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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2002611

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2002611

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2002611
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBARBEROUSSE NATACHA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 septembre 2020 et des mémoires enregistrés les 27 septembre 2020, 6 décembre 2020 et 8 novembre 2021, M. A B et Mme C B, représentés par Me Barberousse, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler le refus implicite du maire de Chenôve de supprimer l'emplacement de stationnement créé devant le portillon d'accès à leur propriété ;

2°) d'enjoindre à la commune de Chenôve de réaliser tous travaux et aménagements propres à garantir de manière effective l'interdiction de stationnement des véhicules sur la chaussée et le trottoir au droit du portillon de leur propriété dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Chenôve une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- l'autorisation de stationnement devant leur portillon, que ne justifie aucune nécessité de circulation ou environnementale, gêne l'accès des services de collecte d'ordures ménagères, ainsi que la distribution du courrier et des colis, et crée divers désagréments, la décision portant ainsi une atteinte excessive à leur droit d'accès et d'usage de leur domicile ;

- la largeur minimale imposée pour le cheminement des piétons n'est pas respectée ;

- beaucoup de leurs voisins n'ont pas de place de stationnement devant leur entrée ;

- la décision est contraire à l'article R. 417-10 du code de la route, qui considère comme gênant la circulation, le stationnement devant les entrées charretières et au-dessus des accès aux réseaux souterrains ;

- elle est incompatible avec le plan de mobilité de Dijon Métropole.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 octobre et 23 novembre 2021, la commune de Chenôve conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable car elle est prématurée, aucune décision implicite n'étant intervenue à la date d'enregistrement de cette requête et ne contient l'exposé d'aucun fondement juridique ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Dijon Métropole a présenté des observations, enregistrées le 29 octobre 2021, par lesquelles elle déclare s'associer aux observations de la commune de Chenôve, dont le maire est l'autorité compétente pour réglementer le stationnement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la route ;

- le code de la voirie routière ;

- le décret n° 2006-1658 du 21 décembre 2006 ;

- l'arrêté du 15 janvier 2007 portant application du décret n° 2006-1658 du 21 décembre 2006 relatif aux prescriptions techniques pour l'accessibilité de la voirie et des espaces publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Barberousse représentant les requérants et de Mme E, représentant la commune de Chenôve.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 31 juillet 2013, le maire de Chenôve a réglementé le stationnement de la rue du 11 septembre 1944. Le stationnement alterné a été supprimé et a été remplacé par un stationnement avec des secteurs successifs côté pair et impair de la rue afin de favoriser la réduction de la vitesse de circulation des véhicules. En application de cet arrêté, les places de stationnement existantes ont été redessinées par des emplacements chevauchant pour partie le trottoir, dont une devant le portillon d'accès au domicile de M. et Mme B, au n°15 de cette rue. Cette place de stationnement a, sur une demande des époux B, présentée en 2016, été neutralisée par l'implantation de plots. Ces balises, qui étaient détériorées, ont été supprimées au cours de l'été 2020, ce qui a, à nouveau, permis le stationnement de véhicules devant le portillon de leur pavillon. Après diverses démarches, M. et Mme B ont adressé à la commune de Chenôve un courrier le 13 septembre 2020 pour demander le rétablissement des plots. Par la présente requête, ils demandent au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé sur cette demande.

Sur les conclusions en annulation :

2. Aux termes de l'article L. 2213-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales, et les voies de communication à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation ". Aux termes de l'article L. 2213-2 du même code : " Le maire peut, par arrêté motivé, eu égard aux nécessités de la circulation () : 2°Réglementer l'arrêt et le stationnement des véhicules ou de certaines catégories d'entre eux, ainsi que la desserte des immeubles riverains () ". Dans l'exercice des pouvoirs de police qui lui sont confiés en vertu de l'article L. 2213-1 et du 2° de l'article L. 2213-2 du code général des collectivités territoriales, il appartient au maire de prendre les mesures nécessaires pour concilier les droits de l'ensemble des usagers de la voie publique et les contraintes liées, le cas échéant, à la circulation et au stationnement de leurs véhicules.

3. Aux termes du III de l'article R. 417-10 du code de la route alors en vigueur : " III.-Est également considéré comme gênant la circulation publique le stationnement d'un véhicule : 1° Devant les entrées carrossables des immeubles riverains ; () 7° Au-dessus des accès signalés à des installations souterraines. () ".

4. Si le maire ne saurait légalement, dans l'exercice de ses pouvoirs de police, prendre des mesures contraires au code de la route, les dispositions de l'article R. 417-10 de ce code ne font pas obstacle à ce que, lorsque les besoins du stationnement et la configuration de la voie publique le rendent nécessaire, le maire autorise le stationnement de véhicules sur une partie des trottoirs, à condition qu'un passage suffisant soit réservé au cheminement des piétons, notamment de ceux qui sont à mobilité réduite, ainsi qu'à leur accès aux habitations et aux commerces riverains et qu'une signalisation adéquate précise les emplacements autorisés.

5. En premier lieu, les requérants soutiennent qu'en autorisant le stationnement en litige le maire de Chenôve a porté une atteinte excessive à leur droit d'accès et d'usage de leur domicile et méconnu le III de l'article R. 417-10 du code de la route. Il est toutefois constant que l'emplacement autorisé se situe au niveau du portillon donnant accès au pavillon des requérants pour les piétons. Il n'existe en revanche aucune place de stationnement devant l'entrée charretière de leur domicile, implantée à quelques mètres du portillon, de sorte que leur propriété est totalement accessible notamment aux véhicules qui assurent la livraison des colis ou collectent les ordures ménagères. Par ailleurs, il ne ressort pas de la photographie produite par les requérants que la place de stationnement contestée serait implantée au-dessus d'un accès à des installations souterraines. Dans ces conditions et dès lors qu'il n'est pas davantage établi que les besoins du stationnement et la configuration de la rue du 11 septembre 1944 ne justifiaient pas d'autoriser le stationnement sur l'emplacement en litige, le moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, les requérants soutiennent que la largeur laissée sur le trottoir est insuffisante pour permettre la circulation des piétons et est non conforme aux dispositions réglementaires qui imposeraient une largeur minimale de 1,80 mètres.

7. Selon les dispositions de l'arrêté du 15 janvier 2007 portant application du décret n° 2006-1658 du 21 décembre 2006 relatif aux prescriptions techniques pour l'accessibilité de la voirie et des espaces publics, la largeur minimale du trottoir permettant l'accessibilité aux personnes handicapées ou à mobilité réduite est de 1,40 mètre libre de mobilier ou de tout autre obstacle éventuel, cette largeur étant réduite à 1,20 mètre en l'absence de mur ou d'obstacle de part et d'autre du cheminement. Si les requérants soutiennent que la largeur du trottoir non occupée par la place de stationnement est de 1,35 m, ils ne l'établissent pas par les pièces produites.

8. En troisième lieu, si les requérants soutiennent que la décision, révélée par la suppression des plots, de rétablir la place de stationnement en litige est incompatible avec le plan de mobilité et de stationnement de Dijon Métropole, qui fixe un objectif visant à " libérer l'espace public et atténuer l'encombrement du stationnement résidentiel dans les communes périurbaines ", il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la rue du 11 septembre 1944 serait caractérisée par un tel encombrement.

9. En dernier lieu, si les requérants font valoir que de nombreux riverains de la rue du 11 septembre 1944 n'ont pas de place de stationnement devant leur portillon, il ressort des photographies qu'ils fournissent que ces portillons sont accolés au portail, la configuration des lieux étant ainsi différente de celle de leur maison. En outre, la rue étant trop étroite pour permettre le stationnement sur ses deux côtés, il existe nécessairement des maisons devant lesquelles aucune place de stationnement ne pouvait être implantée. Dans ces conditions, à supposer que les requérants aient ainsi entendu dénoncer une atteinte portée au principe d'égalité, le moyen ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de sa prononcer sur la recevabilité de la requête, que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fin d'injonction :

11. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Chenôve, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et Mme C B et à la commune de Chenôve.

Copie en sera adressée à Dijon Métropole.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

La rapporteure,

M-E D

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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