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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2200854

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2200854

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2200854
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantROBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 8 juillet 2022 et les 1er et 15 février 2024, Mme A B, représentée par Me Poletti, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Ghisonaccia a d'une part, retiré la décision tacite de non opposition à déclaration préalable, dont elle bénéficiait, en vue de la division en 11 lots d'une parcelle cadastrée section B n° 526 située au lieu-dit " Fitelle di Pagliajo " dans la commune de Ghisonaccia et d'autre part, s'y est opposé, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Ghisonaccia la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas disposé d'un délai suffisant pour présenter utilement ses observations ; le maire a méconnu le principe du contradictoire ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 421-19 du code de l'urbanisme ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ; sa parcelle est effectivement desservie par des équipements électriques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 février 2024, la commune de Ghisonaccia, représentée par Me Genuini conclut au rejet de la requête et ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zerdoud ;

- les conclusions de Mme Castany, rapporteure publique.

- les observations de Me Poletti, avocat de Mme B ;

- les observations de Me Genuini, avocat de la commune de Ghisonaccia.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a déposé, le 17 novembre 2021, une déclaration préalable portant sur la division en onze lots de la parcelle cadastrée section B n° 526 située au lieu-dit " Fitelle di Pagliajo ", sur le territoire de la commune de Ghisonaccia. Par un arrêté du 20 janvier 2022, le maire de la commune de Ghisonaccia a d'une part, retiré la décision tacite de non opposition à déclaration préalable dont bénéficiait la requérante et d'autre part, s'y est opposé. Par un courrier en date du 15 mars 2022, réceptionné par les services municipaux, le 17 mars 2022, l'intéressée a saisi le maire d'un recours gracieux. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté du 20 janvier 2022, ensemble celle de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix () ". La décision prononçant le retrait d'une décision de non-opposition à déclaration préalable est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Une telle décision de retrait doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire.

3. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure prévue par les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, constitue une garantie pour le titulaire de l'autorisation d'urbanisme que le maire envisage de retirer. La décision de retrait prise par le maire est ainsi illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le titulaire de l'autorisation a été effectivement privé de cette garantie.

4. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 28 décembre 2021, réceptionné le 4 janvier 2022, le maire de la commune de Ghisonaccia a informé la requérante de son intention de retirer la décision tacite de non opposition dont elle bénéficiait et l'a invitée à présenter ses observations en lui accordant un délai maximum de trente jours à compter de la réception dudit courrier. Dès lors, le maire ne pouvait procéder au retrait de la décision de non opposition tacite, ainsi qu'il l'a fait par l'arrêté contesté du 20 janvier 2022, avant que le délai de trente jours, qu'il avait octroyé à Mme B pour présenter ses observations, fut expiré. Par suite, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier et qu'il n'est pas même allégué que la décision attaquée serait intervenue dans un cas d'urgence de nature à dispenser la commune, de l'obligation de respecter ladite procédure contradictoire et qu'il n'apparaît pas davantage que le maire de la commune de Ghisonaccia aurait été en situation de compétence liée pour retirer la décision tacite de non opposition à déclaration préalable, Mme B est fondée à soutenir qu'elle n'a pas disposé d'un délai suffisant pour présenter utilement ses observations et qu'ainsi les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure.

5. En deuxième lieu, Aux termes de l'article R. 421-19 du code de l'urbanisme applicable au litige dispose : " Doivent être précédés d'un permis d'aménager : a) les lotissements qui prévoient la création ou l'aménagement de voies, d'espaces ou d'équipements communs à plusieurs lots destinés à être bâtis et propres au lotissement Les équipements pris en compte sont les équipements dont la réalisation est à la charge du lotisseur ; () ".

6. Pour d'une part, procéder au retrait de la décision tacite de non opposition à déclaration préalable et pour d'autre part, s'y opposer, le maire de la commune de Ghisonaccia s'est fondé sur l'avis émis le 22 décembre 2021 par le syndicat intercommunal d'électrification et d'éclairage public (SIEEP) de la Haute-Corse et a considéré que le terrain n'était pas desservi par un réseau public d'électricité et qu'ainsi, dès lors que des travaux étaient nécessaires pour alimenter les futurs lots, il revenait à Mme Mme B de solliciter un permis d'aménager. Toutefois, il ressort du plan du lotissement versé au dossier que chacun des lots issu de la division disposera de son propre accès sur la route communale qui borde la parcelle sur sa partie nord. Ainsi, dès lors que le projet ne comportera aucune voie commune, ni davantage d'espaces communs et qu'il incombera à chaque propriétaire, lors du dépôt de sa demande de permis de construire, de solliciter un accès au réseau et que par suite, aucune obligation de réalisation d'équipements communs ne pèse sur le lotisseur à ce titre, la requérante est fondée à soutenir que le maire de la commune de Ghisonaccia a fait une inexacte application des dispositions précitées.

7. Enfin, si, pour établir la légalité de la décision attaquée la commune de Ghisonaccia invoque, dans son mémoire en défense communiqué à Mme B, un nouveau motif, tiré de ce que la décision de refus en litige pouvait légalement être fondée sur la méconnaissance des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, ainsi qu'il a été dit au point 6, le projet de la requérante n'est soumis qu'au régime de la déclaration préalable et celle-ci ne peut dès lors, se prévaloir de ces dispositions qui ne sont applicables qu'aux demandes de permis de construire ou d'aménager. Par suite, la substitution de motif demandée ne peut être accueillie.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder l'annulation de la décision attaquée.

9. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 20 janvier 2022 du maire de la commune de Ghisonaccia doit être annulé ainsi que, par voie de conséquence, la décision implicite de rejet du recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Ghisonaccia une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 janvier 2022 du maire de Ghisonaccia et la décision implicite de rejet du recours gracieux introduit le 15 mars 2022 sont annulés.

Article 2 : La commune de Ghisonaccia versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Ghisonaccia.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,

Mme Sadat, conseillère

Mme Zerdoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La présidente,

Signé

A. Baux

La rapporteure,

Signé

Inès Zerdoud

La greffière,

Signé

H. Nicaise

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

H. Nicaise

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