jeudi 24 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2001676 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GOURINAT |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 9 juillet 2020 sous le n° 2001676 et des mémoires enregistrés les 18 août, 24 septembre et 4 novembre 2020, M. B A demande au tribunal d'annuler la décision du 14 février 2020 par laquelle le directeur opérationnel en charge du nœud opérationnel de déconcentration de Bourgogne de la société La Poste l'a suspendu de ses fonctions à compter du même jour.
Il soutient que :
- il n'entre dans aucune des catégories de personnels prévues aux articles 31 et 52 du règlement intérieur de La Poste pouvant faire l'objet d'un contrôle d'alcoolémie, de sorte qu'en lui imposant un tel contrôle, son employeur a commis un détournement de procédure et un abus de pouvoir ;
- le directeur de l'établissement a méconnu le chapitre 3 de la charte relative à l'accès et à l'utilisation des systèmes d'information de La Poste en installant, de sa propre initiative, l'application " Alcoofind " non fourni par la société sur son téléphone de service ;
- l'application " Alcoolfind " a conservé les données le concernant, ce qui correspond à un système d'enregistrement qui aurait dû être déclaré à la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL), durant sept mois ;
- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;
- il n'était pas en service, ni sur son lieu de travail au moment des faits, dès lors qu'il participait à un " pot " de départ en retraite organisé dans les locaux de la plate-forme de distribution du courrier ;
- la décision de suspension est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense enregistrés les 12 août, 21 septembre, 28 octobre 2020 et 9 décembre 2020, la société La Poste, représentée par Me Gourinat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle tend au prononcé d'une injonction à titre principal ;
- les conclusions nouvelles contenues dans le mémoire du 24 septembre 2020 sont tardives et dès lors, irrecevables ;
- aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une ordonnance du 17 septembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 novembre 2021.
Un mémoire a été enregistré le 14 novembre 2021 pour M. A et n'a pas été communiqué.
II. Par une requête enregistrée le 22 janvier 2021 sous le n° 2100169 et un mémoire enregistré le 19 novembre 2021, M. A demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 août 2020 par laquelle le directeur opérationnel en charge du nœud opérationnel de déconcentration de Bourgogne de la société La Poste a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de six mois, dont trois avec sursis ;
2°) de condamner La Poste à lui verser la somme de 10 416 euros au titre des salaires qu'il aurait dû percevoir pendant la durée d'exécution de cette sanction.
Il fait valoir que :
- sa requête est recevable ;
- il n'a pas été invité à formuler des observations préalablement au prononcé de la sanction, conformément à l'article 25 du règlement intérieur de La Poste ;
- La Poste n'a pas respecté la " procédure pré-disciplinaire " formalisée dans la fiche 1 de la note " Instruction de politique discipline ", laquelle impose la réalisation d'une enquête au cours de laquelle les parties doivent être invitées à un échange dont le contenu est retracé dans un " recueil d'information " ;
- le rapport de l'autorité disciplinaire ne précise pas, en méconnaissance de l'article 2 du décret du 25 octobre 1984, les circonstances dans lesquelles les faits qui lui sont reprochés ont eu lieu et n'indique pas précisément quelles dispositions de l'article 31 du règlement intérieur il a méconnues ;
- les représentants du personnel n'ont pas été convoqués au conseil de discipline ;
- le conseil de discipline ne s'est pas réuni le 21 juillet 2020, date à laquelle il devait initialement siéger, pour examiner la demande de report présentée par un de ses défenseurs, ainsi que l'exige l'article 4 du décret du 25 octobre 1984 ;
- les membres du conseil de discipline n'ont pas pris connaissance de ses observations écrites et le procès-verbal ne mentionne pas qu'elles auraient été lues en séance, en violation des articles 5 et 8 du décret du 25 octobre 1984, ainsi que de l'article 34 de l'instruction du 3 février 2005 éditée par La Poste ;
- l'avis émis par le conseil de discipline le 6 août 2020 est insuffisamment motivé, en méconnaissance de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 et de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- ses droits de la défense ont été méconnus durant la procédure disciplinaire ;
- il n'entre dans aucune des catégories de personnels prévues aux articles 31 et 52 du règlement intérieur de la société La Poste pouvant faire l'objet d'un contrôle d'alcoolémie, de sorte qu'en lui imposant un tel contrôle, son employeur a commis un détournement de procédure et un abus de pouvoir ;
- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;
- les faits qui lui sont reprochés, à savoir la consommation de boissons alcoolisées lors d'un " pot " de départ à la retraite, en dehors de ses heures de service et hors de son lieu de travail, n'ont pas le caractère d'une faute disciplinaire ;
- la sanction est disproportionnée eu égard aux faits qui lui sont reprochés et à sa manière exemplaire de servir.
Par des mémoires en défense enregistrés les 12 et 25 novembre 2021, la société La Poste, représentée par Me Gourinat, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 250 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une ordonnance du 12 novembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er décembre 2021.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code du travail ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 ;
- le décret n° 84-961 du 25 octobre 1984 ;
- le décret n° 94-130 du 11 février 1994 ;
- le décret n° 2011-619 du 31 mai 2011 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, conseillère,
- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique,
- les observations de M. A et celles de Me Gourinat, représentant la société La Poste.
Une note en délibéré présentée par la société La Poste a été enregistrée le 14 novembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes nos 2001676 et 2100169 concernent le même agent public et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. A, fonctionnaire de la société La Poste au grade de cadre de 2ème niveau (CA2), exerce les fonctions de responsable d'équipe. Par décision du 14 février 2020, le directeur opérationnel en charge du nœud opérationnel de déconcentration (NOD) de Bourgogne de La Poste l'a suspendu de ses fonctions à compter du même jour en raison de son état d'ébriété constaté par éthylotest pendant son service le 13 février 2020. Puis, par décision du 31 août 2020, le directeur opérationnel en charge du NOD de Bourgogne a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonction d'une durée de six mois, dont trois avec sursis. Par les requêtes nos 2001676 et 2100169, M. A demande l'annulation de ces deux décisions. Il demande également, dans la requête n° 2100169, que La Poste soit condamnée à lui verser l'intégralité du traitement qu'il aurait dû percevoir durant la durée effective de son exclusion temporaire de fonctions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision du 14 février 2020 portant suspension temporaire de fonctions :
3. D'une part, aux termes de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur et rendu applicable aux fonctionnaires de La Poste en vertu de l'article 29 de la loi du 2 juillet 1990 relative à l'organisation du service public de la poste et à France Télécom : " En cas de faute grave commise par un fonctionnaire, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, l'auteur de cette faute peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. / Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement et les prestations familiales obligatoires. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois ".
4. La suspension d'un fonctionnaire, sur la base de ces dispositions, est une mesure à caractère conservatoire, prise dans le souci de préserver l'intérêt du service public. Elle ne peut être prononcée que lorsque les faits imputés à l'intéressé présentent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et que la poursuite des activités de l'intéressé au sein de l'établissement présente des inconvénients suffisamment sérieux pour le service ou pour le déroulement des procédures en cours. Eu égard à la nature de l'acte de suspension et à la nécessité d'apprécier, à la date à laquelle cet acte a été pris, la condition de légalité tenant au caractère vraisemblable de certains faits, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de statuer au vu des informations dont disposait effectivement l'autorité administrative au jour de sa décision. Les éléments nouveaux qui seraient, le cas échéant, portés à la connaissance de l'administration postérieurement à sa décision, ne peuvent ainsi, alors même qu'ils seraient relatifs à la situation de fait prévalant à la date de l'acte litigieux, être utilement invoqués au soutien d'un recours en excès de pouvoir contre cet acte.
5. D'autre part, aux termes de l'article 31-3 de la loi du 2 juillet 1990 susvisée : " La quatrième partie du code du travail s'applique à l'ensemble du personnel de La Poste, sous réserve des adaptations, précisées par un décret en Conseil d'Etat, tenant compte des dispositions particulières relatives aux fonctionnaires et à l'emploi des agents contractuels () ". Selon l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. / Ces mesures comprennent : / 1° Des actions de prévention des risques professionnels, y compris ceux mentionnés à l'article L. 4161-1 ; / 2° Des actions d'information et de formation ; / 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. / L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes ". L'article L. 4122-1 de ce code prévoit : " Conformément aux instructions qui lui sont données par l'employeur, dans les conditions prévues au règlement intérieur pour les entreprises tenues d'en élaborer un, il incombe à chaque travailleur de prendre soin, en fonction de sa formation et selon ses possibilités, de sa santé et de sa sécurité ainsi que de celles des autres personnes concernées par ses actes ou ses omissions au travail () ". Aux termes de l'article R. 4228-20 du code du travail : " Aucune boisson alcoolisée autre que le vin, la bière, le cidre et le poiré n'est autorisée sur le lieu de travail. / Lorsque la consommation de boissons alcoolisées, dans les conditions fixées au premier alinéa, est susceptible de porter atteinte à la sécurité et la santé physique et mentale des travailleurs, l'employeur, en application de l'article L. 4121-1 du code du travail, prévoit dans le règlement intérieur ou, à défaut, par note de service les mesures permettant de protéger la santé et la sécurité des travailleurs et de prévenir tout risque d'accident. Ces mesures, qui peuvent notamment prendre la forme d'une limitation voire d'une interdiction de cette consommation, doivent être proportionnées au but recherché ".
6. Enfin, l'article 31 du règlement intérieur de La Poste, entré en vigueur le 15 février 2019, prévoit : " Il est interdit d'introduire des boissons alcoolisées ou des drogues illicites dans les locaux de service. / Il est également interdit d'être en état d'ébriété ou sous l'empire de substances illicites dans les locaux de service ou pendant le temps de travail. / Afin de prévenir ou faire cesser immédiatement une situation dangereuse, les personnels affectés à la conduite de véhicules, à des tournées de distribution ou appelés à utiliser des équipements ou des produits dangereux peuvent faire l'objet d'un contrôle d'alcoolémie (alcootest, éthylotest) effectué par le directeur d'établissement ou de service ou son représentant (désigné parmi le personnel de maitrise/encadrement). L'alcoolémie positive est fixée par le taux légal en vigueur prévu par le Code de la route. / L'agent peut contester le résultat de ces contrôles par tout moyen de preuve approprié. / S'il l'estime nécessaire, le directeur d'établissement ou de service doit interdire la prise de service, l'utilisation de véhicules, d'équipements ou de produits dangereux. / Lorsque cela s'impose, le directeur d'établissement ou de service doit orienter l'agent vers les services médicaux et sociaux compétents ". L'article 52 de ce règlement dispose : " Les personnels affectés à la conduite des véhicules à moteur doivent, au préalable, recevoir habilitation de la part du directeur d'établissement ou de service dans le respect des procédures d'habilitation en vigueur ". Une autorité administrative est tenue de se conformer aux règles de procédure à caractère réglementaire qu'elle a elle-même édictées aussi longtemps qu'elle n'a pas décidé de procéder à leur abrogation.
7. Pour ordonner la suspension de fonctions à titre provisoire de M. A, le directeur opérationnel en charge du nœud opérationnel de déconcentration de Bourgogne de La Poste s'est fondé sur l'état d'ébriété de M. A, constaté par éthylotest, pendant son service le 13 février 2020.
8. Il ressort des attestations versées au dossier par la société La Poste qu'à l'occasion d'un " pot " de départ en retraite organisé durant la pause méridienne par une factrice dans les locaux de la Poste, le directeur d'établissement a constaté que M. A était dans un état d'ébriété manifeste et l'a invité à le suivre dans son bureau. Ce dernier s'est rendu dans les sanitaires, où il est resté une trentaine de minutes malgré les injonctions du responsable de l'exploitation et du service aux clients. M. A s'est ensuite caché derrière la porte du local de l'agent d'entretien, où il a été retrouvé par le directeur des ressources humaines qui l'a sommé de le suivre pour un entretien avec ses supérieurs hiérarchiques. Le directeur de l'établissement a alors demandé à M. A, en présence du directeur des ressources humaines et du directeur responsable de l'exploitation et du service aux clients, de se soumettre à un contrôle d'alcoolémie, après avoir lui-même soufflé dans l'éthylotest pour en vérifier le bon fonctionnement. Le résultat de l'éthylotest de l'intéressé s'est avéré positif.
9. En premier lieu, M. A soutient que le directeur d'établissement a méconnu la charte relative à l'accès et à l'utilisation des systèmes d'information de La Poste en installant, de sa propre initiative, l'application " Alcoofind " sur son téléphone de service et que cette application, qui a conservé ses données personnelles pendant plus de sept mois, constitue un traitement de données personnelles qui aurait dû être déclaré à la Commission nationale de l'informatique et des libertés. Toutefois, ces circonstances, à les supposer avérées, sont sans influence sur la légalité de la décision en litige.
10. En deuxième lieu, à supposer même que le recours au contrôle d'alcoolémie eût été irrégulier au regard des conditions prévues pour y recourir telles que fixées par l'article 31 du règlement intérieur de la société La Poste, il ressort des trois attestations précises et concordantes du directeur de l'établissement, du directeur des ressources humaines et du directeur responsable de l'exploitation et du service aux clients, que M. A était dans un état d'ébriété manifeste, raison pour laquelle il a été convoqué par sa hiérarchie à un entretien, qu'il a tenté de retarder en s'enfermant dans les toilettes puis en se dissimulant derrière la porte du local d'entretien. Par ailleurs, à la suite de son contrôle d'alcoolémie, le requérant a expressément reconnu devant ses supérieurs hiérarchiques être sous l'empire de l'alcool et boire de manière régulière durant son service depuis environ quatre ans. S'il soutient désormais qu'il a consommé de l'alcool durant les festivités et qu'il ne s'est pas soustrait à l'entretien mais devait téléphoner, raison pour laquelle il a tenté de trouver un endroit calme, il n'apporte aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations, alors que La Poste produit plusieurs attestations d'agents certifiant qu'aucune boisson alcoolisée n'a été servie durant le " pot ". De surcroît, la seule circonstance que son employeur ne l'ait pas empêché de pénétrer dans les locaux ne peut suffire à démontrer qu'il n'était pas enivré lors de son arrivée. Enfin, l'assertion selon laquelle il aurait avoué être en état d'ivresse uniquement en raison de la pression exercée par sa hiérarchie et de son état de fatigue paraît peu plausible. Il s'ensuit que, sans même qu'il soit besoin de prendre en compte le résultat de l'éthylotest, l'imprégnation alcoolique de M. A le 13 février 2020 présentait, à la date à laquelle la société La Poste a prononcé sa suspension de fonctions, un caractère suffisant de vraisemblance.
11. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A n'était pas en service lors du " pot " de départ à la retraite organisé le 13 février 2020. Dès lors, en considérant que le requérant était en état d'ébriété " pendant les horaires de service ", la société La Poste a commis une erreur de fait. La Poste fait néanmoins valoir en défense que l'article 31 du règlement intérieur interdit en tout état de cause d'être sous l'emprise de l'alcool dans les locaux de service. Par suite, et dès lors qu'il résulte de l'instruction qu'elle aurait pris la même décision si elle n'avait pas commis cette erreur de fait, l'inexactitude matérielle affectant la décision en litige n'est pas de nature à en entraîner l'annulation.
12. En dernier lieu, la société La Poste fait valoir, sans être sérieusement contestée sur ce point, que le requérant est susceptible d'utiliser, en sa qualité de responsable d'équipe, des équipements dangereux dans le cadre de son service, tels que des transpalettes manuels ou un quai niveleur, puisque les agents qu'il a sous sa responsabilité et qu'il a vocation à assister ou à former travaillent avec de telles machines ou sont, par ailleurs, affectés à la conduite. Il est également constant que M. A lui-même utilise un véhicule de service pour assurer ses fonctions. Si le requérant soutient que les faits se sont déroulés pendant un " pot " de départ à la retraite, qu'il était en mesure d'assurer son service et qu'aucun comportement inapproprié envers ses collègues ne peut lui être reproché, il a néanmoins admis devant ses supérieurs hiérarchiques consommer de l'alcool de manière très régulière pendant ses heures de service, cela depuis environ quatre ans. Compte tenu de ses missions d'encadrant et des risques induits par son comportement, tant pour sa propre sécurité que celles de ses équipes, les faits qui lui sont reprochés présentent un caractère suffisant de gravité, justifiant qu'il soit suspendu de ses fonctions à titre provisoire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation ne peut être accueilli.
En ce qui concerne la décision du 31 août 2020 prononçant la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pendant six mois dont trois avec sursis :
13. En premier lieu, aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction en vigueur et applicable aux fonctionnaires de La Poste : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Selon l'article 66 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat dans sa rédaction en vigueur et applicable aux fonctionnaires de La Poste : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. / Premier groupe : / - l'avertissement ; / - le blâme ; / - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. / Deuxième groupe : / - la radiation du tableau d'avancement ; / - l'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par l'agent ; / - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / - le déplacement d'office. / Troisième groupe : / - la rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par l'agent ; / - l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans. / Quatrième groupe : / - la mise à la retraite d'office ; / - la révocation () L'exclusion temporaire de fonctions, qui est privative de toute rémunération, peut être assortie d'un sursis total ou partiel. () ".
14. Aux termes de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée : " () Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. / L'avis de cet organisme de même que la décision prononçant une sanction disciplinaire doivent être motivés ". Aux termes de l'article 8 du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'Etat : " Le conseil de discipline, au vu des observations écrites produites devant lui et compte tenu, le cas échéant, des déclarations orales de l'intéressé et des témoins ainsi que des résultats de l'enquête à laquelle il a pu être procédé, émet un avis motivé sur les suites qui lui paraissent devoir être réservées à la procédure disciplinaire engagée. () La proposition ayant recueilli l'accord de la majorité des membres présents doit être motivée et être transmise par le président du conseil de discipline à l'autorité ayant pouvoir disciplinaire. Lorsque cette autorité prend une décision autre que celle proposée par le conseil, elle doit informer celui-ci des motifs qui l'ont conduite à ne pas suivre sa proposition ".
15. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'exigence de motivation de l'avis de la commission administrative paritaire compétente siégeant en conseil de discipline qu'elles prévoient constitue une garantie et, d'autre part, que cette motivation peut être attestée par la production, sinon de l'avis motivé lui-même, du moins du procès-verbal de la réunion de cette commission comportant des mentions suffisantes.
16. Il ressort des pièces du dossier que le conseil de discipline s'est réuni le 6 août 2020 et s'est prononcé en faveur d'une exclusion temporaire de fonctions de six mois avec trois mois de sursis. Toutefois le procès-verbal de la réunion du 6 août 2020, qui rend compte de l'avis émis par le conseil de discipline, se borne à faire état de la lecture du rapport disciplinaire et des propos tenus par les différents participants mais ne mentionne ni les motifs de fait ou de droit ni davantage les griefs sur lesquels le conseil s'est fondé pour proposer la sanction disciplinaire. Par suite, le défaut de motivation de l'avis du conseil de discipline a privé M. A d'une garantie, entachant ainsi la décision attaquée d'un vice de procédure.
17. En second lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
18. Si M. A conteste l'exactitude des faits qui lui sont reprochés, ainsi que la légalité du contrôle d'alcoolémie auquel il a été soumis, il a lui-même reconnu, devant le conseil de discipline, qu'il se trouvait en état d'ébriété le 13 février 2020. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 10, plusieurs agents ont attesté qu'aucune boisson alcoolisée n'était servie au " pot " de départ. La seule circonstance que ces attestations ne figuraient pas dans le dossier disciplinaire de M. A n'est pas suffisante pour leur dénier toute valeur probante, le requérant n'apportant quant à lui aucune preuve en sens contraire. En revanche, l'intéressé n'était pas, contrairement à ce qu'a estimé La Poste, en service lors des faits, ni sur son lieu de travail. Si la décision attaquée est, dès lors, entachée d'une erreur de fait sur ce point, M. A se trouvait, ainsi que le fait valoir la société La Poste en défense, dans les locaux de service de la société, de sorte qu'il était soumis, de ce seul fait et en tout état de cause, à l'interdiction, prescrite par l'article 31 du règlement intérieur de cette société, d'être en état d'ébriété, ce que l'intéressé ne conteste au demeurant pas. Ainsi, il résulte de l'instruction, notamment des écritures en défense, que la société La Poste aurait pris la même décision si elle n'avait pas commis cette erreur de fait. Enfin, M. A ne saurait sérieusement soutenir qu'il appartenait à La Poste de rappeler, préalablement à la tenue des festivités, la teneur de l'article 31 du règlement intérieur, alors qu'il a attesté avoir pris connaissance de ce règlement le 2 mai 2019. Dans ces conditions, les faits reprochés à M. A, dont la matérialité est établie, sont fautifs et justifient une sanction disciplinaire.
19. Toutefois, l'état d'ébriété du requérant a été constaté lors d'un " pot " de départ à la retraite d'une de ses collègues, en dehors de ses heures et de son lieu habituel de service. Si le rapport disciplinaire relève que le 3 décembre 2018, M. A " a fui l'établissement sans explication laissant son blouson et son portefeuille " alors que les encadrants procédaient à un contrôle d'alcoolémie, ce seul fait ne saurait suffire à révéler, par lui-même et en l'absence de tout autre élément circonstancié, que M. A était ivre ce jour-là. Par ailleurs, si M. A a reconnu boire de manière très régulière pendant le service, il est constant qu'il n'avait jamais fait l'objet, de la part de son employeur, de mise en garde relative à sa consommation d'alcool. Il n'est pas davantage établi que cette dépendance aurait eu des répercussions sur ses fonctions ou sur l'équipe qu'il est chargé d'encadrer, ni qu'il aurait porté atteinte à l'image et à la réputation de La Poste auprès de ses clients. Enfin, les notations de M. A pour les années 2015 à 2019 sont relativement bonnes et il n'avait, jusqu'alors, fait l'objet d'aucune procédure disciplinaire. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la sanction du troisième groupe d'exclusion temporaire de fonctions pendant une durée de six mois dont trois avec sursis, laquelle entraîne notamment la privation de toute rémunération pendant les trois mois ferme de suspension, est disproportionnée eu égard à la gravité de la faute relevée au point précédent.
20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 31 août 2020 prononçant à son encontre une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions pendant une durée de six mois dont trois avec sursis.
Sur les conclusions indemnitaires :
21. Un agent public irrégulièrement évincé a droit, non pas au versement du traitement dont il a été privé, mais à la réparation du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Ainsi, en l'espèce, M. A, qui ne demande pas une indemnité représentative de son préjudice mais le versement de la rémunération dont il a été privé, ne peut, en l'absence de service fait, prétendre au rappel de son traitement durant les trois mois pendant lesquels il a été exclu de ses fonctions. Par suite, et en tout état de cause, ses conclusions tendant au paiement du rappel de son traitement ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que M. A, qui n'est pas la partie perdante dans l'instance n° 2100169, verse quelque somme que ce soit à la société La Poste au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
23. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la société La Poste sur le même fondement dans l'instance n° 2001679.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 31 août 2020 par laquelle le directeur opérationnel en charge du NOD de Bourgogne de la société La Poste a infligé à M. A la sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de ses fonctions pendant une durée de six mois dont trois avec sursis est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes nos 2001676 et 2100169 est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par La Poste sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la société anonyme La Poste.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.
La rapporteure,
O. ViottiLe président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2001676 - 2100169
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026