Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 septembre 2025 et le 29 janvier 2026, Mme B... A..., représentée par Me Raymond, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 31 juillet 2025 par lequel le préfet de la Manche a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays d’éloignement ;
3°) d’enjoindre au préfet de la Manche de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l’État, en faveur de son avocat, Me Raymond, une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Antoine Raymond renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle.
Mme A... soutient que :
l’arrêté du 31 juillet 2025 est insuffisamment motivé ;
il méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
il méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
il est entaché d’une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2025, le préfet de la Manche conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté par le préfet de la Manche, a été enregistré le 2 février 2026, postérieurement à la clôture d’instruction intervenue dans les conditions prévues au premier alinéa de l’article R. 613-2 du code de justice administrative, et n’a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Pillais,
- et les observations de Mme A....
Considérant ce qui suit :
Mme B... A..., ressortissante béninoise, née le 12 avril 1978, est entrée sur le territoire français le 17 avril 2023. Le 19 septembre 2023, elle a déposé une demande d’asile, qui a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 9 avril 2024, confirmée par la Cour nationale du droit d’asile le 6 janvier 2025. Par l’arrêté attaqué du 31 juillet 2025, le préfet de la Manche a refusé de l’admettre au séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, Mme A... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ».
Il ne ressort pas des pièces du dossier qu’une demande d’aide juridictionnelle a été déposée dans le délai de recours par la requérante ou son conseil. Par suite, les conclusions à fin d’obtenir le bénéfice provisoire de l’aide juridictionnelle doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
En premier lieu, l’arrêté attaqué comporte de façon suffisamment circonstanciée l’indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, dès lors qu’il vise notamment les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile applicables à sa situation ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle précise également qu’elle a été déboutée de sa demande d’asile par une décision devenue définitive de la cour nationale du droit d’asile notifiée le 30 janvier 2025 et procède à une analyse de son droit au séjour au regard des éléments communiqués par Mme A... concernant sa situation personnelle et familiale. Dès lors, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».
Il ressort des pièces du dossier que l’entrée en France de Mme A... revêt un caractère très récent et qu’elle n’est pas dépourvue de tous liens dans son pays d’origine où vivent ses parents et sa fratrie et où elle a vécu pendant plus de quarante-cinq ans. Mme A... fait valoir qu’elle vit en couple depuis février 2024 avec un ressortissant français avec lequel elle a conclu, le 6 septembre 2024, un pacte civil de solidarité. Toutefois, et alors même que le couple s’est marié le 6 septembre 2025, postérieurement à la décision attaquée, cette seule relation, dont elle n’a, au demeurant, pas informé le préfet lorsqu’il l’a invitée à produire tous les éléments justificatifs permettant à l’administration d’apprécier sa situation personnelle, ne suffit pas à établir qu’elle aurait tissé en France des liens d’une ancienneté, d’une stabilité et d’une intensité telle que le préfet de la Manche aurait porté atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels a été pris l‘arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En troisième lieu, si Mme A... soutient que l’arrêté attaqué méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, elle n’assortit ses allégations d’aucune précision permettant au juge de se prononcer sur le bien-fondé de ce moyen. Par suite, il ne peut qu’être écarté.
Enfin, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l’intéressée doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme A... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à Me Raymond et au préfet de la Manche.
Délibéré après l'audience du 3 février 2026, à laquelle siégeaient :
- Mme Rouland-Boyer, présidente,
- Mme Pillais, première conseillère,
- Mme Absolon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 février 2026.
La rapporteure,
Signé
M. PILLAIS
La présidente,
Signé
H. ROULAND-BOYER
La greffière,
Signé
Mélanie COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Manche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Mélanie Collet