Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 mai 2026, la SA Société du Port de Cavallo, représentée par Me Genty, demande au juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la délibération du 19 mai 2025 du conseil municipal de Bonifacio créant une régie d’exploitation du port de Cavallo, à effet du 25 juin 2026, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Bonifacio le versement de la somme de 5 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que la date d’expiration de la convention ne peut être celle du 25 juin 2026, telle que retenue par la commune de Bonifacio mais doit être celle du 31 mai 2028 ; or, la commune a annoncé qu’elle reprendrait effectivement la gestion du port, à cette date et a diligenté une expertise pour évaluer les divers travaux de remise en état pouvant être mis à la charge du concessionnaire à l’expiration du contrat ;
- elle a par ailleurs engagé des travaux confortatoires sur les infrastructures portuaires qui ont démarré au début du mois de mai, après un arrêté du 30 avril 2026 du préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, l’autorisation courant jusqu’au 1er août 2026, l’exécution de ces travaux conditionnant la réouverture au moins partielle, du port ;
- elle ne peut se voir privée de l’exploitation du port de Cavallo dès lors que l’amortissement en a été calculé dès l’origine jusqu’en décembre 2028 et plus sûrement jusqu’en 2033 ;
- sont propres, en l’état de l’instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens tirés :
. de ce que la mise en place d’une régie directe à compter du 25 juin 2026 est irrégulière, la date d’expiration de la concession étant le 31 décembre 2033 ;
. à compter de l’entrée en vigueur de la loi du 13 août 2004, la commune de Bonifacio est devenue de plein droit propriétaire du domaine public portuaire dans le périmètre du port de plaisance de Cavallo et, de ce fait, à compter de cette date, le transfert de gestion décidé à l’origine pour une durée de 35 ans, devient sans effet, un transfert de propriété pur et simple s’y substituant à compter d’août 2004 ; par suite, la référence à la date de l’expiration de la convention de transfert de gestion stipulée dans l’article 4 de la convention de concession est depuis la loi du 13 août 2004 réputée non écrite, la loi étant d’ordre public ; ainsi, suivant la convention de concession, la durée du contrat soit 35 ans doit donc être comprise comme expirant le 1er juin 2028 ; enfin, en tout état de cause, si l’on retenait la durée de 35 ans prévue à l’acte de concession du 1er juin1993, la terminaison du contrat serait le 1er juin 2028.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 21 novembre 2025 sous le n° 2501796 par laquelle la SA Société du Port de Cavallo demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. » et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (...) ». L'article L. 522-3 dudit code dispose : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ». Enfin, aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 du même code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire ».
2. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre.
3. La délibération du 19 mai 2025 du conseil municipal de Bonifacio créant une régie d’exploitation du port de Cavallo ne crée par elle-même et en l’absence de circonstances propres à la justifier, aucune situation d’urgence. En l’espèce, la SA Société du Port de Cavallo soutient, pour démontrer l’urgence à suspendre la délibération attaquée, d’une part, qu’alors que la date d’expiration de la convention par laquelle la commune de Bonifacio lui a concédé la création et l’exploitation du port de plaisance de Cavallo ne peut être celle du 25 juin 2026, telle que retenue par la commune de Bonifacio, mais doit être celle du 31 mai 2028, la commune a annoncé qu’elle reprendrait effectivement la gestion du port, à cette date, et a diligenté une expertise pour évaluer les divers travaux de remise en état pouvant être mis à sa charge, à l’expiration du contrat, d’autre part, qu’elle a engagé des travaux confortatoires sur les infrastructures portuaires qui ont démarré au début du mois de mai, et qui ont été autorisés par un arrêté du 30 avril 2026 du préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud, cette autorisation courant jusqu’au 1er août 2026, l’exécution de ces travaux conditionnant la réouverture au moins partielle, du port et enfin, qu’elle ne peut se voir privée de l’exploitation du port de Cavallo dès lors que l’amortissement en a été calculé dès l’origine jusqu’en décembre 2028 et plus sûrement jusqu’en 2033. Ce faisant, la société requérante qui ne justifie d’aucune de ses allégations, n’établit ni la gravité, ni l’immédiateté de l’atteinte que porterait la délibération attaquée à un intérêt public, à ses propres intérêts ou à ceux qu’elle entend défendre, l’illégalité supposée d’une décision administrative ne permettant pas en elle-même de justifier une situation d’urgence. Il en résulte qu’en l’absence d’une situation d’urgence au sens de l’article L. 521-1 précité du code de justice administrative, il y a lieu de faire application des dispositions également précitées de l’article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions présentées par la SA Société du Port de Cavallo à fin de suspension de la délibération en litige ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SA Société du Port de Cavallo est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SA Société du Port de Cavallo.
Copie en sera adressée à la commune de Bonifacio et au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud.
Fait à Bastia, le 1er juin 2026.
La juge des référés,
Signé
A. Baux
La République mande et ordonne au préfet de Corse, préfet de la Corse-du-Sud en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
R. Alfonsi