février 2022. Elle a cessé de bénéficier des conditions matérielles d'accueil à compter du 1er mai 2022. Par une décision du 3 août 2022, le directeur territorial de Caen de l'OFII a refusé d'accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour son enfant. Par un courrier du 13 septembre 2022, Mme A a formulé un recours administratif préalable. Le silence gardé sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de la décision du 3 août 2022 et de la décision implicite rejetant son recours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de D D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de D L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. / Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ". Aux termes de D L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de D L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

3. L'institution, par les dispositions précitées, d'un recours administratif préalable obligatoire, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître, le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Il en résulte que les vices propres de la décision initiale ne sauraient être utilement invoqués à l'appui d'un recours contestant la décision rejetant ce recours. Cette substitution ne fait toutefois pas obstacle à ce que soient invoqués à son encontre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables à la décision initiale qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à cette décision, sont susceptibles d'affecter la régularité de la décision soumise au juge. Par ailleurs, lorsque la décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire est implicite et que le requérant n'en a pas sollicité la communication des motifs en application de D L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, elle doit être regardée comme fondée sur les mêmes motifs que la décision initiale.

4. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier en date du 13 septembre 2022, Mme A a saisi, par l'intermédiaire de son conseil, le directeur général de l'OFII d'un recours préalable obligatoire dirigé contre la décision du 3 août 2022 lui refusant les conditions matérielles d'accueil. Dès lors, la décision implicite rejetant ce recours s'est nécessairement substituée à la décision initiale. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 3 août 2022, qui se rapporte aux vices propres de la décision initiale, est inopérant et ne peut donc qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'OFII a bien procédé à l'examen la situation de Mme A et de son enfant dans le cadre de la demande d'asile déposée pour B lors d'un entretien de vulnérabilité effectué le 3 août 2022, au cours duquel aucun point de vulnérabilité particulier n'a été relevé. Lors de cet examen, il n'est pas contesté que la famille était hébergée de manière stable et qu'elle n'a pas fait état de problème de santé ni sollicité la réalisation d'un " avis medzo ". Par ailleurs, l'OFII indique sans être contredit que Mme A et sa fille bénéficient d'une couverture santé leur permettant de bénéficier de soins médicaux et de traitements. La seule circonstance que Mme A produise, postérieurement à la décision attaquée, une lettre du médecin du centre régional de psychotraumatisme de Normandie sur sa situation médicale personnelle, n'est pas de nature à établir un défaut d'examen particulier de sa demande au regard de la vulnérabilité. Le moyen sera écarté.

6. En troisième lieu, D 2 de la directive 2013/33/UE précise que les conditions matérielles d'accueil comprennent le logement, la nourriture et l'habillement, fournis en nature ou sous forme d'allocation financière ou de bons, ou en combinant ces trois formules, ainsi qu'une allocation journalière. Aux termes de D 17 de cette directive : " 1. Les États membres font en sorte que les demandeurs aient accès aux conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils présentent leur demande de protection internationale. / 2. Les États membres font en sorte que les mesures relatives aux conditions matérielles d'accueil assurent aux demandeurs un niveau de vie adéquat qui garantisse leur subsistance et protège leur santé physique et mentale. / Les États membres font en sorte que ce niveau de vie soit garanti dans le cas de personnes vulnérables, conformément à D 21 () ".

7. D'une part, aux termes de D L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III ". Aux termes de D L. 551-9 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". Aux termes de D L. 551-10 de ce code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ". Aux termes de cet article L. 551-15 : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile () ".

8. D'autre part, aux termes de D L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable (). " et de D L. 521-3 de ce code : " Lorsque la demande d'asile est présentée par un étranger qui se trouve en France accompagné de ses enfants mineurs, elle est regardée comme présentée en son nom et en celui de ses enfants ". D L. 531-23 du même code prévoit : " Lorsqu'il est statué sur la demande de chacun des parents présentée dans les conditions prévues à D L. 521-3, la décision accordant la protection la plus étendue est réputée prise également au bénéfice des enfants. Cette décision n'est pas opposable aux enfants qui établissent que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire ". D L. 531-41 de ce code dispose : " Constitue une demande de réexamen une demande d'asile présentée après qu'une décision définitive a été prise sur une demande antérieure () ".

9. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile de présenter une demande en son nom et, le cas échéant, en celui de ses enfants mineurs qui l'accompagnent. En cas de naissance ou d'entrée en France d'un enfant mineur postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'étranger est tenu, tant que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou, en cas de recours, la Cour nationale du droit d'asile ne s'est pas prononcée, d'en informer cette autorité administrative ou cette juridiction. La décision rendue par l'Office ou, en cas de recours, par la Cour nationale du droit d'asile, est réputée l'être à l'égard du demandeur et de ses enfants mineurs, sauf dans le cas où le mineur établit que la personne qui a présenté la demande n'était pas en droit de le faire.

10. Ces dispositions ne font pas obstacle à ce que les parents d'un enfant né après l'enregistrement de leur demande d'asile présentent, postérieurement au rejet définitif de leur propre demande, une demande au nom de leur enfant. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point précédent que la demande ainsi présentée au nom du mineur doit alors être regardée, dans tous les cas, comme une demande de réexamen au sens de D L. 531-41 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La demande ainsi présentée au nom du mineur présentant le caractère d'une demande de réexamen, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être refusé à la famille, conformément aux dispositions de D L. 551-15, sous réserve d'un examen au cas par cas tenant notamment compte de la présence au sein de la famille du mineur concerné.

11. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme A a présenté une demande d'asile enregistrée le 27 janvier 2021, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 27 octobre 2021 et la Cour nationale du droit d'asile le 26 avril 2022. En application de ce qui a été dit aux points 8 et 9 du présent jugement, la décision prise par la Cour nationale du droit d'asile le 26 avril 2022 doit être réputée prise à l'égard de sa fille B, née le 17 mars 2021. Dans ces conditions, et quand bien même une attestation de demande d'asile en procédure normale au titre d'une première demande d'asile a été délivrée le 7 février 2022 pour l'enfant, la demande présentée au nom de celle-ci doit être regardée comme une demande de réexamen. Dès lors, c'est par une exacte application des dispositions précitées que l'OFII a rejeté la demande tendant au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et les conclusions présentées sur le fondement de D L. 761-1 du code de justice administrative et de D 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

D 1er : La requête de Mme A est rejetée.

D 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Hourmant et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 31 août 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

N. GROCH

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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