Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 avril 2024, le 10 mai 2024, le 27 mars 2025 et le 2 novembre 2025, ce dernier mémoire n’ayant pas été communiqué, M. B... A..., représenté par Me Bernard, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 21 mars 2024 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de renouveler sa carte professionnelle ;
2°) d’enjoindre au directeur du CNAPS de lui délivrer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, la carte professionnelle sollicitée, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans ce même délai et aux mêmes conditions d’astreinte et, dans cette attente, de lui accorder une carte professionnelle provisoire dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité en faveur de son avocate, Me Bernard, une somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Bernard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle, ou en l’absence de décision lui accordant l’aide juridictionnelle demander à l’Etat à lui verser cette somme sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A... soutient que :
- la décision est entachée d’incompétence ;
- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;
- elle est entachée d’un vice de procédure en ce qu’il n’est pas établi que l’agent qui a conduit l’enquête administrative était habilité à consulter le système de traitement des antécédents judiciaires ;
- elle est entachée d’un vice de procédure faute de saisine préalable des services de police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents pour obtenir un complément d’information sur son enregistrement au fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) en tant que mis en cause et du procureur de la République aux fins de demande d’information sur les suites judiciaires, en méconnaissance des dispositions de l’article R. 40-29 du code de procédure pénale ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article 230-8 du code de procédure pénale dès lors que la mention du fait de violence lui ayant servi de fondement a été rendue inaccessible à la consultation dans un cadre administratif par décision du procureur de la république du 13 février 2024, opposable à la date de la décision attaquée ;
- elle est entachée d’une erreur de fait dès lors qu’il n’a pas été mis en cause pour plusieurs faits de violence mais pour un seul ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 septembre 2025, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale,
- le code de sécurité intérieure,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Pillais, première conseillère ;
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public ;
- et les observations de Me Bernard, avocate de M. A....
Considérant ce qui suit :
M. B... A..., employé depuis le 1er janvier 2023 en tant qu’agent de sécurité nucléaire par une agence spécialisée l’ayant recruté en septembre 2017 en contrat à durée indéterminée, a sollicité le renouvellement de sa carte professionnelle par courrier du 28 janvier 2024. Par une décision du 21 mars 2024, le directeur du CNAPS a refusé de renouveler sa carte professionnelle. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
En premier lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : « Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu’elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes (…) ». Aux termes de l’article L. 612-20 du même code : « Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : (…) / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées (…) ».
Il appartient à l’autorité administrative d’apprécier, à l’issue de l’enquête administrative, et sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, si le comportement de la personne qui sollicite la délivrance ou le renouvellement d’une carte professionnelle est compatible avec l’exercice de la profession d’agent privé de sécurité. Pour ce faire, l’autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, à une appréciation globale de l’ensemble des éléments dont elle dispose.
Il ressort des termes de la décision attaquée qu’elle est fondée sur la mise en cause récente de M. A... pour des faits de « violence sans incapacité en présence d’un mineur par personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité » commis le 1er janvier 2023. Ces faits ne sont pas contestés par M. A..., qui a accepté la composition pénale proposée comme alternative aux poursuites pénales et a, dans ce cadre, participé, les 3 et 4 juillet 2023, à un stage de responsabilisation pour la prévention et la lutte contre les violences au sein du couple et sexistes. Ces agissements, qui n’ont entrainé aucune interruption temporaire de travail, présentent un caractère isolé sur une période de vingt ans, au cours de laquelle M. A... n’a fait l’objet d’aucune poursuite et a donné pleine satisfaction dans son travail. Il s’ensuit que le directeur du CNAPS en estimant que ces agissements étaient de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes et incompatibles avec l'exercice d’une activité privée de sécurité a fait, dans les circonstances particulières de l’espèce, une inexacte application des dispositions de l’article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure précité.
Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision du 21 mars 2024.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
Eu égard aux motifs d’annulation retenus, le présent jugement implique nécessairement que le directeur du CNAPS renouvelle à la carte professionnelle de M. A.... Il y a lieu de lui enjoindre d’y procéder dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés à l’instance :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge du CNAPS le versement à M. A... de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du directeur du Conseil national des activités privées de sécurité du 21 mars 2024 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité de renouveler la carte professionnelle de M. A... dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le Conseil national des activités privées de sécurité versera à M. A... la somme de 1 200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme. Renault, présidente,
Mme Pillais, première conseillère,
Mme Absolon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2025.
La rapporteure,
Signé
M. PILLAIS
La présidente,
Signé
Th. RENAULT
La greffière,
Signé
M. C...
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
M. C...