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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2002889

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2002889

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2002889
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL BARDET LHOMME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2020, l'EARL Les deux étangs, représentée par la SELARL Bardet Lhomme, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2020 du préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté en tant qu'il lui refuse l'autorisation d'exploiter les parcelles cadastrées ZE n° 12, située sur la commune de Beaurepaire-en-Bresse, et AL n° 72, 119, 120, 195 et 213 situées sur le territoire de la commune de Saillenard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle justifiait de deux unités de travail agricole ;

- en application du schéma directeur régional des exploitations agricoles de la région Bourgogne-Franche-Comté, le préfet aurait dû lui accorder l'autorisation d'exploiter les parcelles qui avaient sa préférence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2021, la SARL Domaine du Bois Maillot, représentée par la SELAS Legi Conseils Bourgogne, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de l'EARL Les deux étangs la somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2021, le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que :

- l'entreprise requérante a changé de dénomination sociale et d'administration antérieurement au dépôt de la requête de sorte que la requête est formée par une société mal identifiée ;

- il n'apparaît pas que Me Bardet dispose d'un mandat pour représenter la société sous sa nouvelle appellation ni justifier de l'accord de l'ensemble des gérants associés de celle-ci pour agir en son nom ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme L,

- et les conclusions de M. Bataillard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'EARL Les deux étangs a déposé une demande d'autorisation d'exploiter plusieurs parcelles situées sur les communes de Beaurepaire-en-Bresse, Le Fay, Saillenard, Savigny-en-Revermont, Gevingey et Saint-Laurent-la-Roche d'une superficie totale de 120,28 hectares. Par une décision du 2 mars 2020, le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté a prolongé le délai d'instruction de cette demande. Puis, par un arrêté du 17 avril 2020, le préfet a refusé de délivrer à l'EARL Les deux étangs l'autorisation sollicitée pour les parcelles cadastrées ZE n° 12 située sur la commune de Beaurepaire-en-Bresse et AL n° 72, 119, 120, 195 et 213 situées sur le territoire de la commune de Saillenard et a accordé l'autorisation sollicitée pour les autres parcelles.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 17 avril 2020 et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. En premier lieu, M. I, directeur régional de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt de Bourgogne-Franche-Comté, a reçu délégation du préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté, par un arrêté du 22 mai 2018, publié au recueil des actes administratifs du même jour, à l'effet de signer, dans le cadre de ses attributions, tous actes administratifs entrant dans le champ de compétence des directions régionales de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt, en particulier les arrêtés, décisions, circulaires, rapports, avis et correspondances. Cet arrêté précise que M. I peut subdéléguer sa signature aux agents placés sous son autorité. Par une décision du 29 novembre 2018, subdélégation a été attribuée à Mme H K, directrice régionale adjointe de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt, à l'effet de signer toutes les décisions, instructions ou correspondances visées par l'arrêté précité. Cette décision a été publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture le 30 novembre 2018. Ainsi, contrairement à ce que soutient l'EARL Les deux étangs, Mme K avait reçu subdélégation pour signer l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 331-2 du code rural et de la pêche maritime : " I.-Sont soumises à autorisation préalable les opérations suivantes : / 1° Les installations, les agrandissements ou les réunions d'exploitations agricoles au bénéfice d'une exploitation agricole mise en valeur par une ou plusieurs personnes physiques ou morales, lorsque la surface totale qu'il est envisagé de mettre en valeur excède le seuil fixé par le schéma directeur régional des exploitations agricoles. () ". Aux termes de l'article L. 311-3-1 du même code : " I.- L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : / 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ; () ".

4. Le schéma directeur régional des exploitations agricoles de la région Bourgogne-Franche-Comté, arrêté le 21 mars 2016, indique que relèvent du rang de priorité 1 " tous types d'opérations, installations, agrandissements, concentration ou réunion d'exploitations dans la limite de la dimension économique viable des exploitations (DEV) mentionnée à l'article 5 du présent arrêté ". Il résulte de l'article 5 de ce schéma que, pour la zone A " Bresse Louhanaise, Brionnais Clunysois, Charolais, Mâconnais " la dimension économique viable des exploitations est fixée à 79 ha de surface agricole utile par unité de travail agricole (UTA). Enfin, il résulte de cet article 5 que donne lieu à la comptabilisation, au titre des unités de travail agricole, d'un coefficient de 1,5 " le chef d'exploitation ou associé exploitant à titre secondaire ". Sont considérés comme " chefs d'exploitation à titre secondaire " : " - les entrepreneurs non agricoles débutant une activité agricole pendant les deux premières années / - les agriculteurs dont le revenu agricole est inférieur au revenu fiscal d'une activité / - les agriculteur, par ailleurs salariés, travaillant plus de 1 200 heures hors de l'exploitation ".

5. L'EARL Les deux étangs soutient que c'est à tort que le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté a estimé qu'elle justifiait d'une unité de travail agricole dès lors que Mme G, associée au sein de cette entreprise et " pluriactive ", doit être regardée comme cheffe d'exploitation à titre secondaire. Toutefois, la seule circonstance que Mme G est associée au sein de l'EARL Les deux étangs n'est pas de nature à lui conférer la qualité d'associée exploitante. Il résulte au contraire des statuts de cette entreprise que seul M. A a cette qualité. Par ailleurs, ainsi que le préfet le soutient en défense, la demande d'autorisation d'exploiter déposée par l'EARL Les deux étangs indique que Mme G n'a pas la qualité d'associée exploitant et exerce une activité rémunérée de couturière itinérante et ne mentionne pas, au titre des unités de travail agricole, la présence de Mme G en qualité de cheffe d'exploitation à titre secondaire. Enfin, la SARL Domaine du Bois Maillot indique, sans être contestée par l'entreprise requérante, que Mme G exerce son activité de couturière à temps complet. Dès lors, le préfet n'a commis aucune erreur d'appréciation en retenant que la dimension économique viable des exploitations devait être appréciée au regard de la présence d'une unité de travail agricole sur l'exploitation.

6. Enfin, l'article 3 du schéma directeur régional des exploitations agricoles de la région Bourgogne-Franche-Comté indique que : " Si l'opération, objet de la demande, conduit à excéder la dimension économique viable des exploitations, le candidat devra renseigner les parcelles pour lesquelles il a une préférence. ".

7. L'EARL Les deux étangs soutient que les parcelles pour lesquelles elle a une préférence sont, notamment, les parcelles cadastrées sur la commune de Beaurepaire-en-Bresse en section ZE n° 12 et sur la commune de Saillenard en section AL n° 72, 119, 120, 195 et 213. Toutefois, dans le cadre de sa demande d'autorisation d'exploiter, l'entreprise requérante n'a pas indiqué les parcelles pour lesquelles elle avait une préférence. Dès lors, l'EARL Les deux étangs n'est pas fondée, en tout état de cause, à soutenir que le préfet aurait dû lui attribuer les parcelles pour lesquelles elle avait une préférence.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'EARL Les deux étangs n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 avril 2020 du préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme demandée par l'EARL Les deux étangs au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'EARL Les deux étangs la somme demandée par la SARL Domaine du Bois Maillot au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'EARL Les deux étangs est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la SARL Domaine du Bois Maillot au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'EARL Les deux étangs, à la SARL Domaine du Bois Maillot, à M. C D, à Mme E F, à Mme J B et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

La rapporteure,

N. L

Le président,

Ph. NICOLET La greffière,

L. CUROT

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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