mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2003111 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ROBESPIERRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 12 novembre 2020, 8 septembre 2021, 9 décembre 2021 et 24 janvier 2022, la société anonyme Verallia France, représentée par la SELARL BLB et associés avocats, demande au tribunal d'annuler la décision du 27 mars 2020 par laquelle l'inspecteur du travail lui a refusé l'autorisation de licencier M. A et la décision implicite par laquelle le ministre du travail a rejeté son recours hiérarchique.
Elle soutient que :
- M. A a commis plusieurs fautes de nature à justifier son licenciement dès lors que :
• il a manqué à son obligation de loyauté en diligentant une enquête à l'insu de l'employeur, en gardant le silence sur les résultats des analyses et en accusant l'entreprise, deux mois plus tard, de meurtre avec préméditation et d'empoisonnement ;
• M. A a également méconnu l'obligation de sécurité, telle qu'elle résulte de l'article L. 4131-1 du code du travail, en gardant le silence, du 7 novembre 2019 au
7 janvier 2020, sur les résultats des analyses ;
• le 7 janvier 2020, M. A a diffusé au sein de l'usine un tract contenant des propos outranciers, mensongers et diffamatoires à l'égard de l'employeur ;
• l'intéressé a méconnu les règles d'accès et de sécurité en vigueur au sein de l'entreprise telles qu'elles résultent de l'article L. 2142-10 du code du travail et du règlement intérieur en y faisant pénétrer, le 7 janvier 2020, deux personnes extérieures, sans autorisation de la direction ;
- contrairement à ce qu'a retenu l'inspecteur du travail, la circonstance que le syndicat CGT du site de Chalon-sur-Saône aurait été partie prenante à la réalisation des prélèvements et analyses n'exonère pas M. A de sa responsabilité dès lors que les fautes ont été personnellement constatées à l'encontre de celui-ci et qu'il n'est par ailleurs pas établi que l'intéressé aurait agi sur ordre du syndicat dont il est membre ;
-ce tract a été diffusé à l'extérieur de l'entreprise puisqu'il a été mis en ligne sur le site internet du syndicat CGT ; la circonstance que ce tract était signé du syndicat est sans incidence sur les faits reprochés au salarié ;
- la procédure de consultation du comité social et économique était régulière dès lors notamment que les votes ont bien eu lieu à bulletins secrets et que le salarié a pu faire valoir ses observations devant le comité et que l'absence de celui-ci au cours de la réunion n'a pas exercé une influence sur le sens de l'avis et de la décision attaquée ;
- la procédure de licenciement a été engagée au vu des fautes graves commises par M. A et ne présente pas de lien avec son mandat.
Par des mémoires en défense enregistrés les 1er juillet 2021 et 14 janvier 2022, M. B A, représenté par Me Blindauer, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société Verallia France la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la procédure de licenciement engagée à son encontre était irrégulière dès lors qu'au cours de la consultation du conseil social et économique du 21 janvier 2020, il a été obligé de quitter la salle des délibérations et que le vote n'a pas été réalisé à bulletins secrets ; il a également quitté la réunion du comité social et économique en date du 28 janvier 2020 ;
- il est impossible de sanctionner un salarié à raison des faits accomplis dans le cadre de son mandat de représentant du personnel ;
- la procédure de licenciement engagée par la SA Verallia présente un lien avec ses fonctions représentatives ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2021, le ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 9 décembre 2021 que l'affaire était susceptible, à compter du 30 décembre 2021, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 18 février 2022 par une ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Desseix, rapporteur public,
- et les observations de Me Lamberti, représentant la société anonyme (SA) Verallia France W.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est employé par la société anonyme (SA) Verallia France, spécialisée dans la fabrication de bouteilles et de pots en verre, en qualité de responsable de ligne bout froid et affecté à l'établissement de Chalon-sur-Saône. Il est par ailleurs membre titulaire du conseil social et économique d'établissement, membre du conseil social et économique central et délégué syndical CGT. Il occupe en outre les fonctions de secrétaire général adjoint du syndicat CGT du site. Le 30 janvier 2020, l'employeur a saisi l'inspecteur du travail d'une autorisation de licencier M. A pour faute et, par une décision du 27 mars 2020, cette demande a été rejetée. La SA Verallia France a exercé contre cette décision un recours hiérarchique qui a été implicitement rejeté par le ministre du travail. Elle demande l'annulation de ces deux décisions.
Sur la légalité des décisions attaquées et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
2. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Un agissement du salarié intervenu en-dehors de l'exécution de son contrat de travail ne peut motiver un licenciement pour faute, sauf s'il traduit la méconnaissance par l'intéressé d'une obligation découlant de ce contrat.
En ce qui concerne les griefs relatifs à la méconnaissance de l'obligation de sécurité et de loyauté envers l'employeur :
3. Aux termes de l'article L. 4131-1 du code du travail : " Le travailleur alerte immédiatement l'employeur de toute situation de travail dont il a un motif raisonnable de penser qu'elle présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé ainsi que de toute défectuosité qu'il constate dans les systèmes de protection. () ". Selon l'article L. 1222-1 du même code : " Le contrat de travail est exécuté de bonne foi ".
4. En l'espèce il ressort des pièces du dossier que, le 16 juillet 2019, un incendie s'est déclaré au niveau du toit situé dans la zone du four n° 1. La société Verallia France a fait réaliser, dès le 18 juillet 2019, des mesures d'empoussièrement des zones concernées par le sinistre, mesures qui ont permis de conclure à l'absence de fibres d'amiante dans l'air. Un contrôle de l'état de conservation des matériaux contenant de l'amiante dans le bâtiment du four n° 1 a été réalisé, le 10 septembre 2019, par la société Dekra, laquelle a constaté la présence de plaques ondulées en amiante-ciment sur la toiture et recommandé une évaluation périodique. Le 30 octobre 2019, M. A a réalisé quatre prélèvements de matière, de type poussière, à proximité du four n° 1 et a adressé ces échantillons au laboratoire Eurofins, dont les analyses, retracées dans un rapport du 7 novembre 2019, ont conclu à la présence de fibre d'amiante dans trois échantillons sur quatre. Les 6 et 7 janvier 2020, le syndicat CGT du site a porté à la connaissance de la direction de l'entreprise et des salariés les résultats communiqués par le laboratoire Eurofins.
5. Dans sa demande d'autorisation de licenciement, la SA Verallia France indiquait qu'en diligentant une enquête à l'insu de la direction de l'entreprise et en gardant le silence, pendant deux mois, sur les résultats des analyses effectuées à l'automne 2019, M. A avait manqué à ses obligations de sécurité et de loyauté envers l'employeur. L'inspecteur du travail a estimé, par la décision attaquée, que ces faits ne pouvaient être regardés comme imputables à M. A dès lors que le syndicat CGT du site avait été " partie prenante " à la réalisation des prélèvements.
6. Il est constant que M. A a réalisé lui-même les prélèvements de quatre échantillons de poussière qu'il a ensuite adressés au laboratoire Eurofin. Il ressort cependant des mentions portées sur le courrier du 7 novembre 2019 par lequel ce laboratoire a communiqué les résultats de ces analyses et de la facture émise le même jour, que ces examens ont été réalisés à la demande du syndicat CGT du site de Chalon-sur-Saône et qu'ils s'inscrivaient dans le cadre d'une action collective de ce syndicat. Dès lors, le salarié ne peut être regardé comme ayant commis une faute en réalisant de tels prélèvements de matière au sein de l'entreprise et en les faisant analyser par un laboratoire.
7. Toutefois, ainsi que le soutient la société requérante, la circonstance que les analyses ont été réalisées à la demande du syndicat CGT du site de Chalon-sur-Saône n'est pas de nature, par elle-même, à délier le salarié des obligations qui s'imposent à lui en vertu de son contrat de travail, et au nombre desquelles figurent notamment l'obligation de sécurité et l'obligation de loyauté. Or, en l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A, rendu destinataire des résultats des analyses réalisées par le laboratoire Eurofins, en a pris connaissance dès le 7 novembre 2019 tandis que l'employeur n'en a été informé que le 6 janvier 2020 par la transmission d'une note signée de dix membres du comité social et économique affiliés au syndicat CGT. Ainsi qu'il a été dit précédemment, les analyses effectuées par le laboratoire Eurofins concluaient à la présence de fibre d'amiante de type chrysotile dans trois échantillons sur quatre. M. A ne pouvait ignorer que la présence d'amiante constituait un risque pour la santé et la sécurité des salariés présents sur le site et alors, au surplus, qu'il ressort des pièces du dossier qu'au cours du mois d'octobre 2019, plusieurs salariés avaient fait part de leurs inquiétudes aux représentants syndicaux quant à la présence de matières potentiellement dangereuses pour la santé. Si l'intéressé soutient que le délai qui s'est écoulé entre la transmission par le laboratoire des résultats d'analyses et la date à laquelle la direction en a été informée n'est pas anormal compte tenu notamment des difficultés rencontrées par le syndicat pour réunir ses adhérents, il disposait d'autres moyens pour alerter la direction de la société et pouvait, notamment communiquer cette information à l'occasion des trois réunions du comité social et économique qui ont eu lieu les 12 et 14 novembre et 19 décembre 2019. En omettant d'alerter l'employeur des résultats des analyses dont il avait été destinataire, M. A a manqué à son obligation de sécurité. Par ailleurs, en gardant le silence sur cette information jusqu'au 6 janvier 2020 afin de permettre à l'organisation syndicale à laquelle il appartient de l'utiliser dans le cadre d'une action syndicale, M. A a manqué à l'obligation de loyauté envers son employeur. Dès lors, en estimant que les faits reprochés par la SA Verallia France à M. A ne pouvaient lui être imputés dès lors que le syndicat CGT avait été " partie prenante " aux investigations réalisées et qu'aucune faute ne pouvait en conséquence être retenue, l'inspecteur du travail a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne le grief tenant à la diffusion d'un tract le 7 janvier 2020 :
8. M. A a participé, le 7 janvier 2020, à la distribution, au sein de l'entreprise, d'un tract de nature syndicale signé à l'en-tête de la CGT du site de Chalon-sur-Saône indiquant notamment que " En ne prenant pas de mesures concrètes depuis l'incendie du F 1 le 16 juillet dernier, la direction a fait le choix de faire prendre des risques potentiellement " mortels " à ses salariés, puisque depuis six longs mois, ces derniers travaillent dans une usine où tombent des déchets de toiture contenant des fibres d'amiante ! Ils sont peut-être empoisonnés lentement et irrémédiablement ! () / Pour la CGT, la direction sait pertinemment qu'il y a de l'amiante et fait tout pour éviter le désamiantage et l'arrêt du four, quitte à exposer des êtres humains à un poison mortel dont personne ne guérit ! Ceci ne pourrait-il pas s'appeler " meurtre avec préméditation " ' ". Il ressort des pièces du dossier qu'à à la suite de l'incendie qui s'est déclaré le 16 juillet 2019, la direction de la société Verallia France a entrepris plusieurs démarches ayant notamment pour objet de rechercher la présence d'amiante dans l'air. Elle a fait intervenir, le 18 juillet 2019, l'entreprise Avenir Métal, afin de sécuriser le périmètre, laquelle a missionné la société Stratech pour la réalisation d'une mesure d'empoussièrement. Les examens réalisés le même jour ont conclu à la présence de fibres d'amiante dans l'air à un niveau inférieur à la limite prévue par la règlementation. La société Verallia France a fait procéder à un nouveau mesurage de l'empoussièrement par le Bureau Veritas qui est intervenu les 18 et 19 juillet 2019 et qui a conclu à l'absence de fibres d'amiante. Le 10 septembre 2019, la société Dekra a réalisé un contrôle concluant à la présence de matériaux contenant de l'amiante et préconisant la réalisation d'une évaluation périodique. Ces résultats ont été portés à la connaissance du comité d'hygiène de sécurité et des conditions de travail le 26 septembre 2019. Le 28 novembre 2019, de nouvelles mesures ont été réalisées, à la demande de la société Verallia France, par le Bureau Veritas. Au cours du mois de décembre 2019, à la suite de vents violents ayant occasionné la chute de morceaux de plaques du toit, la société a informé les salariés que de nouvelles analyses seraient effectuées. Parallèlement à ces mesures, la société Verallia France a, dès le 17 juillet 2019, porté à la connaissance des services de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement de Bourgogne-Franche-Comté un rapport d'incident et a, par la suite, rendu compte des mesures prises. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. A a été personnellement destinataire, par courriel du 31 décembre 2019, du rapport d'analyses établi, le 19 juillet 2019, par la société Stratech. Dans ces conditions, la société requérante est fondée à soutenir que le tract diffusé, notamment par M. A, le 7 janvier 2020 contenait des propos mensongers en ce qu'il reprochait à la direction de cette société de n'avoir pris aucune mesure concrète depuis l'incendie du four. Par ailleurs, ce tract contenait des propos manifestement outranciers, excédant la mesure de la simple polémique syndicale, suggérant que la supposée inaction de la direction de la société Verallia France était constitutive d'un " meurtre avec préméditation ". Contrairement à ce qu'a retenu l'inspecteur du travail dans la décision attaquée, la circonstance que le tract était signé par le syndicat CGT du site de Chalon-sur-Saône et non par M. A, à titre personnel, est sans incidence sur la qualification des faits retenus à l'encontre de ce salarié dès lors qu'il a participé à la distribution dudit tract et donc à la diffusion de propos mensongers et outranciers, outrepassant ainsi les limites de l'exercice normal de ses fonctions représentatives.
En ce qui concerne le grief relatif à la violation des règles d'accès et de sécurité au sein de l'entreprise :
9. Aux termes de l'article L. 2142-10 du code du travail : " () / Des personnalités extérieures autres que syndicales peuvent être invitées par les sections syndicales à participer à une réunion, avec l'accord de l'employeur. ". Par ailleurs le règlement intérieur du site de Chalon-sur-Saône adopté au mois de juin 2006 précise que " Sous réserve des dispositions prévues aux articles L. 412-10 et L. 431-7 du code du travail, l'accès à l'entreprise et le séjour dans quelque endroit à l'intérieur de son enceinte n'est possible qu'avec autorisation préalable de la direction, en particulier pour toute personne ne faisant pas ou plus partie du personnel ".
10. Il ressort des pièces du dossier que, le 7 janvier 2020, deux journalistes se sont présentés à l'accueil du site de Chalon-sur-Saône en indiquant avoir rendez-vous avec M. A et que ce dernier les a fait pénétrer au sein des locaux sans autorisation de la direction, cela alors que l'agent d'accueil s'était opposé à la venue de ces deux personnes extérieures à l'entreprise. L'inspecteur du travail a estimé que M. A avait commis une faute mais que, prise isolément, celle-ci n'était pas suffisante pour justifier une mesure de licenciement. Le ministre soutient en défense que les faits ne sont matériellement pas établis dès lors qu'il n'apparaît pas que le tourniquet d'entrée ait été endommagé et que l'agent d'accueil ne s'est pas opposé à l'entrée des deux journalistes dans les locaux. Toutefois, il ne saurait se déduire de la seule circonstance que le tourniquet n'a pas été détérioré que M. A n'a pas fait effectivement introduit, sans autorisation, des personnes extérieures à l'entreprise, alors que ce fait est établi par les pièces du dossier, d'où il ressort également que l'agent de sécurité, après avoir contacté la direction, a refusé l'accès des deux journalistes. Contrairement à ce que soutient M. A, le syndicat devait, en application des dispositions précitées du code du travail et du règlement intérieur de l'entreprise, obtenir l'autorisation de l'employeur pour accueillir des personnes extérieures à l'entreprise alors même que ces personnes pouvaient être librement accueillies dans le local affecté au syndicat. Dès lors, et ainsi que l'a relevé l'inspecteur du travail, en faisant pénétrer sur le site de Chalon-sur-Saône deux personnes extérieures à l'entreprise, alors qu'il n'en avait pas l'autorisation, M. A a manqué à ses obligations telles qu'elles résultent des dispositions précitées.
En ce qui concerne l'existence de fautes d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement :
11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il est établi que M. A a manqué à ses obligations de sécurité et de loyauté en s'abstenant sciemment d'informer son employeur de la teneur des résultats des analyses diligentées par le syndicat CGT pendant deux mois alors qu'il avait parfaitement connaissance que ces analyses avaient conclu à la présence de matière potentiellement dangereuses pour la santé des salariés du site. Il a également, le 7 janvier 2020, commis des agissements ne pouvant se rattacher à un exercice normal de ses fonctions représentatives en participant à la diffusion d'un tract contenant des propos mensongers et outranciers mettant en cause la probité de la direction de l'entreprise et l'accusant de mettre volontairement la vie des salariés en danger. Il a enfin, le même jour, fait pénétrer deux journalistes dans les locaux de l'entreprise en méconnaissance des règles d'accès au site. Ces faits sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement de M. A.
En ce qui concerne l'existence d'un lien avec le mandat du salarié :
12. Par sa décision du 27 mars 2020, l'inspecteur du travail a estimé que l'existence d'un lien entre la procédure de licenciement engagée par la société Verallia France et les mandats exercés par M. A n'était pas à exclure dès lors que cette société n'a pas sanctionné de la même manière les deux autres salariés, représentants du personnel, qui avaient également connaissance des actions menées par le syndicat. Toutefois, la circonstance que la
SA Verallia France n'a prononcé à l'égard de l'un des salariés concernés qu'une mise à pied à titre disciplinaire n'est pas de nature à établir l'existence d'un lien entre la procédure de licenciement engagée à l'égard de M. A et ses fonctions représentatives dès lors que l'employeur a estimé que certains faits ne pouvaient être retenus à l'égard de cet autre salarié. Par ailleurs, si M. A soutient qu'il a occupé de hautes responsabilités au sein du syndicat CGT, qu'il dispose de compétences reconnues et joue un rôle central dans les différentes actions réalisées, notamment dans le cadre de procédures juridictionnelles, ces circonstances ne sont pas davantage de nature à établir que la procédure de licenciement, engagée en considération de faits précis et imputables à l'intéressé, présente un lien avec les mandats dont il est investi.
En ce qui concerne la régularité de la procédure de licenciement :
13. M. A soutient en défense que la procédure de licenciement engagée par la société Verallia France était irrégulière et entend ainsi demander au tribunal de substituer aux motifs erronés de la décision de l'inspecteur du travail du 27 mars 2020 le motif tiré de l'irrégularité de la procédure de licenciement. Toutefois, il ne saurait être procédé à une telle substitution de motif, qui ne peut être sollicitée du juge de l'excès de pouvoir que par l'administration auteur de la décision attaquée, laquelle en l'espèce s'est abstenue de formuler une telle demande.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la SA Verallia France est fondée à demander l'annulation de la décision du 27 mars 2020 par laquelle l'inspecteur du travail a rejeté sa demande d'autorisation de licencier M. A pour motif disciplinaire ainsi que de la décision implicite du ministre du travail rejetant son recours hiérarchique.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SA Verallia France, qui n'est pas, dans la présence instance, la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 27 mars 2020 par laquelle l'inspecteur du travail a rejeté sa demande d'autorisation de licencier M. A pour motif disciplinaire et la décision implicite du ministre du travail rejetant le recours hiérarchique de la société Verallia France sont annulées.
Article 2 : Les conclusions présentées par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SA Verallia France et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Zupan, président,
Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,
M. Hugez, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.
La rapporteure,
N. C
Le président,
D. ZUPANLa greffière,
L. CUROT
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026