vendredi 21 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2301383 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BOURDON VINCENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 juin 2023 et le 2 juin 2024, Mme I G et M. B G en leur nom propre et en leur qualité de représentant légal de Mme D G et Mme F G, Mme K L et Mme H C, en leur nom propre et en qualité d'ayants droit de M. J L, la première nommée ayant la qualité de représentante unique, représentés par Me Perier-Chapeau, demandent au tribunal :
1°) de condamner solidairement le centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô et la société Releyns à leur verser la somme de 311 343,28 euros au titre de dommages et intérêts, avec intérêts à compter de la réclamation préalable indemnitaire ;
2°) de mettre solidairement à la charge du centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô et de son assureur la somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- la prise en charge par le centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô de M. L n'a pas été conforme aux règles de l'art ;
- le taux de perte de chance doit être fixé à 80 % des préjudices imputables à la faute ;
- les ayants droit de M. L sont bien fondés à solliciter la somme de 48 120 euros en réparation de ses préjudices, dont 120 euros de déficit fonctionnel temporaire total, 32 000 euros de souffrances endurées et 16 000 euros de préjudice d'angoisse de mort imminente ;
- Mme K L est fondée à solliciter somme de 172 600,35 euros en réparation de ses préjudices, dont 4 000 euros de troubles temporaires dans les conditions d'existence, 40 000 euros de préjudice d'affection, 24 000 euros de troubles permanents dans les conditions d'existence, 10 455,28 euros de frais d'obsèques, 2 124,34 euros de frais divers et 92 020,73 euros de perte de revenus ;
- Mme I L, épouse G est fondée à solliciter somme de 39 422,93 euros en réparation de ses préjudices, dont 3 200 euros de troubles temporaires dans les conditions d'existence, 24 000 euros de préjudice d'affection, 1 210,26 euros de frais divers et 11 012,67 euros de pertes de revenus ;
- M. B G est fondé à solliciter somme de 13 600 euros en réparation de ses préjudices, dont 1 600 euros de troubles temporaires dans les conditions d'existence et 12 000 euros de préjudice d'affection ;
- Mme D G est fondée à solliciter somme de 8 000 euros en réparation de son préjudice d'affection ;
- Mme F G est fondée à solliciter somme de 8 000 euros en réparation de son préjudice d'affection ;
- Mme H C est fondée à solliciter somme de 21 600 euros en réparation de ses préjudices, dont 1 600 euros de troubles temporaires dans les conditions d'existence, 16 000 euros de préjudice d'affection et 4 000 euros de troubles permanents dans les conditions d'existence.
Par un mémoire, enregistré les 13 janvier 2024, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme, représentée par Me Bourdon, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô et de son assureur à lui verser la somme de 7 946,40 euros au titre de ses débours et subsidiairement la portion de cette somme proportionnelle à la chance perdue de 80 % avec intérêt au taux légal à compter du jugement ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô et de son assureur la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;
3°) de mettre solidairement à la charge du centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô et de son assureur la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que compte tenu de la prise en charge médicale de M. L, elle est fondée à solliciter la somme de 7 946,40 euros au titre de ses débours et de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 11 janvier 2024 et le 24 mai 2024, le centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô et la société Relyens, représentés par Me Labrusse, déclarent ne pas s'opposer à ce que sa responsabilité soit reconnue et concluent à la fixation d'un taux de perte de chance à 50 %, au rejet des demandes au titre du préjudice d'angoisse de mort imminente, du préjudice économique et de la perte de revenus de Mme L et de Mme G, et à ce que soient ramenées à de plus justes proportions les autres conclusions indemnitaires.
Ils soutiennent que :
- les sommes demandées au titre du préjudice d'angoisse de mort imminente, du préjudice économique et de la perte de revenus de Mme L et de Mme G ne sont pas fondées ;
- les autres sommes à allouer en réparation des préjudices des requérants et au titre des frais d'instance doivent être réduites à de plus justes proportions.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Martinez,
- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,
- et les observations de Me Morin, substituant Me Perier-Chapeau, représentant Mme I G, M. B G, Mme D G, Mme F G, Mme K L et Mme H C, et de Me Labrusse, représentant le centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô et la société Relyens.
La CPAM du Puy-de-Dôme n'était ni présente ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Monsieur J L, âgé de 56 ans, a été pris en charge à la suite d'une colite ischémique le 18 juillet 2018 par le centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô. M. L est décédé le 23 juillet 2018 à l'hôpital dans le service de réanimation de cet établissement. Mme K L, Mme I G, M. B G, Mme D G, Mme F G et Mme H C ont saisi la Commission de Conciliation et d'Indemnisation des accidents médicaux (CCI) de la région de Normandie. Les experts désignés par la CCI ont déposé leur rapport le 23 juillet 2019. La CCI a rendu son avis le 7 octobre 2019. Par une décision implicite du 25 juillet 2023, le centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô a rejeté la demande indemnitaire des requérants. Par la présente requête, les requérants sollicitent la condamnation du centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô et de la société Relyens à leur verser solidairement la somme de 311 343,28 euros en réparation des préjudices subis. La caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Puy-de-Dôme demande la condamnation du centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô et de la société Relyens à lui verser solidairement la somme de 7 946,40 euros au titre de ses débours.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou du traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage advienne, la réparation qui incombe à l'hôpital devant alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
4. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du 23 juillet 2019, que M. L, âgé de 56 ans, a contacté dans la nuit du 17 au 18 juillet 2018 le Service Mobile d'Urgence et de Réanimation (SMUR) du centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô en raison d'une diarrhée sanglante. Il est admis le 18 juillet 2018 vers 11h00 aux urgences du CH de Saint-Lô où est diagnostiquée une colite ischémique. M. L est transféré au service de gastroentérologie et bénéficiera d'un scanner abdomino-pelvien qui confirmera le diagnostic. Le 20 juillet 2018, une intervention chirurgicale urgente pour colectomie subtotale est réalisée suite à la persistance des douleurs abdominales. Le 21 juillet 2018, une coloscopie préopératoire objective une colite ischémique intense et une seconde intervention pour une colectomie complémentaire est réalisée. M. L décède le 23 juillet 2018 suite à une aggravation multiviscérale. Les rapports d'expertise et de la Commission de Conciliation et d'Indemnisation des accidents médicaux (CCI) de la région de Normandie relèvent un défaut de demande des antécédents médicaux et de traitements, en particulier la prise d'un anti-inflammatoire non stéroïdien, ainsi qu'un retard de prise en charge du patient dû au mauvais diagnostic par le médecin régulateur lors de l'appel au SMUR dans la nuit du 17 au 18 juillet 2018. Les mêmes rapports relèvent également l'absence de réalisation de coloscopie courte lors de son admission au service de gastroentérologie qui aurait guidé l'étendue de la réalisation de la résection colite. Dès lors, la prise en charge de M. L n'a pas été conforme aux règles de l'art. Par suite, le centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô a commis une série de fautes, lesquelles ne sont d'ailleurs pas contestées, de nature à engager sa responsabilité en lien direct et certain avec les suites médicales et le décès de M. L.
En ce qui concerne la perte de chance :
5. Les experts précisent que la perte de chance d'éviter le décès de M. L peut être estimé à 80 %, en tenant compte de son âge et de ses antécédents médicaux. Il y a lieu de retenir une perte de chance d'éviter le décès de 80 % compte tenu des fautes commises.
En ce qui concerne la réparation des préjudices :
6. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. / Conformément à l'article 1346-3 du code civil, la subrogation ne peut nuire à la victime subrogeante, créancière de l'indemnisation, lorsqu'elle n'a été prise en charge que partiellement par les prestations sociales ; en ce cas, l'assuré social peut exercer ses droits contre le responsable, par préférence à la caisse subrogée. / Cependant, si le tiers payeur établit qu'il a effectivement et préalablement versé à la victime une prestation indemnisant de manière incontestable un poste de préjudice personnel, son recours peut s'exercer sur ce poste de préjudice () ".
7. Il résulte de ces dispositions que le juge, saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et d'un recours subrogatoire d'un tiers payeur doit, pour chacun des postes de préjudices, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée par des prestations et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient, ensuite, de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du partage de responsabilité avec la victime. Le juge doit allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée par des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué au tiers payeur.
8. En l'espèce, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme exerce, sur les réparations dues au titre des préjudices subis par les requérants, le recours subrogatoire prévu à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Quant aux préjudices de M. L :
S'agissant des souffrances endurées :
9. Il résulte de l'instruction que M. L, admis aux urgences le 18 juillet 2018, n'a été pris en charge en chirurgie qu'à compter du 20 juillet 2018 avec une reprise le 21 juillet 2018. La souffrance endurée par M. L n'est pas liée à la seule nécessité de soins de M. L dans le cadre d'une prise en charge conforme. Il sera fait une juste appréciation du préjudice des souffrances endurées de M. L en lui allouant la somme de 10 000 euros après application du taux de perte de chance.
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
10. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que le déficit fonctionnel temporaire est total et se confond avec la gravité de la colite ischémique communautaire prise en charge de manière non conforme. En conséquence, le déficit temporaire total aurait été justifié par la nécessité de soins de M. L dans le cadre d'une prise en charge conforme. Par suite, les conclusions aux fins d'indemnisation d'un déficit fonctionnel temporaire doivent être rejetées.
S'agissant du préjudice résultant de la douleur morale éprouvée par la victime du fait de la conscience d'une espérance de vie réduite ou d'une mort imminente :
11. Les requérants font valoir que M. L a éprouvé une douleur morale causée par la conscience de sa mort imminente. Il ne résulte pas de l'instruction que M. L ait été inconscient au moment de cette hospitalisation et de son transfert au service gastroentérologie. Son état a évolué progressivement vers une défaillance multi-viscérale ayant conduit à son décès le 23 juillet 2018. En outre, il résulte du rapport d'expertise que la famille a été informée du décès inéluctable de M. M le 22 juillet 2018. Ainsi, il ressort de ces éléments que M. L a nécessairement pris conscience de la dégradation anormale de son état de santé et d'une espérance de vie réduite ou d'une mort probable. Par suite, il sera fait une juste évaluation du préjudice d'angoisse de mort imminente de M. L, après application du taux de perte de chance, en l'évaluant à la somme de 4 000 euros.
Quant aux préjudices de Mme K E, veuve L :
S'agissant du trouble temporaire dans les conditions d'existence :
12. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de M. L a impacté son épouse dans les actes de la vie quotidienne durant la période d'hospitalisation. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, en particulier du rapport des experts, que l'accompagnement n'aurait pas été justifié par la nécessité de soins de M. L avec une prise en charge conforme. Par suite, les conclusions aux fins d'indemnisation de la douleur morale éprouvée par la victime du fait d'un trouble temporaire dans les conditions d'existence de Mme L doivent être rejetées.
S'agissant des préjudices d'affection de Mme K E, veuve L :
13. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de Mme L, veuve de M. L, en lui allouant la somme de 20 000 euros après application du taux de perte de chance.
S'agissant du trouble permanent dans les conditions d'existence :
14. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme L ait subit du fait du décès de son époux un trouble permanent dans les conditions d'existence. Par suite, les conclusions aux fins d'indemnisation du fait de trouble permanent dans les conditions d'existence de Mme L doivent être rejetées.
S'agissant des frais d'obsèques :
15. Mme L justifie de frais d'obsèques pour le décès de son époux. Il y a lieu de lui allouer à ce titre la somme de 10 455,28 euros après application du taux de perte de chance.
S'agissant des frais divers :
16. Mme L justifie de frais de formalité de mutation de société civile immobilière, de frais de déplacements et médecins conseils de 2 124,34 euros après application du taux de perte de chance pour un rapport médical concernant Mme L. Il y a lieu de lui allouer cette somme.
S'agissant de la perte de revenus :
17. Le préjudice économique subi par les ayants droit appartenant au foyer de la victime décédée est constitué par la perte des revenus de la victime qui étaient consacrés à l'entretien de chacun d'eux. Le préjudice économique subi par l'ensemble des membres du foyer est déterminé par référence à un pourcentage des revenus de la victime affectés à l'entretien de la famille, mais en prenant également en compte les revenus propres des membres survivants, ainsi que les éventuelles prestations reçues en compensation du décès.
18. En l'espèce, il ressort du dernier avis d'imposition commun sur les revenus de 2015 à 2017 que le revenu global annuel moyen du foyer était de 42 554 euros. M. et Mme L, seuls membres du foyer, bénéficiaient d'un montant de revenus proches. Dès lors que le couple n'avait plus d'enfant à charge, la part du revenu du ménage consacrée à la consommation personnelle de M. L peut être évaluée à 40 %, laissant un revenu annuel global au foyer de 25 532 euros. Il ressort des avis d'imposition postérieurs au décès de M. L que Mme L a bénéficié d'un revenu annuel moyen de 16 560 euros depuis 2018 ainsi que de deux pensions de réversion d'un montant total annuel de 7 560 euros. Par conséquent, la perte économique de Mme L du fait du décès de son époux à l'âge de 56 ans s'élève en capitalisation de rente viagère et après application du taux de perte de chance à 27 024 euros. Il y a lieu de lui allouer cette somme.
Quant aux préjudices de Mme I G :
S'agissant du trouble temporaire dans les conditions d'existence :
19. Il ne résulte pas de l'instruction que l'état de santé de M. L ait impacté sa fille dans les actes de la vie quotidienne durant la période d'hospitalisation. En outre, il ne résulte pas de l'instruction, en particulier du rapport des experts, que l'accompagnement n'aurait pas été justifié par la nécessité de soins de M. L avec une prise en charge conforme. Par suite, les conclusions aux fins d'indemnisation d'un trouble temporaire dans les conditions d'existence de Mme G doivent être rejetées.
S'agissant de la perte de revenus :
20. Mme G soutient avoir souffert d'un choc psychologique dû au décès de son père avec un impact sur sa grossesse. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, en particulier de l'arrêt de travail établi le 4 août 2018 par le docteur A faisant état d'une grossesse pathologique, que la perte de revenus invoquée soit en lien direct et certain avec le décès de M. L. Par suite, les conclusions aux fins d'indemnisation de la perte de revenus de Mme G doivent être rejetées.
S'agissant des frais divers :
21. Mme L justifie de frais de déplacements de 1 210,26 euros après application du taux de perte de chance. Il y a lieu de lui allouer cette somme.
S'agissant du préjudice d'affection de Mme G :
22. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de Mme G, fille de M. L, en lui allouant la somme de 5 200 euros après application du taux de perte de chance.
Quant aux préjudices de M. B G :
S'agissant du trouble temporaire dans les conditions d'existence :
23. Il ne résulte pas de l'instruction que l'état de santé de M. L ait impacté son gendre dans les actes de la vie quotidienne durant la période d'hospitalisation. En outre, il ne résulte pas de l'instruction, en particulier du rapport des experts, que l'accompagnement n'aurait pas été justifié par la nécessité de soins de M. L avec une prise en charge conforme. Par suite, les conclusions aux fins d'indemnisation d'un trouble temporaire dans les conditions d'existence de M. G doivent être rejetées.
S'agissant du préjudice d'affection de M. G :
24. La réalité des liens affectifs entre M. G, gendre de M. L, et le défunt n'étant pas établie, les conclusions aux fins d'indemnisation pour ce poste de préjudice doivent être rejetées.
Quant aux préjudices d'affections de Mme D G et de Mme F G :
25. Il résulte de l'instruction qu'au moment du décès de leur grand-père, Mme D G était âgée de deux ans et Mme F G était un enfant à naître. Dans ces circonstances, la réalité des liens avec le défunt n'étant pas établie pour Mme F G, les conclusions aux fins d'indemnisation de son préjudice doivent être rejetées. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de Mme D G, petite-fille de M. L, en lui allouant la somme de 2 000 euros après application du taux de perte de chance.
Quant aux préjudices de Mme C :
S'agissant du trouble temporaire dans les conditions d'existence :
26. Il résulte de l'instruction que l'état de santé de M. L a impacté sa mère dans les actes de la vie quotidienne durant la période d'hospitalisation. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction, en particulier du rapport des experts, que l'accompagnement n'aurait pas été justifié par la nécessité de soins de M. L avec une prise en charge conforme. Par suite, les conclusions aux fins d'indemnisation d'un trouble temporaire dans les conditions d'existence de Mme C doivent être rejetées.
S'agissant des préjudices d'affection de Mme C :
27. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection de Mme C, mère de M. L, en lui allouant la somme de 5 200 euros après application du taux de perte de chance.
S'agissant du trouble permanent dans les conditions d'existence :
28. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C ait subit du fait du décès de son fils un trouble permanent dans les conditions d'existence. Par suite, les conclusions aux fins d'indemnisation du fait de trouble permanent dans les conditions d'existence de Mme C doivent être rejetées.
En ce qui concerne les demandes de la CPAM :
29. Par un mémoire enregistré le 13 janvier 2024, la CPAM du Puy-de-Dôme a sollicité la mise à la charge du centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô de la somme de 7 946,40 euros au titre du capital décès versé aux proches du défunt. Par suite, il y a lieu d'allouer, après application du taux de perte de chance, la somme globale de 6 357,12 euros à la CPAM au titre de ses débours.
Sur les intérêts et la capitalisation :
30. Lorsqu'ils sont demandés, les intérêts au taux légal sur le montant de l'indemnité allouée sont dus, quelle que soit la date de la demande préalable, à compter du jour où cette demande est parvenue à l'autorité compétente ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.
31. Les requérants sollicitent que les sommes qui leur sont allouées soient assorties des intérêts au taux légal à compter du 25 mai 2023, date de la demande d'indemnisation préalable. Il y a lieu de faire droit à cette demande.
32. La CPAM sollicite que la somme allouée soit assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 janvier 2024, date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions. Elle demande également la capitalisation des intérêts. Il y a lieu de faire droit à cette demande, présentée le 13 janvier 2024, à compter du 13 janvier 2025, s'agissant d'intérêts échus depuis au moins un an.
Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :
33. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. À compter du 1er janvier 2007, les montants mentionnés au présent alinéa sont révisés chaque année, par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget () ". L'article 1er de l'arrêté du 20 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 fixe à 118 euros et 1 191 euros les montants minimum et maximum de l'indemnité pouvant être recouvrée par l'organisme d'assurance maladie.
34. En application des dispositions précitées et compte tenu de la somme à allouer à la CPAM, celle-ci a droit à l'indemnité forfaitaire régie par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale pour un montant de 1 191 euros. Il y a lieu de mettre cette somme à la charge du centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô.
Sur les frais liés au litige :
35. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
36. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô le versement aux requérants de la somme globale de 1 500 euros et à la CPAM du Puy-de-Dôme la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô est condamné à verser aux héritiers de M. L la somme globale de 14 000 euros avec intérêts au taux légal à compter à compter du 25 mai 2023.
Article 2 : Le centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô est condamné à verser la somme de 59 603,62 euros à Mme K E, veuve L, avec intérêts au taux légal à compter à compter du 25 mai 2023.
Article 3 : Le centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô est condamné à verser la somme de 6 410,26 euros à Mme I G avec intérêts au taux légal à compter à compter du 25 mai 2023.
Article 4 : Le centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô est condamné à verser la somme de 2 000 euros à Mme D G avec intérêts au taux légal à compter à compter du 25 mai 2023.
Article 5 : Le centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô est condamné à verser la somme de 5 200 euros à Mme C avec intérêts au taux légal à compter à compter du 25 mai 2023.
Article 6 : Le centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô versera la somme de 6 357,12 euros à la CPAM, avec intérêts au taux légal à compter du 13 janvier 2024. Les intérêts échus à la date du 13 janvier 2025, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 7 : Le centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô versera à la CPAM la somme de 1 191 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
Article 8 : Le centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô versera une somme globale de 1 500 euros à Mme G, M. G, Mme L et Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 9 : Le centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô versera une somme de 1 000 euros à la CPAM du Puy-de-Dôme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 10 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 11 : Le présent jugement sera notifié à Mme I G, en sa qualité de représentant unique, au centre hospitalier Mémorial France-Etats-Unis de Saint-Lô, à la société Relyens, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, à la Caisse d'assurance retraite et de la santé au travail et à l'Ag2r Agirc-Arcco.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Cheylan, président,
M. Martinez, premier conseiller,
Mme Groch, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
P. MARTINEZ
Le président,
Signé
F. CHEYLAN
La greffière,
Signé
C. BÉNIS
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
D. Dubost
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02134
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02150
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03459
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03472
08/04/2026