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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2401814

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2401814

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2401814
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationAutres délais-Etrangers-1
Avocat requérantCOFFIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2024, Mme E A, représentée par Me Coffin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir.

Mme A soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 5 septembre 2024 à 10h45, le rapport de Mme Rouland-Boyer a été entendu.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 15 juin 1992 à N'Zerekore, déclare être entrée irrégulièrement en France le 1er avril 2023, selon ses déclarations. Elle a présenté une demande d'asile rejetée par le directeur général de l'Office français des réfugiés et apatrides le 13 septembre 2023, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 29 avril 2024. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. En vertu des articles 12 et 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée par un bureau d'aide juridictionnelle ou, en cas d'urgence et à titre provisoire, par le président de ce bureau, par la juridiction compétente ou par son président. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'accorder à Mme A le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

3. Par un arrêté du préfet du Calvados du 4 octobre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2023-243 du même jour, accessible au public sur le site de la préfecture, M. D C, chef du bureau de l'asile et de l'éloignement du service de l'immigration, a reçu délégation à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du service, dont fait partie la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. A l'appui de sa requête, Mme A se borne à se prévaloir de la présence en France de son époux, M. B, ainsi que de la présence de leur fils, né en France. Toutefois, l'époux de la requérante, qui est de même nationalité, a fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire, dont la légalité est confirmée par une décision du tribunal administratif de Caen du 12 septembre 2024. Par ailleurs, si elle affirme, sans même le justifier, être mère d'un enfant né en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en Guinée où son époux a au demeurant déclaré avoir laissé un autre enfant. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A, qui, en outre, est dépourvue d'emploi et ne dispose pas de son propre logement, aurait tissé en France des liens sociaux stables. Dans ces conditions, la mesure contestée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale et ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

6. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la requérante ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de retour.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, Mme A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 511-1-III° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions ont été abrogées à compter du 2 mai 2021. La motivation des décisions d'interdiction de séjour est explicitement prévue par l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En l'espèce, il ressort des termes même de la décision en litige que celle-ci vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne dans ses motifs les mêmes articles ainsi que l'article L. 612-6 de ce code. Elle indique que l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français et mentionne les principaux éléments de la situation de la requérante, en particulier son arrivée récente sur le territoire français, la circonstance que son époux fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français et l'existence de liens qui la relient avec son pays d'origine. Ainsi, le préfet du Calvados a suffisamment énoncé les considérations de droit et de fait fondant sa décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an. Ces considérations permettent à l'intéressée d'en comprendre le sens et la portée à leur seule lecture et ainsi de les contester utilement, comme au juge d'en contrôler les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision en litige doit être écarté.

8. En second lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision interdisant à Mme A le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ne peut qu'être écartée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2024 du préfet du Calvados doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à Me Coffin et au préfet du Calvados.

Copie en sera transmise pour information au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judicaire de Caen.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.

La présidente,

Signé

H. ROULAND-BOYER La greffière,

Signé

H. SCHREINER

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. Bloyet

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