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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2003083

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2003083

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2003083
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP ADIDA ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 7 novembre 2020, 28 janvier 2021, 29 janvier 2021 et 24 mars 2022, M. A B, représenté par Me Meunier, conteste la décision par laquelle la cheffe du service national du renseignement pénitentiaire lui a refusé le bénéfice de la prime exceptionnelle versée à certains agents publics soumis à des sujétions exceptionnelles pour assurer la continuité des services publics dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire déclaré pour faire face à l'épidémie de covid-19 et demande que cette prime lui soit versée à hauteur de 660 euros.

Il soutient que :

- il remplit les conditions d'octroi de la prime exceptionnelle instaurée par le décret du 14 mai 2020 dès lors qu'il était présent physiquement tous les jours sur son lieu de travail et qu'il a effectué des heures supplémentaires ;

- ses trois autres collègues ont bénéficié de cette prime en dépit de l'exercice, en tout ou partie, de leurs fonctions en télétravail ;

- sa cheffe de service s'est fondée sur l'ancienneté pour octroyer la prime exceptionnelle alors qu'un tel critère, manifestement discriminatoire, n'est pas prévu par le décret du 14 mai 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2022, le ministre de la justice, garde des sceaux, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 8 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- la loi n° 2020-290 du 23 mars 2020 ;

- la loi n° 2020-473 du 25 avril 2020 ;

- le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 ;

- le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique,

- les observations de Me Buisson, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, lieutenant pénitentiaire, exerce les fonctions de délégué interrégional des renseignements pénitentiaires au sein de la cellule interrégionale du renseignement pénitentiaire de Dijon (CIRP). Ayant constaté qu'il n'avait pas été bénéficiaire de la prime exceptionnelle versée à certains agents publics soumis à des sujétions exceptionnelles pour assurer la continuité des services publics dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire déclaré pour faire face à l'épidémie de covid-19 en application du décret du 14 mai 2020, il en a sollicité l'octroi par courrier du 1er septembre 2020. Par décision du

9 octobre 2020, la cheffe du service national du renseignement pénitentiaire a rejeté cette demande. L'intéressé a ensuite formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision par courrier du 13 octobre 2020. Par la présente requête, M. B doit, compte tenu de la teneur de ses écritures, être regardé comme demandant l'annulation de la décision du

9 octobre 2020 par laquelle la cheffe du service national du renseignement pénitentiaire lui a refusé le versement de cette prime et à ce qu'il soit enjoint à l'administration de lui verser la prime litigieuse à hauteur de 660 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 1er du décret du 14 mai 2020 relatif au versement d'une prime exceptionnelle à certains agents civils et militaires de la fonction publique de l'Etat et de la fonction publique territoriale soumis à des sujétions exceptionnelles pour assurer la continuité des services publics dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire déclaré pour faire face à l'épidémie de covid-19 : " En application de l'article 11 de la loi du 25 avril 2020 susvisée, le présent décret détermine les conditions dans lesquelles l'Etat, les collectivités territoriales et leurs établissements publics et groupements d'intérêt public, à l'exclusion des établissements et services mentionnés au 6°, au 7° et au 9° de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles, peuvent verser une prime exceptionnelle à ceux de leurs agents particulièrement mobilisés pendant l'état d'urgence sanitaire déclaré en application de l'article 4 de la du 23 mars 2020 susvisée afin de tenir compte d'un surcroît de travail significatif durant cette période. / Les bénéficiaires de la prime exceptionnelle sont nommément désignés à cet effet dans les conditions prévues par le présent décret () ". Aux termes de l'article 2 de ce décret : " Peuvent bénéficier de la prime exceptionnelle mentionnée à l'article 1er : / 1° () les fonctionnaires () de l'Etat, à l'exception de ceux nommés en application de l'article 25 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée () ". Selon l'article 3 du même décret : " Sont considérés comme particulièrement mobilisés au sens de l'article 1er les personnels pour lesquels l'exercice des fonctions a, en raison des sujétions exceptionnelles auxquelles ils ont été soumis pour assurer la continuité du fonctionnement des services, conduit à un surcroît significatif de travail, en présentiel ou en télétravail ou assimilé () ". Enfin, l'article 7 dudit décret prévoit : " Pour l'Etat () les bénéficiaires de la prime exceptionnelle et le montant alloué sont déterminés par le chef de service ou l'organe dirigeant ayant autorité sur les personnels. / Le montant de la prime est modulable comme suit, en fonction notamment de la durée de la mobilisation des agents : / - taux n° 1 : 330 euros / - taux n° 2 : 660 euros / - taux n° 3 : 1 000 euros () ".

3. En premier lieu, M. B soutient qu'il aurait dû bénéficier du versement de la prime exceptionnelle au taux n° 2 compte tenu du surcroît significatif de sa charge de travail auquel il a été confronté durant l'état d'urgence sanitaire. Il fait valoir qu'il est le seul des quatre délégués interrégionaux des renseignements pénitentiaires à avoir été physiquement présent sur site l'intégralité de ses jours de travail, excepté une semaine imposée de congés, cela afin d'assurer la continuité de services et de gérer la surcharge de travail, laquelle l'a contraint, seul, à effectuer des heures supplémentaires. Toutefois, bien qu'il soit établi par les pièces versées aux débats que l'intéressé a effectué des heures supplémentaires en mars, avril et mai 2020, il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence notamment d'éléments permettant de comparer son volume horaire de travail avant et pendant l'état d'urgence sanitaire, qu'il ait été soumis à des sujétions exceptionnelles pour assurer la continuité du service public qui auraient conduit à un surcroît significatif de sa charge de travail. A cet égard, la seule circonstance que le requérant ait été présent sur son lieu de travail ne peut suffire à révéler, par elle-même, la surcharge alléguée, alors, en tout état de cause, qu'en application de l'article 3 du décret du 14 mai 2020 précité, le surcroît significatif de travail s'apprécie indifféremment en présentiel ou en télétravail. Si M. B indique également avoir réalisé deux déplacements entre Dijon et Saint-Maur en juin 2020 pour assurer des inspections et qu'il était le seul à prendre en charge de telles missions à cette période, cette dernière assertion n'est corroborée par aucune des pièces du dossier et il n'est pas démontré que ces déplacements l'auraient soumis à des sujétions exceptionnelles par rapport à l'exercice normal de ses fonctions. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la cheffe du service national du renseignement pénitentiaire a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui verser la prime exceptionnelle prévue par le décret du 14 mai 2020 susvisé.

4. En deuxième lieu, le principe d'égalité des agents appartenant à un même corps ne fait pas obstacle à ce qu'ils soient traités différemment lorsque cette discrimination se fonde sur l'existence de conditions différentes d'exercice de leurs fonctions par les intéressés. A supposer que M. B se prévale d'une rupture d'égalité de traitement en faisant valoir que les trois autres délégués interrégionaux des renseignements pénitentiaires travaillant avec lui ont obtenu la prime exceptionnelle alors qu'ils ont exercé, quant à eux, majoritairement leurs fonctions en télétravail, il n'apporte aucun élément permettant au tribunal d'apprécier si ces agents ont effectivement exercé leurs fonctions dans des conditions analogues aux siennes, alors au demeurant que le télétravail ne fait pas obstacle à l'octroi de la prime exceptionnelle lorsque les agents ont été particulièrement mobilisés pour faire face à un surcroît de travail significatif.

5. En dernier lieu, si M. B invoque une erreur de droit au regard des critères réglementaires fixés pour l'attribution de la prime et une discrimination dans la mesure où sa cheffe de service se serait fondée sur l'ancienneté des agents pour octroyer la prime exceptionnelle, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'un tel motif aurait présidé au choix de l'administration d'octroyer ou non la prime exceptionnelle.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 9 octobre 2020. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de la justice, garde des sceaux.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

La rapporteure,

O. VIOTTILe président,

O. ROUSSET

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au ministre de la justice, garde des sceaux, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2003083

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