jeudi 6 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2300766 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | GREENLAW AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 mars 2023 et 4 avril 2023,
Mme A C épouse D, représentée par Me Launay, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du préfet de l'Orne du 1er février 2023 portant modification de l'arrêté préfectoral du 7 février 2019 d'enregistrement de l'installation de méthanisation de la SAS Beaulieu Méthanergie pour l'ajout d'une fosse de stockage déportée de digestats sur le territoire de la commune de Gouffern-en-Auge ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie d'un intérêt pour agir dès lors que l'implantation de la fosse de stockage de digestats liquides est prévue en contiguïté de sa propriété et à moins de 100 mètres de sa maison d'habitation ; la fosse est visible depuis son jardin et de l'intérieur de sa maison ; en outre, le projet créera une gêne à l'accès et à la sortie de sa propriété, les nuisances olfactives ne pouvant être exclues ; enfin, l'exploitation de la fosse entraînera une baisse importante de la valeur vénale de sa propriété ;
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la société a débuté les travaux de construction de la fosse, laquelle est réalisée en béton, ces travaux présentant un caractère irréversible ; en outre, ces travaux sont réalisés à une centaine de mètres de sa maison d'habitation ; de plus, il n'est pas justifié d'un intérêt public de nature à faire obstacle à la suspension de l'arrêté attaqué ; par ailleurs, il existe un risque de pollution accidentelle en cas de rupture de la fosse ; le projet est situé à proximité d'une zone Natura 2000 ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision dès lors que :
• l'implantation de la fosse de stockage de digestats liquides ne respecte pas la distance de 200 mètres par rapport à sa maison d'habitation, telle que prévue par l'article 6 de l'arrêté du 12 août 2010 modifié par l'arrêté du 17 juin 2021 ; les dispositions du I de l'annexe 3 de l'arrêté du 12 août 2010 modifié prévoient que la règle d'implantation à 200 mètres, exigée par le quatrième alinéa de l'article 6 de l'arrêté du 12 août 2010, s'applique, à compter du 1er juillet 2021, aux nouveaux équipements pour les installations enregistrées avant le 1er juillet 2021 ou dont le dossier complet de demande d'enregistrement a été déposé avant le 1er juillet 2021 ; or, l'installation de méthanisation de la SAS Beaulieu Méthanergie a donné lieu à un arrêté préfectoral d'enregistrement délivré le 7 février 2019 et le dossier déposé pour la fosse de stockage de digestats, qui est un nouvel équipement, était complet le 15 mars 2021, soit avant le 1er juillet 2021 ; en outre, le préfet n'a pu valablement considérer que l'implantation de l'installation projetée dans le cadre de la modification respecterait les conditions d'implantation applicables à la date de dépôt du dossier dès lors que l'application des dispositions de l'article 6 de l'arrêté ministériel du 12 août 2010 dans sa version en vigueur au 22 août 2010, lesquelles prévoyaient une distance d'implantation à respecter d'au moins 50 mètres des habitations occupées par des tiers, ne concerne que les installations dont le dossier complet de demande d'enregistrement a été déposé avant le 1er janvier 2023 ; or, l'installation de méthanisation a donné lieu à un arrêté préfectoral d'enregistrement délivré le 7 février 2019.
Par des mémoires, enregistrés les 28 mars et 5 avril 2023, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requérante ne justifie pas d'un intérêt pour agir ;
- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite dès lors, d'une part, que le projet contesté contribue à la production d'électricité par une énergie renouvelable qui caractérise un intérêt public et, d'autre part, que la propriété de la requérante est séparée de la parcelle d'assiette du projet par une haie et que le projet, d'une faible hauteur, sera très peu visible depuis son terrain et non visible de sa maison ;
- le moyen soulevé n'est pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué ; si le point I de l'annexe III de l'arrêté du 12 août 2010 modifié au 17 juin 2021 indique que l'article 6 s'applique à partir du 1er juillet 2021 pour l'implantation de nouveaux équipements, le point II de l'annexe apporte une exception pour l'application du quatrième alinéa de cet article 6 ; pour les sites dont le dossier d'enregistrement complet a été déposé avant le 1er janvier 2023, ce sont les dispositions du quatrième alinéa de l'article 6 dans leur version en vigueur au 22 août 2010 qui sont applicables et non celles introduites par l'arrêté du 17 juin 2021 ; or, les dispositions en vigueur au 22 août 2010 prévoient une distance d'éloignement aux habitations de 50 mètres pour les digesteurs.
Par un mémoire, enregistré le 31 mars 2023, la SAS Beaulieu Méthanergie, représentée par Me Deharbe, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des frais de l'instance.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, Mme C épouse D ne justifiant pas d'un intérêt pour agir ; l'installation ne sera pas visible, ne sera pas à l'origine de nuisances olfactives et sera sans effet sur la santé humaine et la salubrité publique ;
- il n'y a pas de présomption d'urgence à suspendre l'exécution de la décision tenant à l'irréversibilité des travaux ; la requérante ne démontre pas que l'autorisation d'exploiter attaquée préjudicie gravement et immédiatement à ses propres intérêts ou à un intérêt public ;
- le moyen soulevé n'est pas de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué ; le point II de l'annexe III de l'arrêté du 10 août 2010 apporte une exception s'agissant de l'entrée en vigueur des modifications du quatrième alinéa de l'article 6.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 14 mars 2023 sous le numéro 2300688 par laquelle
Mme C épouse D demande l'annulation de l'arrêté du 1er février 2023.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- l'arrêté du 12 août 2010 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations classées de méthanisation relevant du régime de l'enregistrement au titre de la rubrique n° 2781 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Audrey Macaud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 5 avril 2023 à 14 heures, en présence de Mme Jean, greffière d'audience :
- le rapport de Mme B ;
- les observations de Me Launay, représentant Mme C épouse D, qui a repris les moyens développés dans ses écritures en insistant sur le fait que, pour apprécier son intérêt pour agir et l'urgence, il faut revenir à la règle de base, posée à l'article L. 511-1 du code de l'environnement ; que seul le respect de la distance de 200 mètres permettra d'assurer la protection des intérêts que cet article énumère, en particulier les dangers pour le voisinage, la santé, la salubrité publique et la protection de la nature et des paysages ; qu'il existe un risque de pollution en cas de rupture de la fosse ; que la fosse sera située à proximité d'un ruisseau et le merlon qui est prévu ne pourra faire obstacle au déversement de 500 mètres cubes ;
- et les observations de Me Deharbe, représentant la SAS Beaulieu Méthanergie, dont le gérant est également présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et produit un constat d'huissier constitué d'une vidéo qui a été visionnée à l'audience, en présence des parties.
Après avoir constaté que le préfet de l'Orne n'était ni présent, ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin de suspension :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
3. Il résulte de l'instruction que, par un arrêté du 7 février 2019, le préfet de l'Orne a procédé, à la demande de la SAS Beaulieu Méthanergie, à l'enregistrement d'une installation de méthanisation sur la commune d'Argentan ainsi que du plan d'épandage des digestats produits, plan qui comprend trois installations connexes, en particulier une poche souple de stockage de digestats liquides de 1 500 mètres cubes, sur une parcelle cadastrée 504F n° 147 située sur la commune de Gouffern-en-Auge, commune déléguée de Villebadin. Par un dossier déposé le
16 février 2020, puis complété les 21 juillet 2020 et 15 mars 2021, l'exploitant a sollicité l'autorisation de remplacer la poche souple précitée par une fosse de stockage semi-enterrée de 1 840 mètres cubes sur des parcelles cadastrées 504F nos 27 et 28 situées sur le territoire de la même commune. Par l'arrêté attaqué du 1er février 2023, le préfet de l'Orne a modifié l'arrêté préfectoral d'enregistrement du 7 février 2019 pour l'ajout de cette fosse de stockage déportée.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de l'arrêté du 1er février 2023, Mme A C épouse D, propriétaire d'une maison située à une centaine de mètres de la fosse de stockage autorisée, fait valoir que les travaux de construction de la fosse, laquelle est réalisée en béton, ont commencé, que seul le respect d'une distance d'éloignement de 200 mètres permet de prévenir les dangers ou inconvénients pour la commodité du voisinage et la santé, que le projet porte atteinte à la protection de la nature et des paysages et qu'il existe un risque de pollution accidentelle en cas de rupture de la fosse, le projet étant situé à proximité d'une zone Natura 2000. Toutefois, la requérante ne produit aucun élément de nature à établir la réalité des risques allégués de nuisances pour le voisinage, en particulier olfactives, alors que le projet autorisé, d'une part, porte sur des digestats liquides, à l'impact olfactif très limité, et, d'autre part, prévoit la couverture du stockage par une structure en polychlorure de vinyle. Il n'est pas davantage établi que l'installation serait susceptible de porter atteinte à la salubrité publique et à l'environnement, le terrain d'assiette ne se situant notamment pas dans le périmètre d'une zone Natura 2000 ou d'une zone inondable. En outre, la circonstance que les travaux, autorisés par un permis de construire délivré le 6 mai 2021, aient commencé et que la présence de la fosse entraînera une baisse de la valeur vénale de la propriété de la requérante ne sauraient caractériser une atteinte grave et immédiate à la situation de Mme C épouse D alors que, par ailleurs, les installations de biométhane sont d'intérêt général au regard de leur contribution à l'indépendance énergétique et que l'installation de méthanisation de la SAS Beaulieu Méthanergie est une unité de production énergétique renouvelable à partir de déchets du territoire. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, l'existence d'une situation d'urgence, au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, justifiant que le fonctionnement de l'installation soit suspendu n'est pas établie.
5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense ni sur la condition tenant au doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, que la demande de Mme C épouse D tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du préfet de l'Orne du 1er février 2023 doit être rejetée.
Sur les frais de l'instance :
6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du préfet de l'Orne, qui n'est pas partie perdante en la présente instance, une somme au titre des frais exposés par la requérante et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de
Mme C épouse D une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société Beaulieu Méthanergie pour la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme C épouse D est rejetée.
Article 2 : Mme C épouse D versera à la société Beaulieu Méthanergie la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C épouse D, à la société Beaulieu Méthanergie et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de l'Orne.
Fait à Caen, le 6 avril 2023.
La juge des référés
Signé
A. B
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
A. Godey
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026