jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bastia |
| Section | Tribunal Administratif de Bastia |
| N° Dossier | TA20-2201016 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS LANGLADE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 août 2022 et le 4 avril 2024, M. B A, représenté par la SELARL Langlade et associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme d'un montant de 5 942,44 euros en réparation des préjudices qu'il a subis du fait de l'illégalité fautive de l'arrêté du 27 juin 2022 cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que :
- l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel le préfet de Corse a retiré l'autorisation tacite d'exploiter dont il était titulaire est entaché d'un vice de procédure dès lors que le délai laissé pour présenter ses observations préalables au retrait était insuffisant de sorte que le principe du contradictoire n'a pas été respecté ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé dès lors que le préfet s'est borné à mentionner les points attribués aux deux candidats sans détailler le calcul et leur correspondance avec le schéma directeur régional des exploitations agricoles ni les critères sur lesquels le préfet s'est fondé pour départager les candidats ;
- cet arrêté fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'une décision créatrice de droits qui n'était pas illégale a été retirée alors que le préfet n'était pas tenu de refuser l'autorisation sollicitée car le refus n'est qu'une possibilité en cas de présence d'un candidat prioritaire, en application de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime ;
- l'illégalité de l'arrêté du 27 juin 2022 est de nature à engager la responsabilité pour faute de l'Etat ;
- ses préjudices matériels et moraux sont établis.
Par un mémoire enregistré le 21 mars 2024, le préfet de Corse conclut au rejet de la requête. Le préfet soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Nathalie Sadat, conseillère ;
- et les conclusions de Mme Pauline Muller, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, qui est agriculteur, a déposé le 3 juillet 2019 une demande d'autorisation d'exploiter des terres situées sur le territoire des communes d'Aléria et de Tallone. Par un arrêté du 31 octobre 2019, le préfet de Corse n'a fait que partiellement droit à sa demande en lui opposant un refus concernant 63 hectares, 44 ares et 17 centiares. M. A a demandé l'annulation de cet arrêté en tant qu'il a refusé une partie de sa demande initiale devant le tribunal administratif de Bastia, par une requête enregistrée sous le n° 1901707. En cours d'instance cet arrêté a été abrogé et remplacé par un autre arrêté du 14 janvier 2020 ayant le même objet. Par un jugement du 2 décembre 2021, le tribunal administratif a annulé ces deux actes en enjoignant au préfet de réexaminer la demande de M. A dans un délai de deux mois. Le 2 novembre 2021, M. A a déposé une nouvelle demande d'autorisation d'exploiter les terres situées sur le territoire de la commune de Tallone, cette demande portant sur les mêmes parcelles que celles objet de la décision annulée le 2 décembre 2021. En application des dispositions de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime, une autorisation d'exploitation a été réputée accordée au terme d'un délai de quatre mois. Par un arrêté du 27 juin 2022, le préfet de Corse a retiré cette autorisation implicite. M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis en raison de l'illégalité fautive de cet arrêté.
Sur la responsabilité pour faute de l'Etat à raison de l'illégalité de l'arrêté du 27 juin 2022 :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ". Enfin, aux termes de l'article L. 211-2 de ce code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ".
3. Le préfet de Corse a informé M. A par un courrier du 10 juin 2022 qu'il envisageait de retirer la décision tacite d'exploiter née le 3 mars 2022 et l'a invité à présenter ses observations dans un délai de cinq jours. Il résulte de l'instruction que le motif de retrait exposé dans le courrier d'invitation à présenter des observations, tiré de ce que la demande de M. A portait sur des parcelles pour lesquelles une autorisation d'exploiter avait été délivrée précédemment à un autre bénéficiaire et qu'après application des critères de pondération prévus à l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime, sa demande présentait, au sein du rang de classement de priorité n°3 un rang de classement inférieur à la demande du bénéficiaire de l'autorisation d'exploiter, à savoir 3 points contre 11, était connu de l'intéressé car il avait déjà été opposé lors du refus de sa demande qui a été annulé par un jugement du 2 décembre 2021. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'un délai de cinq jours était insuffisant pour respecter les dispositions précitées.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 331-3 du code rural et de la pêche maritime : " L'autorité administrative assure la publicité des demandes d'autorisation dont elle est saisie, selon des modalités définies par décret. / Elle vérifie, compte tenu des motifs de refus prévus à l'article L. 331-3-1, si les conditions de l'opération permettent de délivrer l'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 et se prononce sur la demande d'autorisation par une décision motivée ". Aux termes de l'article R. 331-6 du même code : " () II. La décision d'autorisation ou de refus d'autorisation d'exploiter prise par le préfet de région doit être motivée au regard du schéma directeur régional des exploitations agricoles et des motifs de refus énumérés à l'article L. 331-3-1 () ". Aux termes de l'article L. 331-3-1 de ce code : " I.- L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : / 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 () ". Enfin, aux termes de l'article L. 312-1 dudit code : " III. Le schéma directeur régional des exploitations agricoles établit, pour répondre à l'ensemble des objectifs et orientations mentionnés au I du présent article, l'ordre des priorités entre les différents types d'opérations concernées par une demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2, en prenant en compte l'intérêt économique et environnemental de l'opération () ".
5. Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 19 octobre 2016 du préfet de Corse, portant schéma directeur régional des exploitations agricoles : " Les autorisations d'exploiter sont délivrées selon un ordre de priorité établi en prenant en compte à la fois : la nature de l'opération, au regard des objectifs du contrôle des structures et des orientations définies par le présent schéma et l'intérêt économique et environnemental de l'opération, selon les critères définis ci-dessous et application d'un coefficient de pondération, conformément au tableau figurant à l'article 5. () / Les rangs de priorité sont () : / 3. Les agrandissements ou réunions d'exploitations agricoles déjà au-dessus de la dimension économique viable ; les cas de maintien d'exploitations agricoles déjà au-dessus de la dimension économique viable, selon leur rang de classement au regard des critères et des pondérations fixées à l'article 5 () ". En application de telles dispositions, il appartient au préfet, lorsque les projets de deux candidats relèvent du même type d'opérations parmi ceux qu'elles définissent pour fixer l'ordre des priorités, de déterminer au regard des critères qu'elles prévoient si l'un d'eux peut néanmoins être regardé comme prioritaire. Si le préfet doit tenir compte, pour procéder à ce départage, de l'ensemble des critères prévus à cet effet par le schéma directeur, il n'est pas tenu, dans la motivation de sa décision, de se prononcer sur chacun de ces critères mais peut se borner à mentionner ceux qu'il estime pertinents et les éléments de fait correspondants.
6. Il résulte de l'instruction que l'arrêté du 27 juin 2022 fait état de ce que la demande de M. A portait sur des parcelles pour lesquelles une autorisation d'exploiter a été délivrée précédemment à un autre bénéficiaire et que la demande de M. A se trouvait au même rang de priorité. Cet arrêté précisequ'après application des critères de pondération prévus par l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime et par l'article 5 du schéma directeur régional des exploitations agricoles de Corse, la demande de M. A présente un rang de classement inférieur à la demande du bénéficiaire de l'autorisation d'exploiter, à savoir 3 points contre 11 points pour celle du bénéficiaire. Toutefois, cette décision ne fait pas mention des critères sur lesquels le préfet s'est fondé pour départager le bénéficiaire et M. A au sein du rang de priorité n° 3 ainsi que les éléments de faits correspondants. Il suit de là que M. A est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé.
7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime : " I. L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : / 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 () ".
8. Il résulte des dispositions précitées que le préfet, saisi d'une demande d'autorisation d'exploiter, est tenu de rejeter cette demande lorsqu'un autre agriculteur, prioritaire au regard des dispositions du schéma directeur régional des exploitations agricoles, soit a également présenté une demande d'autorisation portant sur les mêmes terres, soit, si l'opération qu'il envisage n'est pas soumise à autorisation, a informé la commission départementale des structures agricoles et l'administration de son souhait de les exploiter en établissant la réalité et le sérieux de son projet. Il résulte de l'instruction qu'un preneur était en place à la date de la demande et que pour retirer l'autorisation tacite d'exploiter, le préfet a considéré que ce dernier répondait à un rang de priorité supérieur. Ainsi, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'était alors saisi d'aucune demande concurrente et qu'il s'est cru tenu de prendre la décision attaquée au seul motif qu'un preneur était en place. Par suite, ce dernier moyen doit être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à soutenir que l'arrêté du 27 juin 2022 est entaché d'un défaut de motivation et à demander l'engagement de la responsabilité de l'Etat à raison de cette illégalité fautive.
Sur le lien de causalité :
10. La responsabilité d'une personne publique n'est susceptible d'être engagée que s'il existe un lien de causalité suffisamment direct entre les fautes commises par cette personne et le préjudice subi par la victime.
11. M. A se prévaut d'un préjudice financier en raison des frais d'avocat qu'il a exposés ainsi que d'un préjudice moral lié à " l'incertitude de la légalité de sa situation ". Toutefois, il ne justifie pas que ces préjudices seraient imputables à l'illégalité entachant l'arrêté du 27 juin 2022 résultant d'un défaut de motivation.
12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la condamnation de l'Etat à réparer les préjudices qu'il soutient avoir subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du 27 juin 2022.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt.
Copie en sera adressée au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud.
Délibéré après l'audience du 5 novembre 2024, où siégeaient :
- M. Pierre Monnier, président ;
- M. Jan Martin, premier conseiller ;
- Mme Nathalie Sadat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.
La rapporteure,
Signé
N. SADATLe président,
Signé
P. MONNIER
La greffière,
Signé
R. ALFONSI
La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
H. Mannoni
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026