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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2501759

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2501759

jeudi 8 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2501759
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantAARPI CONCORDANCE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Caen annule la décision implicite par laquelle le préfet du Calvados a refusé de renouveler le titre de séjour de M. C..., ressortissant albanais et parent d’enfant français. Cette annulation est fondée sur le défaut de communication des motifs de la décision implicite dans le délai d’un mois suivant la demande de l’intéressé, en méconnaissance de l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration. Le tribunal enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. C... dans un délai de deux mois et condamne l’État à verser 1 200 euros à son avocat au titre des frais d’instance.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juin 2025, M. A... C..., représenté par l’AARPI Concordance Avocats, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision par laquelle le préfet du Calvados a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

2°) d’enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C... soutient que :
- la décision rejetant implicitement sa demande de titre séjour est illégale, faute pour le préfet d’avoir répondu à sa demande de communication de motifs dans un délai d’un mois comme l’exige l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle méconnait les dispositions de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.

La requête a été communiquée au préfet du Calvados, qui n’a pas produit de mémoire.

M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 13 novembre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code des relations entre le public et l’administration,
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Absolon,
- et les observations de Me Balouka, avocate de M. C....


Considérant ce qui suit :

M. A... C..., ressortissant albanais né le 9 avril 1993, a obtenu une carte de séjour temporaire en qualité de parent d’enfant français, valable du 14 février 2023 au 13 février 2024. Il a sollicité, le 12 décembre 2023, le renouvellement de son titre de séjour, demande implicitement rejetée par l’administration. Par la présente requête, M. C... demande l’annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article R. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. (…) ». Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° (…) constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article L. 232-4 du même code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ». Il résulte de ces dispositions que, dans l’hypothèse d’une décision implicite intervenue dans un cas où la décision explicite aurait dû être motivée, l’absence de communication des motifs de cette décision dans le délai d'un mois suivant la demande de communication de ces motifs entache d’illégalité la décision en cause.

Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier électronique du 12 juin 2025, réceptionné le même jour par la préfecture du Calvados, M. C... a sollicité, par l’intermédiaire de son avocate, au préfet du Calvados la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour. Il est constant que le préfet du Calvados n’a pas répondu à cette demande. Ainsi, en l’absence de communication par cette autorité des motifs de la décision implicite en litige, laquelle figure au nombre des actes devant être motivés en vertu des dispositions de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration, cette décision se trouve entachée d’illégalité.

Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour formulée le 12 décembre 2023 par M. C... doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le préfet du Calvados réexamine la situation de M. C.... Il y a lieu de lui enjoindre d’y procéder dans un délai de deux mois suivant la date de notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l’instance :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État le versement à l’AARPI Concordance Avocats, avocate de M. C..., de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que l’AARPI Concordance Avocats renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.


D E C I D E :


Article 1er : La décision du préfet du Calvados rejetant implicitement la demande de titre de séjour présentée par M. C... est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Calvados de procéder au réexamen de la demande de M. C... dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’État versera à l’AARPI Concordance Avocats, avocate de M. C..., la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que l’AARPI Concordance Avocats renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C..., à l’AARPI Concordance Avocats et au préfet du Calvados.

Copie en sera adressée au bureau d’aide juridictionnelle.

Délibéré après l'audience du 9 décembre 2025 à laquelle siégeaient :
- Mme Macaud, présidente,
- Mme Pillais, première conseillère,
- Mme Absolon, première conseillère.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2026.

La rapporteure,
Signé
C. ABSOLON
La présidente,
Signé
A. MACAUD


La greffière,


Signé

M. B...

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,



M. B...



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