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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2000930

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2000930

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2000930
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantFRANCISCI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré et un mémoire, enregistrés le 7 septembre 2020 et le 18 octobre 2021, le préfet de la Haute-Corse demande au tribunal d'annuler les articles 29, 30 et " 60.2 " du contrat de concession de délégation du service public de l'eau potable conclu le 11 mars 2020 entre la communauté de communes de L'Ile-Rousse - Balagne et l'office d'équipement hydraulique de la Corse (OEHC).

Il soutient que :

- l'article 29 est illégal dès lors que la provision budgétaire pour l'aide au paiement des factures des abonnés en difficulté est susceptible d'être reversée par l'OEHC à la communauté de communes et présente ainsi le caractère d'une redevance ;

- l'article 30 prévoit des actions de communication qui sont étrangères à l'objet de la concession de distribution de l'eau potable et aux compétences de la communauté de communes et de l'OEHC ;

- l'article " 60.2 " introduit une discrimination tarifaire entre résidents permanents et non permanents.

Par un mémoire, enregistré le 13 août 2021, l'OEHC, représenté par la SELARLU Bronzini Avocat, conclut au rejet du déféré et à ce que le versement de la somme de 1 500 euros soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par le préfet de la Haute-Corse ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 août 2021, le 26 janvier 2022 et le 25 février 2022, la communauté de communes de L'Ile-Rousse - Balagne, représentée par Me Francisci, conclut au rejet de la requête et à ce que le versement de la somme de 3 000 euros soit mis à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par le préfet de la Haute-Corse ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la demande d'annulation de l'article 29 du contrat de concession dès lors que le recours gracieux du 7 mai 2020 n'en demandait pas le retrait mais se bornait à demander " toute information utile ".

Un mémoire présenté par le préfet de la Haute-Corse en réponse à cette mesure d'information a été enregistré le 4 août 2022.

Un mémoire présenté pour la communauté de communes de L'Ile-Rousse - Balagne en réponse à cette mesure d'information a été enregistré le 12 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Halil, rapporteur public,

- et les observations de Me Francisci, représentant la communauté de communes de L'Ile-Rousse - Balagne, et celles de Me Genuini, représentant l'OEHC.

Considérant ce qui suit :

1. Le conseil de la communauté de communes de L'Ile-Rousse - Balagne a décidé de concéder le service public de l'eau potable, par une délibération du 25 juin 2018. Il a autorisé, par une délibération du 11 octobre 2019, son président à signer le contrat de concession à l'OEHC. Le contrat, signé le 11 mars 2020, a été transmis le 13 mars 2020 au représentant de l'Etat dans l'arrondissement qui a formé un recours gracieux le 7 mai 2020. Celui-ci ayant été rejeté tacitement, le préfet de la Haute-Corse demande au tribunal d'annuler les articles 29, 30 et " 60.2 " du contrat conclu le 11 mars 2020 entre la communauté de communes de L'Ile-Rousse - Balagne et l'OEHC.

2. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales : " Sont transmis au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement () : () 4° Les conventions relatives aux emprunts, les marchés et les accords-cadres d'un montant au moins égal à un seuil défini par décret, les marchés de partenariat ainsi que les contrats de concession, dont les délégations de service public, et les concessions d'aménagement () ". L'article L. 2131-6 de ce code dispose, en son premier alinéa, que " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. "

3. Le sous-préfet de l'arrondissement de Calvi, auquel le contrat de concession avait été transmis le 13 mars 2020, a formé, le 7 mai 2020, un recours gracieux tendant au retrait de deux dispositions prévues par l'article 30 du contrat, ainsi que de la différenciation de tarification pour les résidences secondaires prévues par le paragraphe 60-2 de l'article 60 du contrat. Si le représentant de l'Etat dans l'arrondissement a émis une observation relative à l'article 29 en propos liminaire à son recours, il s'est borné, en conclusion de celui-ci, à demander au président de la communauté de communes de lui transmettre toute information utile, sans demander la communication de documents annexes nécessaires pour le mettre à même d'apprécier la portée et la légalité de cet article. Il suit de là que le recours gracieux formé le 7 mai 2020 n'a prorogé le délai du recours contentieux qu'en ce qui concerne les articles 30 et 60, paragraphe 60.2, du contrat de concession. Le préfet de la Haute-Corse n'est dès lors pas recevable à demander au tribunal, le 7 septembre 2020, l'annulation de l'article 29 du contrat. Le moyen invoqué au soutien de la demande d'annulation de cet article est au demeurant dépourvu de précisions suffisantes permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.

4. En deuxième lieu, l'article 7 des statuts de la communauté de communes de L'Ile-Rousse - Balagne dispose en son 7° que l'eau est au nombre des compétences obligatoires de l'établissement public de coopération intercommunale. Le contrat déféré a pour objet de confier au concessionnaire le soin exclusif d'assurer la gestion du service public d'eau potable à l'intérieur du périmètre regroupant cinq communes précisé à l'article 2. Cette gestion inclut la fourniture d'une eau conforme à la réglementation sanitaire, l'exploitation des installations, la réalisation des travaux prévus au contrat, la tenue à jour de l'inventaire, la conduite des relations avec les usagers, la facturation et le recouvrement des redevances et la fourniture de toute information sur la gestion et le fonctionnement du service. L'article 30 du contrat déféré, relatif aux actions de communication, prévoit notamment que l'OEHC s'engage à réaliser des actions à visée de pédagogie comprenant, d'une part, des campagnes de communication sur le thème de l'éco-citoyenneté afin d'arriver à une gestion raisonnée de l'eau et, d'autre part, un projet pédagogique déployé avec l'ensemble des écoles de la communauté de communes dès la première année du contrat et mis à jour les années suivantes. Une telle action de pédagogie auprès des enfants scolarisés dans les écoles et collèges du périmètre de la concession, en faveur de l'usage raisonné de l'eau potable, n'est étrangère ni aux compétences de la communauté de communes, ni aux missions de l'OEHC. Cette action a en outre un lien suffisamment direct avec l'objet de la concession. Il suit de là que le préfet n'est pas fondé à demander l'annulation de l'article 30 du contrat déféré.

5. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa du I de l'article L. 2224-12-4 du code général des collectivités territoriales : " Toute facture d'eau comprend un montant calculé en fonction du volume réellement consommé par l'abonné et peut, en outre, comprendre un montant calculé indépendamment de ce volume en fonction des charges fixes du service et des caractéristiques du branchement, notamment du nombre de logements desservis. "

6. La fixation de tarifs différents applicables, pour un même service rendu, à diverses catégories d'usagers d'un service public implique, à moins qu'elle ne soit la conséquence nécessaire d'une loi, soit qu'il existe entre les usagers des différences de situation appréciables, soit qu'une nécessité d'intérêt général en rapport avec les conditions d'exploitation du service commande cette mesure.

7. Le paragraphe 60.2 de l'article 60 du contrat de concession institue, pour les résidences secondaires, une part fixe complémentaire s'élevant à 100 euros hors taxe par an en supplément de l'abonnement annuel dû au titre du compteur équipant chaque logement. Pour justifier la majoration de la part fixe du tarif de l'eau potable pour les résidents non permanents, la communauté de communes fait valoir que ces usagers, du fait d'une consommation moyenne inférieure à celle des résidents permanents, contribuent de façon insuffisante au financement des investissements via la part du tarif déterminée en fonction du volume réellement consommé. Il résulte cependant des dispositions du I de l'article L. 2224-12-4 du code général des collectivités territoriales, citées au point 5, que le volume consommé est un critère étranger à la détermination du montant de la part fixe. Par suite, la différence entre les volumes réellement consommés par les usagers selon leur durée de résidence sur le territoire, ainsi qu'entre les sommes qu'ils acquittent à ce titre, ne peut être à l'origine d'une différence de situation justifiant de distinguer différentes catégories d'usagers pour le paiement de la part fixe du tarif de l'eau potable. Par ailleurs, il n'est pas établi que les résidents non permanents seraient à l'origine de charges fixes supplémentaires, supérieures à celles dont les résidents permanents sont à l'origine. Enfin, il n'est pas allégué que la différence instituée serait justifiée par un motif d'intérêt général en rapport avec les conditions d'exploitation du service. Il suit de là que le paragraphe 60.2 de l'article 60 du contrat de concession méconnaît le principe d'égalité.

8. Par ailleurs, la cour administrative d'appel de Marseille ayant, par l'arrêt n° 20MA04726 du 27 juin 2022, annulé la délibération n° 2019/086 du 31 mai 2019 du conseil communautaire de la communauté de communes de L'Île-Rousse - Balagne, celle-ci ne peut pas utilement soutenir que l'OEHC est tenu de poursuivre l'exécution des contrats qu'elle avait conclus, antérieurement au contrat de concession du 11 mars 2020, sur le fondement de la délibération du 31 mai 2019 qui est réputée n'avoir jamais existé.

9. Enfin, le moyen invoqué par la communauté de communes et tiré de ce que le préfet de la Haute-Corse n'a pas déféré une délibération du 21 décembre 2020 du conseil municipal de Calvi instituant une différenciation similaire de tarification est sans incidence sur le bien-fondé des conclusions du déféré dirigées contre le paragraphe 60.2 de l'article 60 du contrat de concession conclu entre la communauté de communes et l'OEHC.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Haute-Corse n'est fondé à invoquer l'illégalité que du seul paragraphe 60.2 de l'article 60 du contrat de concession, en tant qu'il institue une part fixe complémentaire s'élevant à 100 euros hors taxe par an en supplément de l'abonnement annuel dû au titre du compteur équipant chaque logement utilisé à titre de résidence secondaire. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu pour le tribunal, juge du contrat, d'annuler cette disposition réglementaire, divisible du reste du contrat.

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la communauté de communes de L'Île-Rousse - Balagne et à l'OEHC une somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Le paragraphe 60.2 de l'article 60 du contrat de concession conclu entre la communauté de communes de L'Île-Rousse - Balagne et l'OEHC est annulé en tant qu'il institue, pour les résidences secondaires, une part fixe complémentaire s'élevant à 100 euros hors taxe par an en supplément de l'abonnement annuel dû au titre du compteur équipant chaque logement.

Article 2 : Le surplus des conclusions du déféré est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la communauté de communes de L'Île-Rousse - Balagne et de l'OEHC présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Haute-Corse, à la communauté de communes de L'Île-Rousse - Balagne et à l'office d'équipement hydraulique de la Corse.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, où siégeaient :

- M. Vanhullebus, président,

- Mme Castany, première conseillère,

- Mme Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

T. AL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

Signé

C. CASTANY

La greffière,

Signé

H. NICAISE

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

H. NICAISE

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