jeudi 21 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2000606 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ENARD-BAZIRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 3 mars 2020, 11 juin 2020 et 23 août 2021, M. D A et Mme C B, représentés par la SELARL EBC Avocats, demandent au tribunal :
1°) d'ordonner avant dire-droit une expertise et d'en réserver les dépens ;
2°) d'annuler la décision du 27 novembre 2019 par laquelle le maire de Meursault a refusé de mettre en œuvre ses pouvoirs de police pour faire cesser les dommages causés à leur maison d'habitation par les poids-lourds manœuvrant dans le carrefour au droit de la rue de Mazeray et la rue de la Goutte d'Or ;
3°) d'annuler la décision du 17 février 2020 par laquelle la commune de Meursault a rejeté leur réclamation indemnitaire préalable du 20 janvier 2020 ainsi que leur recours gracieux formé à l'encontre de la décision du 27 novembre 2019 ;
4°) de condamner la commune de Meursault au paiement d'une indemnité de 30 000 euros, assortie des intérêts à compter du 20 janvier 2020, date de réception de leur demande préalable ;
5°) de mettre à la charge de la commune de Meursault le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le maire de Meursault n'est pas habilité à défendre la commune en justice ;
- le refus du maire de Meursault de prendre les mesures de police nécessaires pour faire cesser les désordres liés aux manœuvres des poids-lourds est entaché d'un défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le maire a entaché sa décision d'une erreur de droit, dès lors que l'aménagement du carrefour entre la rue de Mazeray et la rue de la Goutte d'Or est inadapté aux manœuvres des camions, lesquels ont causé à plusieurs reprises des dommages à leur habitation, et alors même que cette situation est connue de la commune ;
- la responsabilité de la commune est engagée pour faute à raison de la carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police ;
- la commune de Meursault est responsable des dommages anormaux et spéciaux qu'ils subissent en qualité de tiers à l'ouvrage public, dans la mesure où les travaux réalisés sur le carrefour réalisé en 2011 n'ont pas permis aux camions de manœuvrer sans danger et où aucun aménagement n'a été réalisé afin de protéger leur habitation ;
- la commune ne saurait se prévaloir du comportement des chauffeurs pour s'exonérer de sa responsabilité, dès lors que les collisions récurrentes sont imputables à la configuration des lieux et à l'absence de réglementation adaptée ;
- ils établissent la réalité des quatre collisions ayant dégradé leur propriété en 2015, 2017, 2018 et 2019 ;
- ils subissent des désordres touchant leur propriété ainsi qu'un préjudice moral et des troubles dans leurs conditions d'existence liés à une situation d'insécurité anxiogène qu'ils évaluent à 30 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2020, la commune de Meursault, représentée par Me Gourinat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de des requérants la somme de 1 213 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, le maire n'a commis aucune faute dans l'exercice de son pouvoir de police, dès lors que l'élargissement à l'angle des rues de Mazeray et de la Goutte d'Or, réalisé à partir d'épures de giration, a permis de résoudre les difficultés de circulation rencontrées par les poids-lourds ;
- le moyen tiré du défaut de motivation des décisions du 27 novembre 2019 et du 17 février 2020 est inopérant ;
- le lien de causalité entre la faute alléguée et les dommages constatés le 15 novembre 2019 n'est pas suffisamment établi ;
- à supposer que les désordres aient été causés par un poids-lourd, le préjudice allégué serait imputable au fait d'un tiers et non à l'existence ou au fonctionnement de l'ouvrage en lui-même ;
- à titre subsidiaire, le préjudice réellement subi par les requérants devra être évalué à 4 611,18 euros.
Par une ordonnance du 24 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, conseillère,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique,
- les observations de Me Gourinat, représentant la commune de Meursault.
Considérant ce qui suit :
1. M. A et Mme B sont propriétaires d'une maison d'habitation située rue de Mazeray sur le territoire de la commune de Meursault. Le 18 novembre 2019, ils ont demandé au maire de cette commune de mettre en œuvre ses pouvoirs de police pour faire cesser les désordres causés à cette maison par les poids-lourds manœuvrant dans le carrefour au droit de la rue de Mazeray et la rue de la Goutte d'Or. Par décision du 27 novembre 2019, le maire de Meursault a rejeté leur demande. Par courrier du 15 janvier 2020, M. A et Mme B ont formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision et, en outre, demandé à la commune de les indemniser des dommages causés à leur propriété, imputés à la carence du maire dans l'exercice de son pouvoir de police. Le maire de Meursault a, par décision du 17 février 2020, rejeté ces demandes. Par la présente requête, M. A et Mme B demande l'annulation des décisions du 27 novembre 2019 et 17 février 2020, ainsi que la condamnation de la commune de Meursault à leur verser une indemnité de 30 000 euros en réparation des préjudices matériels et moraux qu'ils estiment avoir subis.
Sur la recevabilité du mémoire en défense du 28 mai 2020 :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : / () 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ". Il résulte de ces dispositions que le conseil municipal peut légalement donner au maire une délégation générale pour ester en justice au nom de la commune pendant la durée de son mandat.
3. Un conseil municipal peut à tout moment régulariser, s'il en décide ainsi, une requête en justice que le maire a introduite, sans y être habilité, au nom de la commune.
4. Il résulte de l'instruction que par une délibération du 29 mai 2020, le conseil municipal de Meursault a habilité son maire à défendre la commune dans les actions intentées contre elle devant toutes les juridictions sur le fondement de l'article L. 2122-22 précité du code général des collectivités territoriales. Ainsi, le mémoire en défense produit le 28 mai 2020 par le maire de la commune de Meursault a été régularisé en cours d'instance. Les requérants ne sont dès lors pas fondé à soutenir que les écritures en défense de la commune sont irrecevables.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'indemnisation :
5. M. A et Mme B font valoir que leur maison subit, depuis plusieurs années, des dégradations qu'ils imputent aux manœuvres des poids-lourds en direction de la rue de la Goutte d'Or. Ils versent aux débats le procès-verbal d'une délibération du conseil municipal de Meursault du 12 novembre 2011 mentionnant que la commune avait alors décidé d'acquérir les parcelles 179, 180 et 185 pour partie, afin d'élargir le carrefour et ainsi améliorer l'accès des poids-lourds à la rue de la Goutte d'Or. La situation exposée par les requérants a été, selon eux, aggravée depuis ce réaménagement de l'intersection. Ils indiquent ainsi que lors du dernier choc, survenu le 15 novembre 2019, le mur d'angle de leur propriété a été endommagé et la descente d'eau de pluie arrachée. A l'appui de leurs allégations, ils produisent un courriel d'un agent de surveillance de la voie publique de la commune de Meursault les informant, le lundi 18 novembre 2019, de ce qu'un camion est entré en collision avec leur mur le vendredi précédent, ainsi que la photographie qui y était jointe, laquelle représente les dégradations causées à leur façade ainsi que le plot de signalisation posé par la commune pour signaler les débris. M. A et Mme B versent également un constat d'huissier du 23 novembre 2019, qui met en évidence un " choc important " à l'angle du bâtiment, la présence de fissures sur la façade et de pierres jonchant le sol à l'endroit de la descente des eaux de pluie, ainsi que plusieurs dégradations sur le mur d'enceinte longeant la voirie aménagée en pan coupé et des fissures dans la pièce située à l'angle endommagé du bâtiment. Ils produisent par ailleurs plusieurs photographies et des devis pour la remise en état de leurs biens, datés des 25 février 2015, 18 décembre 2017 et 11 février 2020.
6. En l'état de l'instruction, le tribunal n'est, toutefois, pas suffisamment informé pour se prononcer sur le caractère approprié et suffisant des travaux entrepris par la commune de Meursault pour réaménager l'intersection entre la rue de Mazeray et la rue de la Goutte d'Or et ainsi remédier aux difficultés de circulation des camions engendrées par la configuration étroite de ces voies. Par conséquent, le tribunal est dans l'incapacité de contrôler la légalité des décisions en litige, tributaire de ces considérations, et vérifier les conditions d'engagement et l'étendue de la responsabilité de la commune de Meursault. En outre, les éléments de l'instruction ne lui permettent pas davantage de se prononcer sur l'existence d'un lien de causalité entre le passage des véhicules poids-lourds et les désordres invoqués par M. A et Mme B. Par suite, il y a lieu pour le tribunal de surseoir à statuer et de prescrire, avant-dire droit, une mesure d'expertise sur ces points.
7. Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
D É C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur les conclusions de la requête présentée par M. A et Mme B, procédé à une expertise.
Article 2 : L'expert sera désigné par le président du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Sa mission est ainsi définie :
1°) L'expert se fera communiquer tous documents qu'il estimera utiles à sa mission, notamment :
- tout justificatif des travaux exécutés par M. A et Mme B pour remédier aux désordres ;
- les documents relatifs à la prise en charge, par l'assureur des requérants, du coût des réparations ;
- les délibérations adoptées et les études menées par la commune de Meursault lors du réaménagement de l'intersection entre la rue de Mazeray et la rue de la Goutte d'Or ;
2°) Avant de rédiger son rapport définitif, il communiquera aux parties, afin de recueillir leurs observations préalables en temps utile, soit un pré-rapport circonstancié, soit l'orientation générale des conclusions qu'il envisage de déposer ;
3°) Il devra se rendre sur les lieux en présence des parties ou de leurs conseils et procéder à la constatation ainsi qu'au relevé précis et détaillé des désordres que les requérants imputent à des collisions avec des poids-lourds affectant leur immeuble d'habitation et leur mur d'enceinte situés 24 rue de Mazeray à Meursault, en indiquant leur date d'apparition et leur nature, en particulier leur gravité pour la bonne tenue dans le temps de la bâtisse ;
4°) Il déterminera, de façon détaillée et motivée, les causes et origines des désordres relevés, en précisant s'ils sont imputables de façon directe et certaine à un impact de camion et, dans le cas de causes multiples, évaluera les proportions relevant de chacune d'elles ;
5°) Il indiquera la nature des travaux propres à remettre en état la construction, en se prononçant sur l'existence d'une éventuelle plus-value résultant des travaux effectivement exécutés par M. A et Mme B ou de ceux qu'il aura lui-même préconisés ;
6°) Il évaluera le coût des travaux nécessaires pour remédier aux désordres et donnera son avis motivé sur la demande chiffrée par M. A et Mme B s'agissant des préjudices matériels ;
7°) Il indiquera si la configuration actuelle des lieux est à l'origine d'impacts de véhicules sur la propriété des requérants, notamment si le rayon de braquage pour tourner dans la rue de la Goutte d'Or depuis la rue de Mazeray est suffisant pour qu'un poids-lourd puisse y manœuvrer en toute sécurité en prenant les précautions qu'il est raisonnable d'attendre des conducteurs de tels véhicules lors du franchissement de ce type d'intersection, ou bien si cette manœuvre est rendue excessivement difficile et, le cas échéant, si les travaux ayant abouti à la création d'un pan coupé en 2011 ont atténué ou aggravé ce risque ;
8°) Il détaillera, dans le cas où la configuration des lieux serait effectivement susceptible d'entraîner un risque de heurts, par les poids lourds, de l'immeuble des époux A malgré les précautions qu'il est raisonnable d'attendre des conducteurs de tels véhicules, toutes les solutions techniques, y compris en matière de signalisation, susceptible d'y remédier ainsi que leurs coûts estimatifs pour la commune ;
9°) Il évaluera la gravité et l'intensité des risques auxquels est exposé l'immeuble d'habitation sis au 24 rue de Mazeray du fait de la circulation des camions en cas de maintien de la configuration des lieux dans son état actuel, ainsi que la fréquence moyenne journalière ou hebdomadaire de passage de poids-lourds devant la propriété des requérants ;
10°) Il apportera au tribunal toutes constatations utiles de nature à l'éclairer dans l'appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.
Article 3 : Les opérations auront lieu contradictoirement entre M. A, Mme B et la commune de Meursault.
Article 4 : L'expert déposera son rapport dans le délai fixé par la décision le désignant, en deux exemplaires dont, en application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative, des copies seront notifiées aux parties intéressées.
Article 5 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance, y compris la charge définitive des dépens.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Mme C B et à la commune de Meursault.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. David Zupan, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2022.
La rapporteure,
O. VIOTTILe président,
D. ZUPAN
La greffière,
C. CHAPIRON
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2000606
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026