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AccueilJurisprudence administrativeN° TA20-2502016

Tribunal Administratif de Bastia — Décision N° TA20-2502016

vendredi 2 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bastia
SectionTribunal Administratif de Bastia
N° DossierTA20-2502016
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bastia, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, rejette la demande de suspension de l'amende administrative de 20 750 euros infligée à M. A... par le ministre de l'intérieur pour manquements aux articles L. 8251-1 et L. 8251-2 du code du travail. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, car l'urgence ne peut résulter de l'émission d'un titre de perception ou d'une mise en demeure, qui sont des actes juridiques distincts soumis à un régime propre. Par conséquent, la requête est rejetée sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 décembre 2025, M. B... A... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision du 30 juillet 2025 par laquelle le ministre de l’intérieur lui a infligé une amende administrative d’un montant de 20 750 euros en raison de manquements aux articles L. 8251-1 et L. 8251-2 du code du travail ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 150 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d’urgence est remplie dès lors que la décision contestée et les mesures de recouvrement prises pour son exécution :
* mettent en péril la continuité de l’activité de son entreprise, dans laquelle travaille également son épouse, et qui constitue ainsi l’unique source de revenu du foyer familial ;
* portent une atteinte grave, durable et immédiate à sa situation financière déjà fragile ;
* la créance est exigible et les poursuites peuvent être engagées à bref délai ;

- le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée est caractérisé, dès lors que :
* celle-ci a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;
* elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation ainsi que celle de son entreprise ;
* l’administration n’a procédé à aucune mise en balance des critères fixés par les dispositions de l’article L. 8253-1 du code du travail ;
* le montant de l’amende, porté à la somme totale de 22 825 euros en raison d’une majoration de 10 %, est disproportionnée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code du travail ;
- le livre des procédures fiscales ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Isaïe Samson, conseiller, pour statuer en qualité de juge des référés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. / (…) ». Aux termes de l’article L. 522-1 de ce code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. / (...) ». Enfin, en vertu de l’article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.

2. Pour l’application des dispositions citées au point précédent, l’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient ainsi au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d’un acte administratif, d’apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. Dans ce cadre, l’urgence doit être appréciée objectivement, compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.

3. Aux termes de l’article L. 252 A du livre des procédures fiscales : « Constituent des titres exécutoires les arrêtés, états, rôles, avis de mise en recouvrement, titres de perception ou de recettes que l'Etat, les collectivités territoriales ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir. ». Aux termes de l’article 117 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : « Les titres de perception émis en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales peuvent faire l'objet de la part des redevables : / 1° Soit d'une contestation portant sur l'existence de la créance, son montant ou son exigibilité ; / 2° Soit d'une contestation portant sur la régularité du titre de perception. / Les contestations du titre de perception ont pour effet de suspendre le recouvrement de la créance ».

4. D’une part, pour justifier de l’urgence à suspendre l’exécution de la décision contestée, M. A... soutient que le paiement de l’amende, d’un montant majoré de 22 825 euros en application d’une mise en demeure de payer datée du 12 novembre 2025, serait établie dès lors que la créance dont il est débiteur est exigible et peut faire l’objet de l’engagement de poursuites à son encontre à bref délai, en témoigne le titre de perception de l’amende administrative litigieuse émis en vue de son recouvrement le 19 août 2025, ainsi que la mise en demeure de procéder à son paiement en date du 12 novembre 2025. Toutefois, l’urgence à suspendre la décision administrative litigieuse ne saurait résulter du fait qu’un titre de perception, à savoir un acte juridique distinct, obéissant à un autre régime juridique, ou d’une mise en demeure de procéder au paiement de ladite somme, ont été émis pour en assurer le recouvrement. Par ailleurs, à supposer même que l’urgence puisse résulter de l’émission du titre de perception, il appartient à la société de former une contestation du titre de perception en application des dispositions citées au point précédent, à laquelle s’attache de plein droit, s’agissant d’une créance de l’Etat étrangère à l’impôt, un effet suspensif en application du dernier alinéa de l’article 117 du décret du 7 novembre 2012 précité.

5. D’autre part, le requérant soutient que l’amende litigieuse, compte tenu de son montant, met en péril la continuité de l’activité de son entreprise, qui constitue l’unique source de revenu de M. et Mme A... et porte, par conséquent, une atteinte grave et immédiate à l’équilibre financier du foyer familial. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent et alors, au demeurant, que M. A... se borne à verser son avis de situation déclarative pour les revenus de son foyer de l’année 2024, faisant apparaître un revenu fiscal de référence de 28 387 euros, en indiquant qu’il se dégage un salaire mensuel de 2 000 euros et que son entreprise est de taille modeste, sans alors produire d’éléments comptables de nature à établir que la situation financière de son entreprise ne permettrait pas de procéder au paiement de l’amende administrative sans menacer la pérennité de son activité, il ne peut être regardé comme justifiant que la condition d’urgence est remplie.

6. Par suite, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres conditions de recevabilité du présent recours, la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions selon la procédure prévue par l’article L. 522-3 précité du code de justice administrative.

ORDONNE :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A....

Fait à Bastia, le 2 janvier 2026.

Le juge des référés,

signé

I. Samson


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Une greffière,

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