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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2302717

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2302717

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2302717
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBARA CARRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 octobre 2023 et 24 novembre 2023, M. A D, représenté par Me Bara Carré, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer le titre de séjour sollicité, subsidiairement, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il appartient à l'administration de justifier de la compétence de la signataire de l'arrêté attaqué ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa demande ;

- elle méconnaît l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur l'état de santé de sa fille.

Par un mémoire, enregistré le 26 octobre 2023, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Créantor.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant géorgien né le 2 décembre 1976 à Zugdidi, déclare être entré irrégulièrement en France le 1er décembre 2021. Il a déposé, le 6 décembre 2021, une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 11 avril 2021, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 26 août 2022. Par un arrêté du 8 juillet 2022, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, arrêté que le préfet du Calvados a retiré le 10 août 2022. M. D a sollicité, le 14 février 2022, son admission au séjour en qualité de parent accompagnant d'enfant malade en raison de l'état de santé de sa fille C. Par l'arrêté attaqué du 18 avril 2023, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 19 janvier 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2023-012 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à Mme B E, cheffe du bureau du séjour, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de ce bureau, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions relatives au séjour des étrangers en France et à leur éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit, par suite, être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. / () Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ". Enfin, pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d'un traitement médical approprié, au sens de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il convient de s'assurer, eu égard à la pathologie de l'intéressé, de l'existence d'un traitement approprié et de sa disponibilité dans des conditions permettant d'y avoir accès, et non de rechercher si les soins dans le pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

4. La partie qui justifie de l'avis d'un collège des médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

5. En l'espèce, pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. D, le préfet s'est notamment fondé sur l'avis émis le 28 mars 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel si l'état de santé de sa fille nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier que la fille de M. D, née le 1er dénombre 2019, souffre d'une encéphalopathie néonatale post-anoxique avec une paralysie cérébrale de type tétraparésie spastique et syndrome de West et qu'elle est prise en charge au centre de médecine physique et de réadaptation pour enfants et adolescents (CMPR) de Flers. Elle bénéficie, à ce titre, d'un traitement par Vigabatrin. Pour justifier de ce que le Vigabatrin ne serait pas disponible en Géorgie, M. D produit un certificat médical établi le 19 mai 2022 par un médecin du service de néonatologie du centre hospitalier universitaire de Caen Normandie indiquant que l'enfant bénéficie d'un traitement par Vigabatrin, un antiépileptique qui n'est pas disponible en Géorgie alors qu'il est indispensable pour contrôler les crises. Toutefois, le préfet du Calvados justifie, par les informations qu'il a recueillies sur le site internet du ministère de la santé de Géorgie, que le Vigabatrin est disponible en Géorgie où sont également disponibles les autres médicaments prescrits à la fille du requérant. Par ailleurs, si M. D soutient que l'état de santé de sa fille nécessite également une alimentation entérale de façon prolongée, indisponible en Géorgie, et qu'en l'absence de cette alimentation entérale, son pronostic vital est engagé à court terme, il ne ressort pas des pièces du dossier que le collège des médecins de l'OFII et le préfet aient pu apprécier cet élément dès lors que la fille de M. D a été opérée d'une gastronomie pour alimentation entérale le 12 mai 2023, soit postérieurement à la décision attaquée, et que l'alimentation entérale n'est nécessaire que depuis cette intervention chirurgicale. Enfin, le rapport de l'Organisation mondiale de la santé du 7 juillet 2021, qui indique que " les paiements directs à la charge du patient restent élevés et constituent un véritable fardeau pour tous ceux qui cherchent à se faire soigner " en Géorgie, et l'article intitulé " Acheter des médicaments, un luxe en Géorgie " ne sauraient suffire, en l'absence de tout élément concernant la situation personnelle du requérant quant à ses perspectives d'emploi et de revenus en Géorgie, à établir que les caractéristiques du système de sécurité sociale géorgien feraient obstacle, compte tenu de l'impécuniosité du requérant, à ce que sa fille puisse accéder effectivement à un traitement approprié en Géorgie. Dans ces conditions, en l'absence d'élément de nature à remettre en cause l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et l'appréciation du préfet du Calvados sur la disponibilité du traitement dans le pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté, le requérant pouvant, s'il s'y croit fondé, déposer une nouvelle demande de titre de séjour compte tenu de l'intervention qu'a subi sa fille le 12 mai 2023.

6. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, en particulier des termes de la décision attaquée, que le préfet du Calvados a procédé à un examen complet de la situation du requérant. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier, et ainsi qu'il a été dit précédemment, qu'à la date de la décision attaquée, la fille du requérant ne pouvait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Géorgie. Dans ces conditions, le préfet du Calvados n'a pas méconnu ces stipulations en obligeant M. D à quitter le territoire français.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

11. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le préfet du Calvados n'a pas, à la date de la décision attaquée, commis une erreur d'appréciation en fixant la Géorgie comme pays de destination, la fille du requérant pouvant y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays d'éloignement.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 avril 2023 du préfet du Calvados. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Bara Carré et au préfet du Calvados.

Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Caen.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Macaud, présidente,

- Mme Créantor, conseillère,

- Mme Remigy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

La rapporteure,

Signé

V. CREANTOR La présidente,

Signé

A. MACAUD La greffière,

Signé

E. BLOYET

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. Bloyet

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