vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2300732 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | B & A AVOCATS ASSOCIES |
Vu les procédures suivantes :
1° Sous le numéro 2300732, par une requête et des mémoires, enregistrés les 17 mars, 29 juin et 29 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Bachir, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2022 par laquelle le préfet de l'Orne a rejeté sa demande de titre de séjour ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'incompétence ;
- est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation du lieu de sa résidence ;
- porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
Par des mémoires en défense enregistrés les 3 mai et 1er décembre 2023, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'il n'y a pas lieu de statuer sur la requête dès lors que la demande de titre de séjour présentée par M. A est toujours en cours d'instruction.
2° Sous le numéro 2400745, par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 mars et 26 avril 2024, M. B A, représenté par Me Bachir, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet de l'Orne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Orne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que l'arrêté attaqué :
- est entaché d'incompétence ;
- est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- est entaché d'une erreur de fait s'agissant du motif de son licenciement et d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences en résultant sur sa situation personnelle ;
- porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2024, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Silvani a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain, est irrégulièrement entré sur le territoire français en 2013. Il a bénéficié d'une première carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile valable du 7 février 2020 au 6 février 2021, puis d'une seconde carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 421-1 de ce code. Le 16 décembre 2021, M. A a saisi le préfet de l'Orne d'une demande de renouvellement de son titre de séjour. Le 10 novembre 2022, le préfet de l'Orne a rejeté sa demande au motif qu'il ne résidait pas dans l'Orne. M. A a saisi le tribunal d'un recours contre cette décision et la décision implicite de rejet du recours gracieux reçu par le préfet de l'Orne le 15 décembre 2022. En cours d'instance, le préfet de l'Orne a procédé à l'examen de sa demande. Par un arrêté du 20 février 2024, dont M. A demande également l'annulation, le préfet de l'Orne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur la jonction :
2. Les requêtes nos 2300732 et 2400745 présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions dirigées contre la décision du 10 novembre 2022 :
En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer :
3. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 10 novembre 2022, le préfet de l'Orne a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A au motif qu'il s'estimait territorialement incompétent pour en connaître. En cours d'instance, le préfet de l'Orne a produit un courrier en date du 17 avril 2023 par lequel il a demandé à M. A de compléter son dossier de demande de titre de séjour. Si le préfet de l'Orne doit être regardé comme soutenant que la reprise de l'instruction de la demande de l'intéressé a rendu sans objet les conclusions du requérant dirigées contre la décision du 10 novembre 2022, cette décision a toutefois produit des effets. Par suite, les conclusions dirigées contre la décision du 10 novembre 2022 ont conservé leur objet. L'exception de non-lieu soulevé par le préfet de l'Orne ne peut, par suite, être accueillie.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve de l'exception prévue à l'article R. 426-3, le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ".
5. M. A produit une attestation en date du 3 décembre 2022 d'hébergement dans le département de l'Orne depuis le mois de décembre 2021, des bulletins de salaire de janvier 2022 à octobre 2022, des formulaires de déclaration d'impôt sur le revenu au titre des années 2021 et 2022, des documents administratifs et bancaires portant tous la mention du nom de la personne qui l'héberge et de son adresse dans le département de l'Orne. Il justifie ainsi qu'il résidait dans le département de l'Orne à la date de la décision en litige. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande au motif qu'il n'était pas territorialement compétent pour en connaître, le préfet de l'Orne, qui a au demeurant finalement décidé d'instruire sa demande en cours d'instance, a entaché sa décision d'illégalité.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 10 novembre 2022 doivent être accueillies.
Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du 20 février 2024 :
7. En premier lieu, par un arrêté du 27 novembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Orne n° 2023-11-15 du même jour, le préfet de l'Orne a donné délégation à M. Yohan Blondel, secrétaire général de la préfecture de l'Orne et sous-préfet, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département de l'Orne, à l'exception de certains actes dont ne fait pas partie la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la mesure d'éloignement doit, par suite, être écarté.
8. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui le fondent. Il est, par suite, suffisamment motivé.
9. En troisième lieu, aucun élément du dossier n'établit que la décision en litige n'a pas été précédée d'un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé.
10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : ()2° Ayant commis les faits qui l'exposent à l'une des condamnations prévues aux articles 441-1 et 441-2 du code pénal ; () ".
11. L'arrêté en litige portant refus de renouvellement de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français est fondé sur le motif tiré de l'usage irrégulier par M. A d'une fausse carte d'identité française auprès de son employeur, en vue d'obtenir un emploi, et auprès de France travail en vue de bénéficier des allocations d'aide au retour à l'emploi.
12. Si contrairement à la mention qui en est faite dans l'arrêté en litige, la lettre de licenciement dont a fait l'objet M. A le 30 décembre 2022 n'est pas fondée sur l'utilisation par celui-ci d'une fausse carte d'identité française mais sur l'expiration de la validité de son titre de séjour, il ressort en revanche des pièces du dossier que, saisi par M. A d'une demande d'allocations financières, France Travail a obtenu communication par l'ancien employeur de l'intéressé d'un avenant au contrat à durée indéterminée conclu le 30 mars 2016 avec M. A, qui fait mention de la nationalité française de celui-ci, ainsi que d'une photocopie d'une carte nationale d'identité française comprenant une photographie correspondant à celle figurant sur la carte temporaire de séjour produite au dossier ainsi que la mention des nom, prénom, date et lieu de naissance de M. A. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il relève que l'intéressé a fait usage d'une fausse carte d'identité française.
13. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". En application de ces stipulations, il appartient à l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France d'apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
14. Si le requérant soutient qu'il résidait en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté attaqué, qu'il bénéficiait d'un emploi qu'il a perdu en raison de sa situation administrative et qu'il a constitué ses principales attaches familiales, économiques et personnelles en France, il ressort des pièces du dossier qu'il a usé d'une fausse carte nationale d'identité pour obtenir un emploi ainsi qu'un titre de séjour, qu'il est célibataire et sans enfant et ne justifie d'aucune insertion sociale particulière. Compte tenu ce qui précède, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences en résultant sur sa situation personnelle doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 février 2024 par lequel le préfet de l'Orne a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
16. Il résulte de ce qui précède que l'exécution du présent jugement n'implique pas le prononcé des injonctions sollicitées par le requérant.
Sur les frais liés à l'instance :
17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que sollicite le requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet de l'Orne du 10 novembre 2022 et la décision implicite de rejet du recours gracieux présenté par M. A contre cette décision sont annulées.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A est rejeté.
Article 3 Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Orne.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Marchand, président,
Mme Pillais, première conseillère,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024
La rapporteure,
Signé
C. SILVANI
Le président,
Signé
A. MARCHAND Le greffier,
Signé
J. LOUNIS
La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
le greffier,
J. Lounis
N°s 2300732, 2400745
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026