Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2624266

mardi 1 septembre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2624266
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8e Section - MESD
Avocat requérantKORCHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 août 2026, M. E... A..., représenté par Me Korchi, demande au tribunal :

1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler l’arrêté du 30 juillet 2026 par lequel le préfet de police l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

3°) d’enjoindre au préfet de police de supprimer son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen dans un délai de quinze jours ;

4°) d’enjoindre au préfet de police de procéder au réexamen de sa situation administrative un délai de deux semaines, sous astreinte de cent euros par jour de retard, et, dans l’attente, de le mettre en possession sans délai d’une autorisation de travail ;

5°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, ce conseil renonçant dès lors à l’indemnité versée au titre de l’aide juridictionnelle ; ou à titre subsidiaire, à lui verser directement en cas de refus d’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

M. A... soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle a été signée par une autorité incompétente ;
- elle méconnaît l’article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d’incompétence négative ;
- elle est entachée d’un défaut de base légale dès lors qu’aucune obligation de quitter le territoire français ne lui a jamais été notifiée ;
- elle est entachée d’une erreur de fait et d’une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne son entrée sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2026, le préfet de police, représenté par la SELARL Centaure Avocats, agissant par Me Claisse, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. C... en application des articles L. 922-2 et R. 922-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. C... a été entendu au cours de l’audience publique, les parties n’étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

M. E... A..., ressortissant ivoirien né le 16 septembre 1997 à Abidjan, entré en France le 23 août 2022, muni en dernier lieu d’une carte de séjour temporaire « étudiant » valable du 10 août 2023 au 9 août 2024, a été placé en retenue pour vérification de son droit au séjour le 29 juillet 2026. Par un arrêté du 30 juillet 2026, le préfet de police l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation de cet arrêté.


Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ». Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire de M. A... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, d’une part, l’arrêté en litige mentionne les textes dont il fait application, notamment les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D’autre part, l’arrêté mentionne des éléments relatifs à aux liens de M. A... avec France et le fait qu’il a été visé par une obligation de quitter le territoire français à laquelle il s’est soustrait. Dans ces conditions, l’arrêté comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Dès lors, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

En deuxième lieu, par un arrêté n° 2026-00491 du 29 avril 2026, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme B... D..., attachée d’administration au sein du bureau de la lutte contre l’immigration irrégulière, pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans l’exercice des missions relatives à ses attributions. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté en litige doit être écarté.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ». L’article L. 612-10 du même code dispose : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ».

D’une part, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 11 février 2026 régulièrement notifié à M. A... le 14 février 2026, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. D’autre part, le requérant, qui est entré régulièrement en France le 23 août 2022, soit trois ans et onze mois à la date de la décision en litige, est célibataire et sans enfant, ne justifie d’aucune insertion particulière en France, ne se prévaut d’aucune circonstance humanitaire, et il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il soit dépourvu d’attaches en Côte-d’Ivoire, où réside sa famille et où il a vécu jusqu’à l’âge de vingt-quatre ans. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que se présence sur le territoire français représente une quelconque menace pour l’ordre public. Dans ces conditions, c’est sans méconnaître les dispositions citées au point précédent que le préfet a fixé à douze mois, soit un cinquième du maximum possible, la durée de la décision en litige. Dès lors, le moyen doit être écarté, tout comme celui tiré de ce que la décision en litige est entaché d’incompétence négative.

En quatrième lieu, pour les motifs exposés au point précédent, M. A... n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté du 11 février 2026 par lequel le préfet du Nord l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ne lui a pas été régulièrement notifié. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de base légale manque en fait. Par suite, il ne peut qu’être écarté.

En cinquième lieu, il est constant que le préfet a estimé que M. A... n’apportait pas la preuve de sa date d’entrée sur le territoire français. Or, il ressort des pièces du dossier, et en particulier d’une copie du visa français figurant dans l’ancien passeport de M. A..., que celui-ci est entré régulièrement en France le 23 août 2022. Toutefois, d’une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que, lorsqu’il a été entendu par les services de police, le requérant ait justifié de cette date, dès lors qu’il a présenté un nouveau passeport délivré le 28 novembre 2024 où ne figuraient pas ces informations. D’autre part, pour les motifs exposés au point 6, la circonstance que M. A... soit entré régulièrement sur le territoire français le 23 août 2022 est sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’erreur de fait et de l’erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne son entrée sur le territoire français est inopérant. Dès lors, il ne peut qu’être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 30 juillet 2026 par lequel le préfet de police l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par voie de conséquences, ses conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte doivent être rejetées, tout comme celles relatives aux frais du litige.


D E C I D E :


Article 1er : M. A... est admis provisoirement à l’aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E... A..., à Me Korchi et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er septembre 2026.


Le magistrat désigné,


Signé


G. C...
La greffière,


Signé


A. HEERALALL


La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.