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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302282

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302282

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302282
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSCP MEIER-BOURDEAU LÉCUYER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 août 2023, M. A B, représenté par la SELARL Odin, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 23 juin 2023 par laquelle le président du Centre national de la recherche scientifique l'a exclu de ses fonctions pour une durée d'un an, dont six mois avec sursis ;

2°) d'enjoindre au président du Centre national de la recherche scientifique de le réintégrer dans ses fonctions avec effet au 30 juin 2023 dans l'attente du jugement au fond, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision attaquée porte atteinte à sa santé mentale et le prive des revenus nécessaires pour faire face à ses dépenses courantes ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors que celle-ci est insuffisamment motivée, est entachée d'inexactitude matérielle des faits, s'agissant des faits qui lui sont reprochés, est entachée d'erreurs d'appréciation de l'existence de fautes disciplinaires et est disproportionnée aux faits reprochés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 septembre 2023, le Centre national de la recherche scientifique, représenté par la SARL Meier-Bourdeau Lécuyer et associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le Centre national de la recherche scientifique soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'il n'existe pas de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Caen a désigné M. Marchand, président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 15 septembre 2023 en présence de Mme d'Olif, greffière :

- le rapport de M. Marchand ;

- les observations de la SELARL Odin, avocat de M. B, qui sollicite en outre que soit mise à la charge du Centre national de la recherche scientifique, en lieu et place de l'Etat, la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

- et les observations de la SARL Meier-Bourdeau Lécuyer et associés, avocat du Centre national de la recherche scientifique.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 23 juin 2023, le président du Centre national de la recherche scientifique a exclu M. B de ses fonctions pour une durée d'un an, dont six mois avec sursis, au motif que ce dernier a exercé entre août 2018 et juillet 2021 une activité accessoire de prépresse sans être titulaire pour ce faire d'une autorisation de cumul, consistant à la réalisation, au profit de l'université de Poitiers, de tâches qu'il entrait dans les fonctions de sa compagne de réaliser, et qu'il a organisé l'externalisation des tâches qui lui incombaient au profit de l'entreprise créée par sa compagne.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la décision attaquée a pour effet de priver M. B et sa compagne des revenus nécessaires pour faire face à leurs dépenses courantes. Dès lors, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

4. En second lieu, il appartient au juge, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

5. En l'espèce, les moyens tirés de ce que la décision attaquée est entachée d'une inexactitude matérielle, s'agissant de la réalité de l'externalisation de tâches qu'il incombait à M. B et à sa compagne de réaliser, et est disproportionnée à la gravité des fautes pouvant être imputées à M. B sont propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.

6. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de prononcer la suspension de l'exécution de la décision attaquée jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête au fond.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. La suspension prononcée par le juge des référés n'ayant pas de portée rétroactive, la présente ordonnance implique seulement qu'il soit enjoint au Centre national de la recherche scientifique, dans l'attente du jugement au fond, de réintégrer M. B dans ses fonctions à compter de la date de la présente ordonnance, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de M. B qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du Centre national de la recherche scientifique le versement à M. B d'une somme de 1 000 en application des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 23 juin 2023 par laquelle le président du Centre national de la recherche scientifique a exclu M. B de ses fonctions pour une durée d'un an, dont six mois avec sursis, est suspendue jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond.

Article 2 : Il est enjoint au Centre national de la recherche scientifique, dans l'attente du jugement au fond, de réintégrer M. B dans ses fonctions à compter de la date de la présente ordonnance.

Article 3 : Le Centre national de la recherche scientifique versera à M. B une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au Centre national de la recherche scientifique.

Fait à Caen, le 19 septembre 2023.

Le juge des référés,

Signé

A. Marchand

La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

le greffier,

J. Lounis

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