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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2501017

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2501017

vendredi 23 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2501017
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS BOCHNAKIAN LARRIEU-SANS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bastia a rejeté la requête de Mme B... visant à annuler l'arrêté du préfet de Corse-du-Sud du 3 juin 2025 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La requérante invoquait une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a jugé que Mme B..., présente en France depuis seulement janvier 2025 et sans liens familiaux anciens et stables sur le territoire, ne justifiait d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel justifiant une admission au séjour. La décision préfectorale a donc été considérée comme légale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juillet 2025, Mme A... B..., représentée par Me Bochnakian, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 3 juin 2025 par lequel le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d’enjoindre au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale », sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de supprimer son signalement à fin de non admission dans le système d’information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud a commis une erreur manifeste d’appréciation en refusant de l’admettre exceptionnellement au séjour, en méconnaissance des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a également méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2025, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B... ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 août 2025, la clôture de l’instruction a été reportée du 2 septembre au 9 octobre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de cette audience publique :
le rapport de Mme Baux ;
les observations de Me Bochnakian, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B..., ressortissante marocaine née le 22 septembre 1982, est entrée en France le 21 janvier 2025, munie d’un visa de type C délivré par les autorités néerlandaises valide du 14 janvier au 28 février 2025. Le 10 février 2025, l’intéressée a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 3 juin 2025, dont Mme B... demande au tribunal de prononcer l’annulation, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (...) ».

3. Mme B... fait état de ce que sa vie privée et familiale est désormais installée en France et qu’elle devrait bénéficier d’une admission exceptionnelle au séjour dès lors d’une part, qu’elle y réside depuis le 21 janvier 2025, auprès de son époux, ressortissant marocain en situation régulière sur le territoire national, qui a sollicité par deux fois, sans succès, le bénéfice du regroupement familial à son profit et dès lors d’autre part, que l’état de santé de son époux, handicapé à hauteur de 80%, est préoccupant et nécessite son assistance. Toutefois, ce faisant, eu égard aux conditions et à sa durée de séjour en France, la requérante ne fait état d’aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel, au sens des dispositions susmentionnées de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour et, par suite, à démontrer que le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud aurait entaché l’arrêté contesté d’une erreur manifeste d’appréciation en refusant de l’admettre exceptionnellement au séjour. En outre, il ressort des pièces du dossier que l’intéressée qui ne justifie être entrée en France que depuis le mois de janvier 2025, qui s’y est maintenue en dépit de l’expiration de son visa depuis le mois de février 2025, ne justifie pas avoir établi sur le territoire national, des liens privés et familiaux suffisamment anciens et stables, son mariage avec un ressortissant marocain ayant été célébré, en 2017, au Maroc, son pays d’origine, dans lequel elle a vécu jusqu’à l’âge de 42 ans et où elle ne démontre pas qu’elle serait isolée en cas de retour. Par suite, Mme B... n’est pas fondée à soutenir que le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale eu égard aux buts poursuivis par l’arrêté en litige ni davantage qu’il aurait entaché ledit arrêté d’une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ainsi que celui tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales peuvent être écartés.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de Mme B... à fin d’annulation de l’arrêté du 3 juin 2025 doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d’injonction, d’astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




D É C I D E :


Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B... au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud.


Délibéré après l’audience du 9 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Baux, présidente,
Mme Zerdoud, conseillère,
M. Samson, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2026.

La présidente-rapporteure,
Signé
A. Baux
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
Signé
I. Zerdoud



La greffière,

Signé

R. Alfonsi

La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,



A. Sapet

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