Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par un déféré, enregistré le 20 novembre 2025, le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 4 aout 2025, par lequel le maire de la commune de Porto-Vecchio a délivré à M. A... B... un permis pour l’extension d’une maison d’habitation existante, sur un terrain situé lieu-dit « Piccovaggia », parcelle cadastrée F 3192.
Il soutient que :
- l’extension projetée ne communique pas avec la construction existante et est fonctionnellement indépendante ; c’est donc une nouvelle construction eu égard à l’absence de continuité physique et fonctionnelle entre le bâti existant et le projet en litige ;
- l’arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 121-8 et L. 111-3 du code de l’urbanisme dès lors que le projet s’implante dans un secteur d’habitats diffus, de type pavillonnaire, qui ne peut être considéré comme une agglomération ou un village existant, l’environnement direct ne présentant que peu d’indices de vie sociale, la trame et la morphologie de l’urbanisation s’étendant sans structuration particulière ni densité significative ; enfin, le secteur, support de la parcelle est marqué par une forte empreinte naturelle, tant par son relief que par la flore environnante ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 122-13 du code de l’urbanisme dès lors que la parcelle, terrain d’assiette du projet fait partie des espaces proches du rivage identifiés par le plan d’aménagement et de développement durable de la Corse. (PADDUC) ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 122-10 du code de l’urbanisme reprises dans le PADDUC et celles de l’article L. 4424-11 du code général des collectivités territoriales, s’agissant des espaces stratégiques agricoles dont fait partie la parcelle en cause ;
- enfin, par délibération du 29 juillet 2024, la commune de Porto-Vecchio a arrêté le projet d’élaboration de son plan local d'urbanisme et le terrain d’assiette du projet en cause est classé en zone Nhl (naturel habité) du futur document faisant l’objet d’une protection particulière en raison de son caractère naturel et forestier à préserver ; or en application du règlement dudit plan local d'urbanisme, ne sont autorisées que les extensions limitées des constructions à usage d’habitations principales de plus de 70 m² d’emprise au sol sous réserve « que l’extension soit effectuée en continuité de l’habitation principale et communique directement avec celle-ci de l’intérieur du bâtiment » ; ainsi le maire ne pouvait ignorer la situation de cette parcelle et était tenu d’opposer un refus à la demande de permis de construire en cause.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Poletti, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l’Etat au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Il fait valoir que :
- ce second projet, modifiant le premier qui avait été rejeté pour défaut de continuité structurelle, prévoit désormais une continuité de circulation, couverte, entre la structure à créer et la bâtisse principale, par le local situé sous l’espace de stationnement cloisonné à cette fin ;
- le projet s’entend en l’espèce de la création d’une chambre en RC avec création de 21,42 m2 de surface et une emprise de 28 m2, soit un ratio bien inférieur à 30% de l’habitation existante ; ainsi, à ce titre, en l’état de la jurisprudence, cette extension ne saurait s’apprécier comme une construction nouvelle, alors que c’est sur ce fondement que la suspension est sollicitée ; en réalité, il apparaît, au regard des pièces visées par les services de l'État, y compris dans leurs écritures, que ces derniers fondent leurs prétentions quant à l’illégalité du projet sur la base des plans du projet initialement rejeté (référence 2500002) et non sur le projet ayant fait l'objet de l'autorisation délivrée (référence 2500113) ; or, les notices de présentation sont distinctes, la seconde explicitant les conditions de circulation de la chambre vers l’habitation, les plans ayant été modifiés en conséquence ; ainsi, les surfaces à créer ont été modifiées pour permettre la jonction en sous-sol, sous le stationnement et dans le volume de l’espace de stockage existant avec la façade de la bâtisse, et la création d’une porte de communication avec cette dernière, un cheminement direct intérieur étant dès lors envisagé entre la chambre à créer et le reste de l’habitation ; par suite, il existe bien une contiguïté du bâti, au moins par la partie enterrée ou semi enterrée, celle fonctionnelle étant au surplus aménagée utilement après modification du projet pour mise en œuvre du cheminement en sous-sol ;
- les prescriptions hypothétiques de « l’éventuel » futur PLU de Porto-Vecchio ne pouvaient et ne peuvent être opposées à ce projet ; d’une part ces prescriptions n’étaient pas opposables au jour de la décision intervenue, pas plus qu’elles ne le sont à ce jour ; d’autre part, le caractère limité du projet sur une parcelle bâtie et un environnement urbanisé, n’était pas de nature à justifier des conditions d’un éventuel sursis à statuer ; enfin, le projet modifié 2500113 remplit parfaitement les conditions de ratio de l’extension et l’obligation de communication directe avec l’intérieur de l’habitation principale prescrites par le règlement du futur PLU ;
- enfin, s’agissant de l’atteinte aux espaces stratégiques agricoles, il paraît difficile de concevoir que les 28 m2 d’emprise au sol du projet, au cœur d’un environnement densément bâti pourraient porter atteinte aux ambitions d’autonomie alimentaire de la Corse ; en outre, la parcelle ne répond pas aux critères alternatifs des ESA déclinés par le PADDUC en son livret IV, avec pour chacun d’entre eux deux sous critères cumulatifs dès lors d’une part, que la parcelle présente une déclivité moyenne de 24%, qu’il n’est nullement démontré que la zone aurait un potentiel agronomique et ce, et alors qu’elle n’est pas exploitée et qu’elle a très largement été artificialisée et d’autre part, ne répond évidemment pas aux critères cumulatifs.
Le déféré a été communiqué à la commune de Porto-Vecchio qui n’a pas produit de mémoire.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée sous le n° 2501787 tendant à l’annulation de l’arrêté du 4 août 2025 du maire de la commune de Porto-Vecchio.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Baux a été entendu au cours de l’audience publique tenue en présence de Mme Bindi, greffière d’audience.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, demande au juge des référés, sur le fondement du troisième alinéa de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, de suspendre l’exécution de l’arrêté du 4 aout 2025, par lequel le maire de la commune de Porto-Vecchio a délivré à M. A... B... un permis de construire l’extension d’une maison d’habitation existante, sur un terrain situé lieu-dit « Piccovaggia », parcelle cadastrée F 3192.
2. Aux termes de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, auquel renvoie l’article L. 554-1 du code de justice administrative : « Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. / (…) / Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans un délai d'un mois. / Jusqu'à ce que le président du tribunal administratif ou le magistrat délégué par lui ait statué, la demande de suspension en matière d'urbanisme, de marchés et de délégation de service public formulée par le représentant de l'Etat dans les dix jours à compter de la réception de l'acte entraîne la suspension de celui-ci. Au terme d'un délai d'un mois à compter de la réception, si le juge des référés n'a pas statué, l'acte redevient exécutoire. (…) »
3. En l’état de l’instruction, l’ensemble des moyens soulevés par le préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté du 4 aout 2025 du maire de la commune de Porto-Vecchio.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de l’arrêté du 4 aout 2025 du maire de la commune de Porto-Vecchio est suspendue.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, à la commune de Porto-Vecchio et à M. A... B....
Fait à Bastia, le 12 décembre 2025.
La juge des référés, La greffière,
Signé Signé
Baux M. Bindi
La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,