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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2621165

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2621165

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2621165
TypeDécision
RecoursAutorisation
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantBEN MANSOUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 9 et 28 juillet 2026, M. D... C..., représenté par Me Ben Mansour, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté en date du 3 juillet 2026 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de douze mois ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil en application de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C... soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’insuffisance de motivation et d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d’une d’erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il peut se prévaloir de circonstances humanitaires ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation, dans son principe comme dans sa durée, dans l’application des dispositions de l’article L. 612-10 du même code ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.



Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2026, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Kusza en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. Kusza.

Les parties n’étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant afghan né le 1er mars 2000, a fait l’objet le 20 mars 2026 d’un arrêté par lequel le préfet de police de Paris l’a obligé à quitter le territoire français. Par un arrêté du 3 juillet 2026 le préfet de police lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois. M. C... demande l’annulation de cet arrêté.


Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence (…), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. (…) ». Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’admettre M. C... au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, par un arrêté du 26 juin 2026, régulièrement publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture, le préfet de police a donné à Mme B... A..., attachée d’administration de l’Etat, délégation à l’effet de signer les décisions de la nature de celle en litige. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté contesté manque en fait et doit, par suite, être écarté.

En deuxième lieu, la décision litigieuse vise les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énumère les différents critères prévus à l’article L. 612-10 que le préfet de police a examiné pour fixer à douze mois l’interdiction de retour sur le territoire français attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué serait insuffisamment motivé doit être écarté comme manquant en fait.

En troisième lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu’aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ». Aux termes de l’article L. 612-10 de ce même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (…). ».

Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l’encontre d’un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l’étranger n’a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d’assortir sa décision d’une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l’article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, la nature et l’ancienneté de ses liens avec la France, l’existence ou non d’une précédente mesure d’éloignement et, le cas échéant, la menace pour l’ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

D’une part, M. C..., qui n’a pas respecté le délai qui lui était imparti pour exécuter l’obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, entre les prévisions des dispositions précitées de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. M. C... soutient qu’il peut se prévaloir d’une circonstance humanitaire faisant obstacle à ce qu’il fasse l’objet d’une interdiction de retour, en raison des risques de traitements inhumains et dégradants auxquels il serait exposé en cas de retour en Afghanistan. Toutefois il n’apporte, en tout état de cause, pas suffisamment d’éléments pour établir la réalisé de tels risques en se bornant à affirmer sans l’étayer qu’il est « occidentalisé » et en produisant des éléments d’information généraux sur les persécutions que font subir les talibans aux personnes « occidentalisées » en Afghanistan, alors que par ailleurs sa première demande d’asile a été rejetée par une décision de l’OFPRA du 25 mars 2025, confirmée par une décision de la cour nationale du droit d’asile du 1er décembre 2025. Par suite, c’est à bon droit que le préfet de police a décidé d’édicter une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre.

D’autre part, M. C... a indiqué être entré en France en 2022, soit seulement quatre ans avant l’arrêté en litige. S’il fait état de liens privés en France, dans un cadre associatif, les éléments qu’il produit ne permettent pas d’attester de l’intensité de ces liens. En outre, il n’établit pas ni même n’allègue disposer de liens familiaux en France où il est célibataire et sans enfant en charge. Enfin, il a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français, qu’il n’a pas exécutée dans le délai de trente jours qui lui était fixé. Au regard de ces éléments, le préfet de police, en fixant la durée de l’interdiction de retour attaquée à douze mois, n’a pas commis l’erreur d’appréciation qui lui est reprochée. Pour les mêmes motifs, le préfet de police n’a pas non plus commis d’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. C....

En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

Si M. C... soutient qu’il est exposé à un risque de subir des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d’origine, les éléments qu’il produit au cours de la présence instance, ainsi qu’il a déjà été dit au point 7, ne sont pas de nature à corroborer cette allégation. Le moyen doit donc être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige doivent être également rejetées.


D E C I D E

Article 1er : M. C... est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2r : Le surplus des conclusions de la requête de M. C... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D... C..., à Me Ben Mansour et au préfet de police de Paris.



Décision rendue publique par mise à disposition au greffe le 3 août 2026.


Le magistrat désigné,


Signé


M. KUSZALa greffière,


Signé


M. E...
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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