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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2001300

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2001300

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2001300
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBLONDIO-MONDOLONI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré, enregistré le 25 novembre 2020, le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler la décision en date du 23 juin 2020 par laquelle le maire de Sartène a délivré à M. A B un certificat d'urbanisme déclarant réalisable la construction d'une maison sur la parcelle cadastrée section B n° 1110, lieudit " Tizzano ".

Il soutient que :

- le certificat litigieux méconnaît les articles L. 111-1 et suivants du code de l'urbanisme en ce qu'il ne se situe pas dans les parties urbanisées de la commune ;

- ce certificat méconnaît les dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, l'opération projetée s'implantant au lieudit " Tizzano " qui ne constitue pas un village ou une agglomération ;

- ce certificat méconnaît également l'article L. 121-13 du même code tel que précisé par le plan d'aménagement et de développement durable de Corse (PADDUC), cette opération étant située dans un espaces proches du rivage et ne constituant pas une extension limitée d'urbanisation, motivée et justifiée ;

- ce certificat méconnaît les dispositions de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme, cette opération étant limitrophe d'un espace remarquable et caractéristique du littoral au sens du PADDUC, contribuant à renforcer la pression foncière exercée sur ses contours.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2021, M. A B, représenté par Me Blondio-Mondoloni, conclut au rejet de la requête, à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi qu'une somme au titre des dépens.

Il soutient que les moyens soulevés par le préfet ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la commune de Sartène qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller,

- les conclusions de M. Timothée Gallaud, rapporteur public,

- et les observations de Me Blondio-Mondoloni, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Corse-du-Sud demande au tribunal d'annuler la décision en date du 23 juin 2020 par laquelle le maire de Sartène a délivré à M. A B un certificat d'urbanisme déclarant réalisable la construction d'une maison sur la parcelle cadastrée section B n° 1110, lieudit " Tizzano ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants () ". Il résulte de ces dispositions que l'urbanisation peut être autorisée en continuité avec les agglomérations et villages existants, c'est-à-dire avec les zones déjà urbanisées caractérisées par un nombre et une densité significatifs de constructions, mais qu'aucune construction nouvelle ne peut en revanche être autorisée, même en continuité avec d'autres, dans les zones d'urbanisation diffuse éloignées de ces agglomérations et villages.

3. Le plan d'aménagement et de développement durable de Corse (PADDUC), qui précise, en application du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, les modalités d'application des dispositions citées ci-dessus, prévoit que, dans le contexte géographique, urbain et socioéconomique de la Corse, une agglomération est identifiée selon des critères tenant au caractère permanent du lieu de vie qu'elle constitue, à l'importance et à la densité significative de l'espace considéré et à la fonction structurante qu'il joue à l'échelle de la micro-région ou de l'armature urbaine insulaire, et que, par ailleurs, un village est identifié selon des critères tenant à la trame et la morphologie urbaine, aux indices de vie sociale dans l'espace considéré et au caractère stratégique de celui-ci pour l'organisation et le développement de la commune. Ces prescriptions du PADDUC apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 2.

4. Il ressort des pièces du dossier et du site officiel Géoportail que bien que la parcelle devant accueillir l'opération projetée soit entourée de constructions et desservie par les réseaux publics et une voie, elle se situe au sein de la commune de Sartène, dans le secteur de Tizzano qui se caractérise par un habitat diffus et une morphologie qui ne permettent pas de le regarder comme constituant une agglomération ou un village au sens des dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'inexacte application de ces dispositions doit être accueilli.

5. En second lieu, l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme dispose que : " L'extension limitée de l'urbanisation des espaces proches du rivage ou des rives des plans d'eau intérieurs désignés au 1° de l'article L. 321-2 du code de l'environnement est justifiée et motivée dans le plan local d'urbanisme, selon des critères liés à la configuration des lieux ou à l'accueil d'activités économiques exigeant la proximité immédiate de l'eau () ".

6. Le PADDUC prévoit par ailleurs que les espaces proches du rivage sont identifiés en mobilisant des critères liés à la distance par rapport au rivage de la mer, la configuration des lieux, en particulier la covisibilité avec la mer, la géomorphologie des lieux et les caractéristiques des espaces séparant les terrains considérés de la mer, ainsi qu'au lien paysager et environnemental entre ces terrains et l'écosystème littoral. En outre, le PADDUC prévoit que le caractère limité de l'extension doit être déterminé en mobilisant des critères liés à l'importance du projet par rapport à l'urbanisation environnante, à son implantation par rapport à cette urbanisation et au rivage, et aux caractéristiques et fonctions du bâti ainsi que son intégration dans les sites et paysages. Ces prescriptions du PADDUC apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions du code de l'urbanisme citées au point 5.

7. Ainsi qu'il a été dit au point 4, l'opération projetée ne se situe pas en continuité d'une agglomération ou d'un village au sens des dispositions précitées de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'elle se situe à une centaine de mètres du rivage de la mer dont elle est séparée par un espace remarquable et quelques constructions, si bien qu'elle fait partie des espaces proches du rivage. Il s'ensuit que cette opération constitue une extension non limitée d'urbanisation au sens des dispositions de l'article L. 121-13 du code de l'urbanisme telles que précisées par le PADDUC. Au surplus, à supposer même que cette extension soit limitée, elle n'est ni justifiée ni motivée par un plan local d'urbanisme, dont cette commune n'est d'ailleurs pas pourvue. Dès lors, le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à soutenir que la décision attaquée fait une inexacte application de ces dispositions.

8. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Corse-du-Sud est fondé à demander l'annulation de la décision du maire de Sartène du 23 juin 2020.

9. Enfin, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens invoqués par le préfet ne sont pas susceptibles, en l'état du dossier, de fonder l'annulation prononcée.

Sur les frais liés au litige :

10. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. B au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le préfet de la Corse-du-Sud, qui n'est pas la partie perdante, verse à M. B une quelconque somme au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du maire de Sartène du 23 juin 2020 est annulée.

Article 2 : Les conclusions de M. B au titre des dépens et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Sartène et à M. A B.

Copie en sera adressée à la ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au procureur de la République près le tribunal judiciaire d'Ajaccio.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Thierry Vanhullebus, président,

M. Jan Martin, premier conseiller,

Mme Pauline Muller, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

J. MARTIN

Le président,

signé

T. VANHULLEBUS La greffière,

signé

H. MANNONI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. MANNONI

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