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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2003012

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2003012

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2003012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLE MEIGNEN BENOÎT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 octobre 2020, le 26 mars 2021 et le 26 mai 2021, M. J O, M. I F, M. N B, M. L de Vaulchier, M. D C, M. A H et M. E M demandent au tribunal dans le dernier état des écritures :

1°) d'annuler les délibérations du 31 août 2020 par lesquelles le conseil municipal de Cortevaix a décidé de poursuivre le projet de transformation de la cure de Cortevaix en maison d'assistantes maternelles et logement locatif, de souscrire un emprunt de 150 000 euros à cette fin et de solliciter des subventions pour financer ce projet ;

2°) d'annuler la décision du 2 octobre 2020 par laquelle le maire a rejeté le recours gracieux formé le 27 septembre 2020 ;

3°) de mettre la somme de 4 500 euros à la charge de la commune de Cortevaix au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable ; elle émane de sept personnes physiques ; elle a été déposée moins de deux mois après le vote des décisions attaquées ; en qualité de contribuables de Cortevaix, ils sont lésés car la délibération entraîne des dépenses supplémentaires et un réel appauvrissement des finances communales ;

- ils demandent l'annulation de toutes les décisions du conseil municipal du 31 août 2020, c'est à dire la poursuite de la réhabilitation et de la transformation de la cure, l'emprunt et la demande de subventions ;

- aucune concertation préalable avec les habitants n'a eu lieu ; la décision a été prise avant la première réunion de la commission cure ; les habitants n'avaient pas voté contre la vente en 2016 ;

- le projet est inopportun et incertain ; le projet est exorbitant ; les subventions sont hypothétiques ; un projet alternatif dans le bâtiment de la mairie est moins onéreux, moins risqué, plus rapide et plus attractif pour les assistantes maternelles ; le budget communal ne permettra pas d'assurer l'entretien des bâtiments de la commune si le projet se réalise ; il existe une forte opposition au projet ; la situation a changé depuis le lancement du projet en 2016 dès lors que les locaux occupés par l'école et la garderie ont été libérés ; les travaux dénatureront le patrimoine ; les chiffres concernant les revenus invoqués en défense sont incohérents ;

- les travaux ont commencé alors que l'ensemble des subventions espérées n'ont pas été obtenues.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 11 mars 2021, le 27 avril 2021 et le 27 mai 2021, la commune de Cortevaix, représentée par Me Le Meignen, conclut dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, au rejet au fond, à titre plus subsidiaire, à la modulation des effets de l'annulation dans le temps et en tout état de cause à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge du collectif requérant ou des sept personnes physiques requérantes solidairement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir ;

- la requête est irrecevable dès lors que le collectif n'a aucune existence légale et ne peut agir en justice ;

- un contrat de prêt bancaire ne peut être contesté qu'à l'occasion d'un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ;

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle n'énonce pas de manière claire les conclusions en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ; il existe un doute sur le nombre de décisions attaquées ;

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ; le délai de recours n'a pu être prorogé qu'au bénéfice de M. de Vaulchier qui a formé un recours gracieux en son nom personnel ;

- la circonstance que la décision soit intervenue avant la réunion de la commission consultative est sans incidence sur la légalité des décisions ; les décisions ont déjà été prises sous la mandature précédente ;

- le choix politique effectué par le conseil municipal quant au lieu d'implantation d'une future maison d'assistantes maternelles ne saurait être sanctionné par la juridiction administrative ; le projet n'est pas financièrement démesuré ; la situation financière de la commune est très saine ; les loyers attendus permettront de rembourser le coût de l'emprunt ; cinq assistantes maternelles intéressées ont été reçues en entretien et deux assistantes maternelles ont été choisies ; les travaux ont démarré ; les sommes investies ne sont pas perdues dès lors qu'elles valorisent le bâtiment communal ; le projet alternatif est sous-évalué ; les services de la protection maternelle et infantile s'opposent à ce que les enfants puissent rencontrer un public tiers dans la cour de la mairie ; les locaux rénovés permettront des économies d'énergie pour les locataires ; elle est encore susceptible d'obtenir une subvention de la région ;

- l'existence d'une pétition est sans incidence sur la légalité des décisions attaquées ;

- l'annulation des décisions attaquées mettrait la commune dans une situation juridique et financière délicate compte tenu des subventions obtenues, des travaux engagés et du prêt contracté.

Les parties ont été informées par une lettre du 26 mars 2021 que cette affaire était susceptible, à compter du 28 mai 2021, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 3 juin 2021 par une ordonnance du même jour.

Des mémoires produits par les requérants ont été enregistrés le 8 juin 2021, le 8 octobre 2021, le 1er décembre 2021 et le 30 mars 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'ont pas été communiqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme K G,

- les conclusions de M. Thierry Bataillard rapporteur public,

- et les observations de Me Le Meignen, représentant la commune de Cortevaix.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. En premier lieu, si les requérants font valoir que les délibérations seraient entachées d'un vice de procédure au motif qu'aucune procédure de concertation n'a précédé ces décisions, ils n'invoquent la méconnaissance d'aucun texte prévoyant une telle concertation. Par suite ce moyen, qui n'est pas assorti de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

2. En deuxième lieu, si les requérants font valoir que les décisions attaquées ont été prises avant la première réunion de la commission " cure ", aucun élément du dossier ne permet d'établir que le conseil municipal avait chargé cette commission de donner un avis préalable à sa décision sur la poursuite du projet et la recherche de financements. Par suite, le moyen doit être écarté.

3. En troisième lieu, les requérants ne peuvent utilement soutenir qu'une pétition a recueilli 98 signatures, d'ailleurs après le vote des délibérations contestées.

4. En quatrième lieu, les requérants ne peuvent pas plus utilement soutenir que les travaux ont commencé avant l'obtention de l'ensemble des subventions attendues dès lors que ces circonstances sont postérieures à la date d'adoption des délibérations attaquées.

5. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que la commune de Cortevaix a décidé le 31 août 2020, par trois délibérations, de poursuivre la rénovation et l'aménagement du bâtiment dit " la cure " pour le transformer en un logement et une maison d'assistantes maternelles, de rechercher à cette fin un emprunt de 150 000 euros auprès d'une banque et de solliciter par ailleurs des subventions pour compléter le financement de ce projet. Ces délibérations ont étés prises dans l'exercice des compétences du conseil municipal et dans un but d'intérêt général. Il n'est pas soutenu qu'elles méconnaîtraient des dispositions législatives ou réglementaires. Il ressort des pièces du dossier que le coût total de l'opération était estimé à 350 000 euros, dont 200 000 euros de subventions et 150 000 euros de prêt et que les loyers attendus étaient évalués à 1 000 euros par mois. La commune fait valoir pouvoir souscrire un emprunt à un taux très faible qui devrait être remboursé par mensualités d'environ 850 euros. Il est constant que la commune n'avait alors pas d'autres emprunts à rembourser et que son budget bénéficiait d'un report du résultat de fonctionnement antérieur d'environ 171 000 euros. Il est également constant que la commune avait déjà obtenu environ 60% des subventions attendues et il n'est pas établi qu'elle n'était pas en mesure d'obtenir le reste des subventions sollicitées. Si les requérants contestent le montant attendu du loyer au regard des loyers moyens pratiqués dans le secteur, ils omettent cependant de tenir compte, comme le fait valoir la commune, des caractéristiques particulières des locaux qui seront loués neufs et conformes aux normes actuelles en termes d'efficacité énergétique. En outre, les requérants ne justifient pas de la réalité des charges qu'ils imputent sur ces loyers à hauteur de 20 %. Si les requérants font valoir que des structures d'accueil des jeunes enfants ont ouverts ou sont en projet dans plusieurs communes voisines, ils n'établissent pas pour autant que la maison d'assistantes maternelles ne répondra pas à un besoin dès lors qu'ils n'apportent aucune donnée chiffrée concernant les naissances ou les installations dans ces communes. Si les requérants font encore valoir que la localisation de la maison d'assistantes maternelles au sein de " la cure " serait peu pertinente en raison de la difficulté et du caractère dangereux du stationnement, ils n'établissent ni la réalité ni le caractère non surmontable à un coût raisonnable de ces difficultés. Alors même qu'il pourrait exister un projet alternatif moins coûteux réalisable au sein des bâtiments de la mairie, ce qui n'est pas établi par les pièces du dossier dès lors que la commune fait valoir sans être sérieusement contestée que les services de la protection maternelle et infantile sont défavorables à un projet de maison d'assistantes maternelles dans ces locaux, il ne ressort pas des pièces du dossier que le choix du conseil municipal serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de l'intérêt général poursuivi, de l'état des finances de la commune et du coût du projet pour celle-ci.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Cortevaix, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre la somme de 1 400 euros à la charge des requérants in solidum au titre des frais exposés par la commune de Cortevaix et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : M. J O, M. I F, M. N B, M. L de Vaulchier, M. D C, M. A H et M. E M sont tenus in solidum de verser à la commune de Cortevaix la somme de 1 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. J O, M. I F, M. N B, M. L de Vaulchier, M. D C, M. A H, M. E M et à la commune de Cortevaix.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Nicolet, président,

M. Irénée Hugez, premier conseiller,

Mme Pauline Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

P. G

Le président,

P. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

lc

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