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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401159

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401159

mercredi 28 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401159
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen a rejeté la requête de M. A... contestant la décision du ministre de l'intérieur du 8 septembre 2023 invalidant son permis de conduire pour solde de points nul. Le tribunal a jugé que la requête était irrecevable car présentée après l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois, le recours gracieux de M. A... n'ayant pas été formé dans ce délai. Sur le fond, le tribunal a également estimé que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, rappelant que le retrait de points est de plein droit dès que l'infraction est établie par une condamnation pénale définitive. La décision s'appuie sur les articles L. 223-1 du code de la route et 524 et suivants du code de procédure pénale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 avril et 3 novembre 2024, M. C... A... doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d’annuler la décision référencée 48SI en date du 8 septembre 2023 par laquelle le ministre de l’intérieur a prononcé l’invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de procéder à la reconstitution du solde de points affecté à son permis de conduire.

Il soutient que :
- sa requête est recevable dès lors qu’il a exercé un recours gracieux le 23 octobre 2023 et que l’administration n’a statué sur cette demande que par une décision du 5 juin 2024 ;
- en procédant au retrait de six points, puis en réintégrant ces points au solde de son permis de conduire sans l’en informer, l’administration l’a empêché de disposer d’un solde de quatre points après le suivi de deux stages de sensibilisation à la sécurité routière en 2020 et 2022 ;
- il n’a jamais été prévenu des conséquences qu’aurait l’opposition à l’ordonnance pénale le condamnant pour les faits relevés le 25 février 2020 ni de celle qu’aurait son désistement de cette instance ;
- l’absence d’information portant sur la réintégration puis le retrait des points relatifs à l’infraction du 25 février 2020 l’a empêché de prétendre au suivi d’un stage de sensibilisation à la sécurité routière supplémentaire ;
- la décision initiale de retrait de points du 31 janvier 2021, portant sur l’infraction du 25 février 2020, a fait l’objet d’un retrait de son relevé d’information intégral sans qu’il en soit informé par l’administration, ce qui l’a également empêché de prétendre à un tel stage.


Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, le ministre de l’intérieur conclut à l’irrecevabilité de la requête à titre principal et à son rejet à titre subsidiaire.

Il soutient que :
- la requête introductive d’instance a été présentée plus de deux mois après la notification de la décision en litige sans qu’aucun recours administratif n’ait pu suspendre l’écoulement du délai de recours contentieux de deux mois ;
- aucun des moyens de la requête n’est fondé.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la route ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B... en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat statuant seul a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Après avoir, au cours de l’audience publique, présenté son rapport et entendu :
- les observations de M. A....

Le ministre de l’intérieur n’était ni présent, ni représenté.


Considérant ce qui suit :

1. M. C... A..., qui a commis une infraction au code de la route le 25 février 2020, a été condamné par une ordonnance pénale du 29 mai 2020 du président du tribunal judiciaire de Coutances. En prévision d’un éventuel retrait de points, M. A... a suivi un stage de sensibilisation à la sécurité routière au cours du mois de novembre 2020. Par une lettre référencée 48M en date du 31 janvier 2021, le ministre de l’intérieur a prononcé le retrait de six points du solde affecté au permis de conduire de M. A... en raison de cette infraction. Par une lettre du 22 février 2022, M. A... a contesté l’ordonnance pénale rendue le 29 mai 2020. Par un jugement du 12 septembre 2022, le tribunal de police de Coutances a pris acte du désistement d’instance de M. A.... Par une lettre référencée 48SI en date du 8 septembre 2023, le ministre de l’intérieur a prononcé le retrait de six points du permis de conduire en raison de l’infraction relevée à son encontre le 25 février 2020 et a constaté l’invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul. Par sa requête, M. A... demande l’annulation de cette décision et la reconstitution du solde de points affecté à son permis de conduire.

2. En premier lieu, il résulte des dispositions de l’article L. 223-1 du code de la route que le nombre de points du permis de conduire est réduit de plein droit lorsque la réalité d’une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement de l’amende forfaitaire ou l’émission du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée, l’exécution d’une composition pénale ou une condamnation pénale devenue définitive, et que le permis perd sa validité lorsque le nombre de points est nul. Aucune disposition n’impartit un délai au ministre de l’intérieur, pour notifier à l’intéressé, dès lors que l’infraction est établie, le retrait de points qu’elle entraîne et, le cas échéant, la perte de validité de son permis.

3. Par ailleurs, aux termes de l’article 524 du code de procédure pénale : « Toute contravention de police même commise en état de récidive, peut être soumise à la procédure simplifiée prévue au présent chapitre. (…) ». Aux termes de l’article 527 du même code : « (…) / Le prévenu peut, dans un délai de trente jours à compter de la date d'envoi de la lettre ou de la date à laquelle le procureur de la République a porté l'ordonnance à sa connaissance, former opposition à l'exécution de celle-ci. (…) / Toutefois, s'il ne résulte pas de l'avis de réception que le prévenu a reçu la lettre de notification, l'opposition reste recevable jusqu'à l'expiration d'un délai de trente jours qui courent de la date à laquelle l'intéressé a eu connaissance, d'une part, de la condamnation, soit par un acte d'exécution, soit par tout autre moyen, d'autre part, du délai et des formes de l'opposition qui lui est ouverte. (…) ». Il résulte des dispositions des articles 528 et 528-1 du même code qu’une ordonnance pénale recouvre les effets d’un jugement passé en force de chose jugée à la condition qu’aucune opposition n’ait été formée contre elle.

4. Il ressort des pièces du dossier que, pour adopter la décision initiale de retrait de points en date du 31 janvier 2021, le ministre de l’intérieur s’est fondé sur la circonstance que la réalité de l’infraction commise le 25 février 2020 était établie par l’ordonnance pénale du 29 mai 2020 rendue par le président du tribunal judiciaire de Coutances. L’opposition formée par M. A... le 22 février 2022 contre cette ordonnance pénale a eu pour effet de remettre en cause la réalité de cette infraction, obligeant ainsi le ministre de l’intérieur à retirer la décision 48M du 31 janvier 2021 portant retrait de six points. Toutefois, en se désistant de cette opposition et en l’absence de preuve de tout recours exercé contre le jugement du 12 septembre 2022 prenant acte de ce désistement, la réalité de l’infraction relevée le 25 février 2020 pouvait être regardée comme établie à compter de ce jugement devenu définitif le 23 septembre 2022. Par suite, c’est à bon droit que le ministre de l’intérieur a prononcé à nouveau un retrait de six points du permis de conduire de M. A... en raison de cette même infraction. Dès lors, M. A... n’est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d’une erreur de droit.

5. En second lieu, M. A... soutient qu’il n’a jamais été informé des effets que pouvaient avoir l’opposition formée contre l’ordonnance pénale du 29 mai 2020 et son désistement sur le solde de points affecté à son permis de conduire. Toutefois, il ne résulte d’aucun texte ni d’aucun principe qu’une telle obligation incomberait à l’administration. Par suite, ce moyen ne peut qu’être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la recevabilité de la requête, que les conclusions aux fins d’annulation et d’injonction présentées par M. A... doivent être rejetées.






D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au ministre de l’intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2026.


Le magistrat désigné,
Signé
F. B...
La greffière,
Signé
E. LEGRAND




La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,
La greffière,



E. Legrand




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