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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2301316

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2301316

mercredi 14 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2301316
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI EDGAR AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen a rejeté la requête du syndicat CGT des personnels de la région Normandie et de M. A... contestant le refus du président de la région Normandie d’octroyer des titres-restaurant aux agents des lycées pendant les vacances scolaires. Le tribunal a jugé que la décision était signée par une autorité compétente et que les titres-restaurant constituent une prestation sociale facultative. Il a estimé que l’absence d’accès au service de restauration collective durant les seules périodes de fermeture ne remet pas en cause le bénéfice de ce service, et que la différence de traitement avec les agents du siège n’était pas établie. La requête a été rejetée sur le fondement des articles L. 731-3 et L. 732-2 du code général de la fonction publique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mai 2023 et 6 novembre 2024, le syndicat CGT des personnels de la région Normandie et M. C... A..., représentés par la SELARL EBC Avocats, demandent au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 29 décembre 2022 par laquelle le président de la région Normandie a refusé d’octroyer aux agents affectés dans les lycées des titres restaurants pour les périodes de fermeture du service de restauration collective, et la décision implicite de rejet née du silence gardé sur le recours du syndicat CGT des personnels de la région Normandie formulé le 25 janvier 2023 ;

2°) d’enjoindre au président de la région Normandie d’attribuer des titres restaurants aux agents affectés dans les lycées durant les périodes de fermeture du service de restauration collective ;

3°) de mettre à la charge de la région Normandie la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- la décision du 29 novembre 2022 est entachée d’incompétence ;
- les décisions attaquées sont entachées d’une erreur de droit ;
- elles méconnaissent le principe d’égalité de traitement.


Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2023, le président de la région Normandie, représenté par l’AARPI Edgar Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du syndicat CGT des personnels de la région Normandie et de M. A... en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté et à défaut de la production de la délibération attaquée ;
- les requérants sont dépourvus d’intérêt à agir ;
- les moyens soulevés à l'appui de la requête sont infondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Absolon,
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,
- et les observations de l’AARPI Edgar Avocats, avocate de la région Normandie.


Considérant ce qui suit :

Le syndicat CGT des personnels de la région Normandie et M. C... A..., agent de la région Normandie affecté au lycée Georges Baptiste à Canteleu, en Seine-Maritime, sollicitent l’annulation de la décision du 29 décembre 2022 par laquelle le président de la région Normandie a refusé d’octroyer aux agents affectés dans les lycées des titres restaurants durant les périodes de fermeture du service de restauration collective, ainsi que la décision implicite de rejet née du silence gardé sur le recours du syndicat CGT des personnels de la région Normandie formulé le 25 janvier 2023.

Sur les conclusions en annulation :

En premier lieu, par un arrêté du 5 juillet 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 5 au 11 juillet 2021, le président de la région Normandie a donné délégation de signature à M. D... E..., directeur général des services à l’effet de signer toutes décisions, toutes correspondances, tous actes, tous documents incluant ceux liés à la justification du temps passé sur les fonds européens et toutes autres conventions. Par suite, M. E... était compétent pour signer au nom du président de la région Normandie la correspondance du 29 novembre 2022 répondant à la demande de M. A... sollicitant le bénéfice de titres restaurants pour les périodes auxquelles il n’a pas accès à la restauration collective.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 731-3 du code général de la fonction publique : « Les prestations d'action sociale, individuelles ou collectives, dont bénéficient les agents publics sont distinctes de la rémunération définie aux articles L. 712-1 et L. 713-1 et sont attribuées indépendamment du grade, de l'emploi ou de la manière de servir ». En outre, aux termes de l’article L. 732-2 de ce même code : « Lorsque son employeur public ne peut le faire bénéficier d'un dispositif de restauration collective compatible avec le lieu d'exercice de ses fonctions, des titres-restaurants peuvent être attribués à l'agent public dans les conditions prévues par le chapitre II du titre VI du livre II de la troisième partie du code du travail ».

Les requérants soutiennent que les décisions attaquées sont entachées d’une erreur de droit dès lors que les agents en poste dans les lycées n’ont pas accès au service de restauration collective pendant les congés scolaires. Toutefois, d’une part, il résulte des dispositions citées au point précédent que les titres-restaurant constituent une prestation sociale facultative, lorsque les agents ne bénéficient pas d’un service de restauration collective. D’autre part, il ressort des pièces du dossier que les agents de l’établissement scolaire dans lequel est affecté M. A... bénéficient d’un service de restauration collective et la seule circonstance que ce service n’est pas accessible durant les périodes de vacances scolaires ne permet pas de remettre en cause le principe de ce bénéfice. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 731-3 et L. 732-2 du code général de la fonction publique doit être écarté.

En dernier lieu, les requérants soutiennent que les décisions attaquées méconnaissent le principe d’égalité de traitement dès lors que les agents en poste au siège de la région Normandie sont attributaires de titres restaurant alors que les agents en poste dans les lycées, qui n’ont accès au service de restauration collective que pendant les périodes scolaires, n’en disposent pas, et que les agents issus de l’ancienne Basse-Normandie en disposaient également alors que ceux issus de l’ancienne Haute-Normandie n’en bénéficiaient pas.

D’une part, la collectivité territoriale n’a pas méconnu le principe d’égalité de traitement des agents en réservant le bénéfice des titres restaurants aux agents en poste au siège de la région Normandie dès lors que les agents en poste dans les lycées ne se trouvent pas dans la même situation. D’autre part, il ressort des pièces du dossier qu’antérieurement à la date de l’introduction de la requête, à savoir le 24 mai 2023, la nouvelle collectivité territoriale, la région Normandie, avait adopté, le 15 octobre 2018, une délibération mettant fin au bénéfice des titres restaurants pour les agents des lycées tel qu’il avait été instauré par le conseil de Basse-Normandie le 27 juin 2014. Enfin, et en tout état de cause, il ressort également des pièces du dossier que par une délibération du 18 décembre 2023, la région Normandie a élargi l’attribution des titres restaurants aux agents des lycées en l’absence de restauration dans les établissements public local d’enseignement à compter du deuxième trimestre 2024. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d’égalité de traitement entre agents doit être écarté.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées en défense, que les conclusions à fin d’annulation de la décision du 29 décembre 2022 et de la décision implicite de rejet du recours gracieux présenté par le syndicat CGT des personnels de la région Normandie, doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction.

Sur les conclusions relatives aux frais d’instance :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la région Normandie, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la région Normandie au même titre.


D E C I D E :


Article 1er : La requête du syndicat CGT des personnels de la région Normandie et de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la région Normandie présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au syndicat CGT des personnels de la région Normandie, à M. C... A... et à la région Normandie.


Délibéré après l'audience du 12 novembre 2025 à laquelle siégeaient :
- Mme Renault, présidente,
- Mme Absolon, première conseillère,
- M. Pringault, conseiller.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 janvier 2026.

La rapporteure,
Signé
C. ABSOLON
La présidente,
Signé
Th. RENAULT


La greffière,


Signé

M. B...


La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



M. B...




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