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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2301332

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2301332

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2301332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantABDOU-SALEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 mai et 11 juillet 2023, le dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, Mme C A épouse B, représentée par Me Abdou-Saleye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2023 par lequel le préfet de l'Orne a refusé son admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Les décisions contestées :

- sont entachées d'un vice de procédure affectant la régularité de l'avis émis par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) dès lors qu'il n'est pas certain que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'OFII et que les trois médecins aient bien signé cet avis, d'une part, et que le collège des médecins n'a pas été en mesure de se prononcer de manière pertinente, faute d'avoir reçu une information complète et exacte sur l'état de santé de Mme B, d'autre part.

La décision portant refus d'admission au séjour :

- méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- a été prise en méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 juin 2023 et 12 juillet 2023, le dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, le préfet de l'Orne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 6 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 13 juillet 2023.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 18 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pillais,

- et les observations de Me Abdou-Saleye, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A épouse B, ressortissante albanaise née le 8 février 1975, est entrée régulièrement en France le 18 décembre 2021. Après avoir été déboutée du droit d'asile, elle ne bénéficie plus d'un droit au maintien sur le territoire français. Elle a déposé le 11 février 2022 une demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire pour motif médical sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 10 mars 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet de l'Orne a opposé un refus à sa demande et l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur la requête :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui a rendu l'avis du 10 juin 2022 sur lequel s'est fondé le préfet de l'Orne, que cet avis est signé par chacun des trois médecins qui ont siégé et que le médecin rapporteur de l'OFII, destinataire du compte rendu d'une consultation de rhumatologue du 14 mai 2022 qui pose un diagnostic de syndrome douloureux diffus de type fibromyalgique, a été mis à même de se prononcer sur l'ensemble des affections de Mme B. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII doit être écarté.

En ce qui concerne le refus d'admission au séjour :

4. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 : " L'avis du collège de médecins de l'OFII est établi sur la base du rapport médical élaboré par un médecin de l'office selon le modèle figurant dans l'arrêté du 27 décembre 2016 mentionné à l'article 2 ainsi que des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays dont le demandeur d'un titre de séjour pour raison de santé est originaire. / Les possibilités de prise en charge dans ce pays des pathologies graves sont évaluées, comme pour toute maladie, individuellement, en s'appuyant sur une combinaison de sources d'informations sanitaires. / L'offre de soins s'apprécie notamment au regard de l'existence de structures, d'équipements, de médicaments et de dispositifs médicaux, ainsi que de personnels compétents nécessaires pour assurer une prise en charge appropriée de l'affection en cause. / L'appréciation des caractéristiques du système de santé doit permettre de déterminer la possibilité ou non d'accéder effectivement à l'offre de soins et donc au traitement approprié. / Afin de contribuer à l'harmonisation des pratiques suivies au plan national, des outils d'aide à l'émission des avis et des références documentaires présentés en annexe II et III sont mis à disposition des médecins de l'office ".

5. La partie qui justifie de l'avis d'un collège des médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

6. Il résulte des termes de la décision attaquée que, pour rejeter la demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de Mme B, le préfet de l'Orne s'est notamment fondé sur l'avis émis le 10 juin 2022 par le collège de médecins de l'OFII, selon lequel l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soin et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Mme B qui souffre de polyalgies diffuses, a d'abord produit un certificat médical de son généraliste, en date du 6 février 2023, qui indique qu'une opération est programmée le 7 mars 2023 et fait état de ses antécédents médicaux : positivité au covid en septembre 2022, hématémèse avec syndrome de Mallory-Weiss a minima en septembre 2022, fibromyalgie, rémission d'un cancer du sein droit en 2012, en ménopause précoce. Elle produit également le certificat du chirurgien orthopédiste spécialiste du pied qui l'a opérée le 7 mars 2023. Elle a enfin produit un nouveau certificat médical de son médecin généraliste en date du 11 juillet 2023 qui réaffirme que Mme B a subi un cancer du sein et souffre de fibromyalie, ainsi qu'un document attestant de son séjour ambulatoire pour l'opération d'un Hallux Valgus au pied droit le 27 juin 2023. Elle fait valoir que son état de santé nécessite un suivi approprié et un renouvellement régulier d'un traitement habituel composé de tramadol chlorhydrate, de duloxetine, de codéine et de gaviscon dont elle conteste la disponibilité et l'accessibilité dans son pays d'origine. Toutefois, elle ne produit que des documents non traduits qui ne suffisent pas pour établir cette indisponibilité. Par ailleurs, si la requérante se prévaut de son impécuniosité l'empêchant de bénéficier de ces médicaments dont certains ne seraient pas remboursés en Albanie, elle n'établit toutefois pas le coût réel de son traitement ni son incapacité à se le procurer. Quant au suivi médical dont elle a besoin dans le cadre de sa fibromyalgie et de la rémission de son cancer, il ressort des pièces du dossier et notamment du compte rendu de consultation du 12 mai 2022 qu'elle a été suivie en Albanie pour ce cancer où ont été réalisées ses scintigraphie et densitométie. Dans ces conditions, Mme B n'établit pas que le suivi et les médicaments qui lui sont prescrits ne seraient pas effectivement accessibles en Albanie et ne remet ainsi pas sérieusement en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

8. Il ressort de ce qui a été dit au point 6 que Mme B n'établit pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Le moyen, tiré de la méconnaissance des stipulations précitées, n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit dès lors être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B, à Me Abdou-Saleye et au préfet de l'Orne.

Copie pour information sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Marchand, président,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

M. PILLAIS

Le président,

Signé

A MARCHANDLe greffier,

Signé

A. D'OLIF

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J. Lounis

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