Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juin 2025, M. C... A..., représenté par Me Santoni, demande au tribunal ;
1°) d’annuler la décision par laquelle le préfet de la Haute-Corse a implicitement refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Haute-Corse d’examiner sa situation et de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale ».
Il soutient que :
- la décision contestée méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles de l’article L. 435-1 du même code dès lors qu’il remplit toutes les conditions requises pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale ».
Par une ordonnance du 4 août 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 15 octobre 2025.
Un mémoire en défense présenté par le préfet de la Haute-Corse a été enregistré le 25 novembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de cette audience publique :
le rapport de Mme Baux,
les observations de M. B..., représentant le préfet de la Haute-Corse.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., né le 13 mars 1986, de nationalité marocaine, déclare être entré en France au cours de l’année 2010, muni d’un visa de type C. Par un courrier du 30 juillet 2024, l’intéressé a sollicité, auprès des services de la préfecture de la Haute-Corse, la délivrance d’une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dans le silence gardé par l’administration, M. A... demande au tribunal de prononcer l’annulation de la décision implicite de rejet de cette demande.
2. Aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Selon les termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. (…) ». Enfin, aux termes de l’article L. 435-1 du même code : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié », « travailleur temporaire » ou « vie privée et familiale », sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. Lorsqu’elle envisage de refuser la demande d’admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l’autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l’article L. 432-14. (…) ».
3. M. A... fait état de ce que sa vie privée et familiale serait désormais installée sur le territoire national et se prévaut à cet égard, de l’intensité de ses liens personnels et familiaux en France, de sa présence en France depuis l’année 2010, de ce qu’il y a occupé un emploi, de ce qu’il dispose de son propre logement et enfin, de ce qu’il justifie d’une assurance maladie ainsi que d’une mutuelle de santé. Toutefois, M. A..., dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il serait marié et en charge de famille, ne produit aucune pièce à l’appui de ses allégations susceptible de témoigner de la réalité de sa situation tant personnelle que professionnelle et de démontrer, au regard de la durée de présence en France dont il se prévaut, l’intensité, l’ancienneté et la stabilité des liens personnels et familiaux dont il disposerait en France ni enfin qu’il serait dépourvu de tout lien familial dans son pays d’origine où il a vécu jusqu’à l’âge de 24 ans. Par suite, l’intéressé n’apportant pas la preuve qui lui incombe que le préfet de la Haute-Corse aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale normale au regard des buts poursuivis, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celui tiré des dispositions précitées de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ne peuvent qu’être écartés. Enfin, dès lors que le requérant ne fait état d’aucune considération humanitaire ni d’aucun motif exceptionnel, au sens des dispositions précitées de l’article L. 435-1 du même code, de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour, c’est sans méconnaître ces dispositions que le préfet de la Haute-Corse a implicitement rejeté sa demande d’admission exceptionnelle au séjour.
4. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée en ce comprises ses conclusions aux fins d’annulation et d’injonction.
D É C I D E
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... et au préfet de la Haute-Corse.
Délibéré après l’audience du
28 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Baux, présidente,
Mme Zerdoud, conseillère,
M. Samson, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2025.
La présidente-rapporteure,
Signé
A. Baux
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
signé
I. Zerdoud
La greffière,
Signé
R. Alfonsi
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,