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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200461

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200461

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200461
TypeDécision
RecoursAutorisation
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPOLETTI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 avril 2022 et le 4 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Poletti, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 10 novembre 2021 par lequel le maire de Porto-Vecchio a refusé de lui délivrer un permis de construire en vue de l'extension d'une construction existante, la création d'une piscine et d'un terrain de boules, sur les parcelles cadastrées section BL n°s 47, 73 et 90, situées au lieudit " Tamaracciu ", ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Porto-Vecchio de lui délivrer un permis de construire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Le requérant soutient que l'arrêté litigieux méconnaît l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme et les prescriptions du plan d'aménagement et de développement durable de la Corse (PADDUC), son projet s'implantant dans un espace urbanisé et étant invisible de la zone littorale ; le terrain devant accueillir le projet étant dans l'épaisseur du trait d'un espace remarquable, le PADDUC ne saurait lui être opposé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2022, la commune de Porto-Vecchio conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La commune soutient qu'elle était en situation de compétence liée pour refuser de délivrer le permis sollicité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jan Martin, premier conseiller ;

- les conclusions de Mme Christine Castany, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Poletti, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté du 10 novembre 2021, le maire de Porto-Vecchio a refusé de délivrer à M. B un permis de construire en vue de l'extension d'une construction existante, la création d'une piscine et d'un terrain de boules, sur les parcelles cadastrées section BL n°s 47, 73 et 90, situées au lieudit " Tamaracciu ". Le 27 janvier 2022, M. B a présenté au maire de cette commune un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté auquel l'administration n'a pas répondu. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2021 et la décision, née le 27 mars 2022, de rejet de son recours gracieux.

2. Aux termes de l'article L. 422-6 du code de l'urbanisme : " En cas d'annulation par voie juridictionnelle ou d'abrogation d'une carte communale, d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu, ou de constatation de leur illégalité par la juridiction administrative ou l'autorité compétente et lorsque cette décision n'a pas pour effet de remettre en vigueur un document d'urbanisme antérieur, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale recueille l'avis conforme du préfet sur les demandes de permis ou les déclarations préalables postérieures à cette annulation, à cette abrogation ou à cette constatation ". En application de ces dispositions, compte tenu de l'annulation pour excès de pouvoir de la délibération en date du 30 juillet 2009 du conseil municipal de Porto-Vecchio approuvant le plan local d'urbanisme, prononcée par un jugement du tribunal administratif de Bastia du 20 mai 2011, le maire de Porto-Vecchio a recueilli, avant de prendre la décision attaquée, l'avis du préfet de la Corse-du-Sud, lequel a émis un avis conforme défavorable en date du 2 novembre 2021. M. B doit être regardé comme soutenant, par voie d'exception, que cet avis est entaché d'illégalité.

3. Aux termes de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme : " Les documents et décisions relatifs à la vocation des zones ou à l'occupation et à l'utilisation des sols préservent les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques. / Un décret fixe la liste des espaces et milieux à préserver, comportant notamment, en fonction de l'intérêt écologique qu'ils présentent, les dunes et les landes côtières, les plages et lidos, les forêts et zones boisées côtières, les îlots inhabités, les parties naturelles des estuaires, des rias ou abers et des caps, les marais, les vasières, les zones humides et milieux temporairement immergés ainsi que les zones de repos, de nidification et de gagnage de l'avifaune désignée par la directive 79/409 CEE du 2 avril 1979 concernant la conservation des oiseaux sauvages ". En application de ces dispositions, l'article R. 121-4 du même code dresse la liste des espaces qui doivent être préservés, dès lors qu'ils constituent un site ou un paysage remarquable ou caractéristique du patrimoine naturel et culturel du littoral et sont nécessaires au maintien des équilibres biologiques ou présentent un intérêt écologique. Aux termes du I de l'article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales : " Le plan d'aménagement et de développement durable de Corse peut préciser les modalités d'application, adaptées aux particularités géographiques locales, du chapitre Ier du titre II du livre Ier du code de l'urbanisme sur les zones littorales et du chapitre II du titre II du livre Ier du même code sur les zones de montagne. / Les dispositions du plan qui précisent ces modalités sont applicables aux personnes et opérations qui sont mentionnées, respectivement, aux articles L. 121-3 et L. 122-2 dudit code ". Enfin, le I de l'article L. 4424-12 du code général des collectivités territoriales dispose que : " Le plan d'aménagement et de développement durable peut, par une délibération particulière et motivée de l'Assemblée de Corse, fixer, pour l'application de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme, une liste complémentaire à la liste des espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral et des milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques à préserver. Cette délibération tient lieu du décret prévu au premier alinéa du même article L. 146-6. Elle définit également leur localisation ".

4. Si le PADDUC adopté par délibération n° 15/235 de l'Assemblée de Corse du 2 octobre 2015, et l'annexe 7 à ce plan, approuvée par la délibération n° 15/236 de l'Assemblée de Corse du même jour, prise en application des dispositions précitées du I de l'article L. 4424-12 du code général des collectivités territoriales, ont entendu préciser la localisation des espaces à protéger en application de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme sur le territoire des communes où s'appliquent ces dispositions en Corse, il résulte des termes mêmes de la partie 1.3. du livret IV du PADDUC relatif aux orientations réglementaires que le trait de contour des espaces ainsi délimités sur la carte n° 9, qui représente une bande de 100 mètres n'a pas vocation à délimiter avec précision ces espaces. Il appartient ainsi aux documents d'urbanisme d'identifier, chacun à son échelle, les espaces remarquables ou caractéristiques du littoral en fonction des critères prévus par le code de l'urbanisme et des éventuels éléments mentionnés dans les fiches de l'annexe 7 au PADDUC, en fixant la limite de chaque espace de part et d'autre de la ligne médiane de ce trait comme le prescrit le paragraphe 1.3. du livret IV. De même, en l'absence de document d'urbanisme opposable sur le territoire de la commune, il appartient à l'autorité compétente, lorsque le terrain d'assiette du projet qui fait l'objet d'une demande de permis de construire se situe à l'intérieur de ce trait de contour, de déterminer s'il peut être regardé comme faisant partie d'un tel espace en fonction de ces mêmes critères et éléments. En outre, le PADDUC prévoit que les espaces préservés au titre de cet article, en raison de leur caractère remarquable ou caractéristique du patrimoine naturel et culturel du littoral, sont naturels, ce qui exclut les espaces urbanisés, aussi remarquables soient-ils, mais que la présence de quelques bâtis diffus, de constructions isolées, ne suffit pas à faire perdre à l'espace son caractère remarquable. Les prescriptions qui viennent d'être mentionnées apportent des précisions et sont compatibles avec les dispositions précitées de l'article L. 121-23 du code de l'urbanisme.

5. Il ressort des pièces du dossier que les travaux projetés portent sur l'extension d'une construction existante pour une surface de plancher créée de 36 m², ainsi que la création d'une piscine et d'un terrain de boules sur des parties d'un terrain qui sont restées à l'état naturel. Ce projet se situe dans l'épaisseur du trait de contour de l'espace remarquable et caractéristique du littoral n° 2A71 " Côte de Bona Matina à Punta Cerbicali, Ile Cerbicali, Ilot du Toro ", identifié dans l'annexe 7 du PADDUC. Néanmoins, dès lors que ce trait épouse le tracé de la voie publique " route de Palombaggia " et que le projet s'implante du côté de l'emprise de cet espace remarquable, celui-ci doit être regardé comme s'implantant à l'intérieur de cet espace. La circonstance que les travaux projetés se situent dans un secteur composé de plusieurs constructions ne saurait ôter à ce secteur son caractère remarquable, compte tenu de la présence de quelques bâtis diffus qui ne privent pas cet espace naturel de sa continuité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 121-23 et du PADDUC doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que l'avis conforme défavorable du préfet de la Corse-du-Sud du 2 novembre 2021 n'est pas illégal. Dès lors, le maire de Porto-Vecchio était en situation de compétence liée pour refuser de délivrer le permis sollicité. Dès lors, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Porto-Vecchio du 10 novembre 2021 et de la décision de rejet de son recours gracieux. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Porto-Vecchio et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune de Porto-Vecchio une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la commune de Porto-Vecchio.

Copie en sera transmise au préfet de la Corse-du-Sud.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Pierre Monnier, président ;

M. Jan Martin, premier conseiller ;

Mme Nathalie Sadat, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

J. MARTIN

Le président,

Signé

P. MONNIER

La greffière,

Signé

R. ALFONSI

La République mande et ordonne au préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

R. ALFONSI

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