Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par un déféré, enregistré le 9 octobre 2025, le préfet de la Haute-Corse, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 23 avril 2025 par lequel le maire de la commune de Ventiseri a délivré à M. et Mme B..., un permis de construire une maison d’habitation, sur un terrain situé au lieu-dit « Tozza Alta », sur la parcelle cadastrée B 978.
Il soutient que :
- il a émis, le 17 février 2025, un avis conforme défavorable ; par suite le maire de la commune de Ventiseri était en situation de compétence liée pour s’opposer à la délivrance du permis de construire en litige qui méconnaît dès lors les dispositions de l’article L. 422-5 du code de l’urbanisme ;
- ont été méconnues les dispositions de l’article 2 du plan de prévention des risques d’inondation (PPRI), le terrain d’assiette du projet étant situé, dans sa quasi-totalité, en zone rouge du PPRI au sein de laquelle ce type de construction n’est pas autorisé ;
- ont été méconnues les dispositions de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme.
Par un mémoire enregistré le 23 octobre 2025, la commune de Ventiseri, représentée par Me Lacroix, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Elle fait valoir que :
- l’avis conforme défavorable du préfet de la Haute-Corse est illégal ; en effet, le règlement graphique du PPRi en vigueur sur le territoire de la commune est entaché d’imprécisions flagrantes et particulièrement importantes ; le règlement graphique du PPRi comporte des erreurs de nature à établir que le zonage dont procède le classement retenu est inexact, de sorte qu’il n’est pas établi que la parcelle B n° 978 serait située pour tout ou partie en zone rouge du PPRi ; en outre, le projet de construction est situé au sein d’un secteur densément construit, dans une zone urbanisée et le projet prévoit un vide sanitaire d’1,5 mètre, est donc protégée du risque inondation ; enfin, il ressort de l’avis et conclusions motivées du commissaire enquêteur intervenus suite à l’enquête publique réalisée dans le cadre de la procédure de révision du PPRi, que le PPRi présente certaines insuffisances sur certains secteurs de cours d’eau pour lesquels la faiblesse des enjeux en cause a conduit les services de l’Etat en charge de la révision du PPRi à caractériser le risque de manière moins fine et précise que sur d’autres secteurs à enjeux, considérés comme plus élevés ; suite à une analyse hydraulique sollicitée par la commune de Ventiseri, il apparait que la parcelle en cause se situe hors de la zone inondable d’une crue centennale ; par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 422-5 du code de l’urbanisme n’est pas propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, l’avis conforme du préfet étant illégal, c’est à bon droit que le maire de la commune de Ventiseri a écarté le PPRI illégal et délivré le permis de construire en litige ;
- dès lors que le PPRi, en tant qu’il classe la parcelle cadastrée section B n° 978, est illégal, le Préfet de la Haute-Corse ne démontre pas que le projet comporterait un risque pour la sécurité au regard du risque inondation ; en outre, la parcelle cadastrée section B n° 978 est située au sein d’un secteur urbanisé de la commune et le projet prévoit la création d’un vide sanitaire d’1,5 m ; par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme n’est pas propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Le déféré a été communiqué à M. et Mme B... qui n’ont pas produit de mémoire.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2501563 tendant à l’annulation du permis de construire délivré par le maire de la commune de Ventiseri, le 23 avril 2025.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique, tenue en présence de Mme Saffour, greffière d’audience :
le rapport de Mme Baux,
les observations de Mme A..., représentant le préfet de la Haute-Corse, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens ;
les observations de Me Plenet, représentant la commune de Ventiseri qui persiste dans ses conclusions et qui rappelle que la cartographie du PPRI est entachée d’erreurs et est dès lors inintelligible, ne permettant pas de fonder la décision attaquée.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Haute-Corse, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 23 avril 2025 par lequel le maire de la commune de Ventiseri a délivré à M. et Mme B..., un permis de construire une maison d’habitation, sur un terrain situé au lieu-dit « Tozza Alta », sur la parcelle cadastrée B 978.
2. Aux termes de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, auquel renvoie l’article L. 554-1 du code de justice administrative : « Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. / (…) / Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois. / Jusqu'à ce que le président du tribunal administratif ou le magistrat délégué par lui ait statué, la demande de suspension en matière d'urbanisme, de marchés et de délégation de service public formulée par le représentant de l'Etat dans les dix jours à compter de la réception de l'acte entraîne la suspension de celui-ci. Au terme d'un délai d'un mois à compter de la réception, si le juge des référés n'a pas statué, l'acte redevient exécutoire. (…) »
3. En l’état de l’instruction, les moyens soulevés par le préfet de la Haute-Corse tirés de ce que son avis conforme étant défavorable, le maire de la commune de Ventiseri était tenu de refuser le permis de construire en cause, de ce que la décision attaquée méconnait le PPRI ainsi que celui tiré de la méconnaissance de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 23 avril 2025, par lequel le maire de la commune de Ventiseri a délivré un permis de construire à M. et Mme B....
4. En vertu des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l’autre partie des frais qu’elle a exposés à l’occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Ventiseri doivent dès lors être rejetées.
ORDONNE :
Article 1er : L’exécution de l’arrêté du 23 avril 2025 par lequel le maire de la commune de Ventiseri a délivré, à M. et Mme B..., un permis de construire, est suspendue.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la Haute-Corse, à la commune de Ventiseri et à M. et Mme B....
Fait à Bastia, le 28 octobre 2025.
La juge des référés, La greffière,
Signé Signé
Baux R. Saffour
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Corse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
A. Sapet