Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I. Sous le numéro 2400143, par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 janvier 2024 et 14 octobre 2025, M. A... C..., représenté par Me Boussoum, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 15 novembre 2023 par lequel le président du département de la Manche l’a maintenu en surnombre au sein des effectifs de la collectivité pour une durée d’un an à compter du 1er octobre 2023 ;
2°) d’enjoindre au président du département de la Manche de le maintenir sur son poste actuel et de chercher à le reclasser sur un emploi relevant de la catégorie A dès la notification du présent jugement et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département de la Manche la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C... soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’incompétence ;
- il méconnait les articles L. 542-1 et L. 542-4 du code général de la fonction publique ;
- il est entaché d’une erreur de fait dès lors qu’il existait des emplois vacants correspondant à son grade ;
- il est entaché d’un détournement de pouvoir et de procédure.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er mars 2024 et 4 décembre 2025, le président du département de la Manche conclut au rejet de la requête au motif que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. Sous le numéro 2402606, par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 septembre 2024 et 14 octobre 2025, M. C..., représenté par Me Boussoum, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le président du département de la Manche l’a radié des effectifs à compter du 1er octobre 2024 ;
2°) d’enjoindre au président du département de la Manche de le réintégrer sur un emploi dès la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département de la Manche la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. C... soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’incompétence ;
- il est illégal par voie de conséquence de l’illégalité de l’arrêté du 15 novembre 2023 par lequel le président du département de la Manche l’a maintenu en surnombre au sein des effectifs de la collectivité pour une durée d’un an à compter du 1er octobre 2023 ;
- il est entaché d’un détournement de pouvoir et de procédure.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2025, le président du département de la Manche conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu’elle ne contient pas l’exposé de moyen en méconnaissant de l’article R. 411-1 du code de justice administrative ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Absolon,
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public,
- les observations de Me Lankry, substituant Me Boussoum, avocate de M. C....
Considérant ce qui suit :
M. A... C..., technicien paramédical de classe normale depuis le 1er avril 2013 au sein du conseil départemental de la Manche, a été mis à la disposition du groupement d’intérêt public (GIP) Labéo à compter du 1er janvier 2014 pour une durée initiale de trois années, puis a été réintégré dans les effectifs du département à compter du 27 mai 2015. Par un arrêté du 10 novembre 2022, M. C... a été intégré dans le cadre d’emploi des pédicures-podologues, ergothérapeutes, psychomotriciens, orthoptistes, techniciens de laboratoire médical, manipulateurs d’électroradiologie médicale, préparateurs en pharmacie hospitalière et diététiciens territoriaux, relevant depuis le décret n° 2022-625 du 22 avril 2022, de la catégorie A. Par une délibération du conseil départemental en date du 21 septembre 2023, l’emploi de M. C... a été supprimé dans l’intérêt du service. Par un arrêté du 15 novembre 2023, le président du département de la Manche l’a maintenu en surnombre au sein des effectifs de la collectivité pour une durée d’un an à compter du 1er octobre 2023, puis, par un arrêté du 29 juillet 2024, il a procédé à sa radiation des effectifs à compter du 1er octobre 2024. Par les présentes requêtes, M. C... demande au tribunal l’annulation de ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
Les requêtes n°s 2400143 et 2402606 présentées par M. C... et relatives à sa situation personnelle, présentent à juger des questions connexes et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu de les joindre afin de statuer par le même jugement.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne l’arrêté du 15 novembre 2023 le maintenant en surnombre à compter du 1er octobre 2023 :
En premier lieu, le signataire de l’arrêté attaqué, M. D... B..., directeur des ressources humaines, a reçu délégation de signature du président du conseil départemental, par arrêté n° ARR-2023-164 du 3 juillet 2023, régulièrement publié, « à effet de signer dans le cadre de ses attributions et compétences : les décisions, arrêtés et contrats concernant la situation administrative des agents ». Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 542-1 du code général de la fonction publique : « Dès lors qu'un emploi est susceptible d'être supprimé, l'autorité territoriale recherche les possibilités de reclassement du fonctionnaire concerné ». Aux termes de l’article L. 542-4 du même code : « Le fonctionnaire territorial dont l'emploi est supprimé est maintenu en surnombre pendant un an si la collectivité ou l'établissement ne peut lui offrir un emploi de son grade dans son cadre d'emplois ou, avec son accord, dans un autre cadre d'emplois ». Enfin, aux termes de l’article L. 542-5 de ce code : « Pendant la période prévue par l'article L. 542-4, la collectivité ou l'établissement qui supprime un emploi : / 1° Propose en priorité au fonctionnaire territorial concerné tout emploi de son grade créé ou vacant en son sein ; / 2° Étudie la possibilité de détachement ou d'intégration directe en son sein du fonctionnaire concerné sur un emploi équivalent d'un autre cadre d'emplois ; / 3° Examine les possibilités d'activité sur un emploi correspondant à son grade ou un emploi équivalent dans l'un des versants de la fonction publique. / La collectivité ou l'établissement, la délégation régionale ou interdépartementale du Centre national de la fonction publique territoriale et le centre de gestion examinent, chacun pour ce qui le concerne, les possibilités de reclassement ».
Il résulte de ces dispositions que lorsque l’emploi d’un fonctionnaire est susceptible d’être supprimé, il appartient à sa collectivité d’origine de rechercher ses possibilités de reclassement ou, à défaut, de le maintenir en surnombre pendant une durée d’un an dans les conditions prévues à l’article 97 de la loi du 26 janvier 1984, désormais repris aux articles L. 542-4 et L. 542-5 du code général de la fonction publique, période durant laquelle la collectivité lui propose en priorité tout emploi créé ou vacant en son sein correspondant à son grade, à défaut, étudie la possibilité de le détacher ou de l’intégrer sur un emploi équivalent d’un autre cadre d’emploi, en son sein ou, le cas échéant dans l’un des versant de la fonction publique.
Il ressort des pièces du dossier que M. C..., titulaire du grade de technicien paramédical de classe normale relevant de la catégorie B, a été mis à disposition du groupement d’intérêt public Labéo à compter du 1er janvier 2014, initialement pour une durée de trois années. Toutefois, suite à la fin prématurée de cette mise à disposition, l’intéressé a été réintégré au sein des effectifs du conseil départemental de la Manche à compter du 27 mai 2015 par un arrêté du 15 octobre 2015, et, par un courrier du 2 octobre 2015, il a été informé qu’aucun emploi n’était rattaché à son grade de technicien paramédical de classe normale, qu’il se trouvait donc dans une situation de « reconversion professionnelle sur un emploi de la filière administrative » et qu’à compter du 5 octobre 2015, il sera affecté à des missions de gestion de la paie des assistants familiaux. Par un courrier du 13 février 2016, M. C... a manifesté sa volonté d’être placé au sein de la cellule de reclassement de la collectivité afin « d’effectuer différentes missions pour savoir lesquelles lui correspondent le mieux », et qu’il a ainsi effectué plusieurs immersions professionnelles d’abord au sein du centre médico-social à compter du 3 avril 2018, puis à la direction des infrastructures et de l’entretien routier à compter du 16 décembre 2019. Par ailleurs, par un arrêté du 10 novembre 2022, M. C... a été intégré dans le cadre d’emploi des pédicures-podologues, ergothérapeutes, psychomotriciens, orthoptistes, techniciens de laboratoire médical, manipulateurs d’électroradiologie médicale, préparateurs en pharmacie hospitalière et diététiciens territoriaux, relevant, depuis le décret n° 2022-625 du 22 avril 2022, cadre relevant de la catégorie A, sans que cette intégration se traduise par son affectation sur un nouvel emploi. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 4 juillet 2023, l’autorité territoriale a informé M. C... que suite à la fusion des laboratoires départementaux de Normandie et du transfert de compétence en matière de santé publique au groupement d’intérêt public, aucun poste dans le tableau des emplois permanent ne correspondait à son grade, que la suppression de son poste était envisagée et qu’il pourrait être maintenu en surnombre pour une période d’un an. Ce courrier précisait également que durant l’année de son maintien en surnombre, la collectivité lui proposerait en priorité tout emploi de son grade, regarderait la possibilité de détachement ou d’intégration directe en son sein sur un emploi équivalent, et examinerait les possibilités d’activité sur un emploi correspondant à son grade ou un emploi équivalent dans l’un des versants de la fonction publique. Par une délibération du 21 septembre 2023, et après avis du comité social territorial émis le 7 septembre 2023, la collectivité territoriale a supprimé le poste relevant du grade de technicien de laboratoire médical.
Pour contester la décision de le placer en surnombre, M. C... soutient, d’une part, que la décision est entachée d’une erreur de droit en ce qu’elle supprime un emploi qu’il n’a plus occupé depuis la fin prématurée de sa mise à disposition et, d’autre part, qu’à la date à laquelle il a été maintenu en surnombre, le 15 novembre 2023, un poste correspondant à son grade était susceptible de lui être proposé au sein de la collectivité.
D’une part, si, ainsi qu’il a été exposé au point n° 6, le requérant a fait l’objet de plusieurs changements d’affectation temporaires dans le cadre d’une recherche de reclassement, ces différentes mesures n’ont eu ni pour objet, ni pour effet de l’affecter de manière définitive sur un autre emploi que celui qu’il occupait au moment de sa mise à disposition auprès du groupement d’intérêt public Labéo. Par suite M. C..., qui doit être regardé comme occupant toujours, à la date de la décision attaquée, le poste qu’il occupait lors de sa mise à disposition auprès du GIP Labéo, n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 542-4 du code général de la fonction publique.
D’autre part, en se bornant à produire une offre d’emploi pour un poste de « responsable des cadres de l’aide sociale à l’enfance sud » publiée le 3 janvier 2024, le requérant n’établit pas qu’à la date à laquelle il a été maintenu en surnombre, à savoir le 15 novembre 2023, un poste correspondant à son grade était susceptible de lui être proposé au sein de la collectivité. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté attaqué est entaché d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 542-1 du code général de la fonction publique, pas davantage que d’une erreur de fait.
En dernier lieu, le requérant soutient que l’arrêté attaqué est entaché d’un détournement de pouvoir et de procédure en ce qu’il aurait pour objet de sanctionner une insuffisance professionnelle. Au soutien de ses allégations, le requérant produit un rapport de saisine du conseil de discipline établi le 18 mai 2015, la défense qu’il a présenté devant cette instance, ainsi qu’un courrier du 18 décembre 2015 du président du conseil départemental de la Manche l’informant de sa décision de suivre l’avis rendu par l’instance disciplinaire. M. C... évoque également des circonstances plus récentes afférentes à sa situation d’autorisation spéciale d’absence durant la crise sanitaire de la Covid-19. Toutefois, ces éléments ne permettent pas de caractériser un détournement de pouvoir ou de procédure. Par suite, le moyen ne peut qu’être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 15 novembre 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative présentées dans la requête n° 2400143.
En ce qui concerne l’arrêté du 29 juillet 2024 portant radiation des effectifs à compter du 1er octobre 2024 :
En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point n° 3, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté doit être écarté.
En deuxième lieu, il résulte de ce qui vient d’être dit aux points n° 3 à 11, que le moyen tiré de l’illégalité de l’arrêté du 15 novembre 2023 maintenant M. C... en surnombre présenté, par la voie de l’exception, à l’encontre de l’arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le président du conseil département de la Manche l’a radié des effectifs, doit être écarté.
En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point n° 11, le moyen tiré du détournement de pouvoir et de procédure doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 29 juillet 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative présentées dans la requête n° 2402606.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n°s 2400143 et 2402606 de M. C... sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au département de la Manche.
Délibéré après l'audience du 17 février 2026 à laquelle siégeaient :
- Mme Renault, présidente,
- Mme Absolon, première conseillère,
- M. Pringault, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mars 2026.
La rapporteure,
Signé
C. ABSOLON
La présidente,
Signé
Th. RENAULT
La greffière,
Signé
D’OLIF
La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
D’OLIF