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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2003212

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2003212

mardi 15 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2003212
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantRUDLOFF BEATRICE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 novembre 2020, M. A D et Mme C B épouse D et la SCEA D, représentés par la SCP Rudolf, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 1 606,02 euros correspondant à des cotisations de redevance de remembrement dues à l'association foncière de remembrement de Saint-Seine-en-Bâche, qui leur a été notifiée par saisie administrative à tiers détenteur émise par la trésorerie de Seurre, en date du 23 septembre 2020 ;

2°) d'annuler les délibérations des 27 mars 2014 et 7 avril 2015 par lesquelles l'association foncière de Saint-Seine-en-Bâche a décidé de l'augmentation de la redevance de remembrement et les délibérations des 16 janvier et 21 octobre 2014 par lesquelles cette association a décidé de contracter des prêts bancaires pour le financement de travaux ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat et de l'association foncière de remembrement de Saint-Seine-en-Bâche la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- sur la recevabilité de la requête :

- la saisie administrative à tiers détenteurs leur a été notifiée le 23 septembre 2020 et leur requête a été présentée dans le délai de deux mois ;

- ils justifient d'un intérêt pour agir dès lors que le compte bancaire de M. D a été saisi le 3 novembre 2020 et que la redevance litigieuse est refacturée à la société civile d'exploitation agricole D ;

- sur le bien-fondé de la requête :

- les délibérations de l'association foncière de remembrement en date des 27 mars 2014 et 7 avril 2015 portant augmentation de la redevance pour financer la réfection du pont reliant les deux parcelles exploitées par le GAEC du Château sont dépourvues de base légale dès lors qu'il n'existe aucune délibération validant la nécessité des travaux pour le contribuable ni aucune mise en concurrence préalable de l'entreprise prestataire ;

- les délibérations prises par l'association sont entachées d'un détournement de pouvoir dès lors que :

- MM. Christophe Herard, Guillaume Herard et Romain Labouebe en cumulant les fonctions de membres votant de l'association et d'associés, voire gérant, du GAEC du Château, ont commis une prise illégale d'intérêt ;

- elles sont constitutives d'un abus de confiance ;

- les délibérations ayant voté le financement des travaux sont également illégales dès lors que le financement a été voté à hauteur de 78 000 euros et que le marché de travaux a été conclu pour un montant de 74 892 euros, que le prix d'un chantier de cette nature n'est pas aussi élevé et que l'absence de mise en concurrence conforte la surfacturation de cette prestation par la société Magnin TP ;

- la saisie administrative à tiers détenteur, prise sur le fondement de ces délibérations illégales, doit être annulée ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2021, le directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet au fond.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que la saisie administrative à tiers détenteur n'a pas fait l'objet du recours administratif préalable prévu à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales et mentionné au dos à l'avis notifié aux requérants ;

- les requérant ne sont pas fondés à solliciter l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur dès lors qu'ils n'ont pas contesté les titres de recettes concernés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 février 2021, l'association foncière de Saint-Seine-en-Bâche, représentée par la SCP Clemang Gourinat, conclut à l'irrecevabilité de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 1 453 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation des délibérations prises par l'association sont irrecevables dès lors que le recours contre ces délibérations a été présenté au-delà du délai raisonnable d'un an et que les requérants ne font état d'aucune circonstance particulière justifiant le dépôt tardif de leur requête ;

- les conclusions dirigées contre la saisie administrative à tiers détenteur sont également irrecevables dès lors que les requérants ne sont plus recevables à exciper de l'illégalité des délibérations prises par l'association lesquelles sont devenues définitives.

Par une ordonnance du 27 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 octobre 2022.

Par une lettre du 27 septembre 2022 les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation des délibérations prises par l'association foncière de Saint-Seine-en-Bâche les 16 janvier 2014, 24 mars 2014, 21 octobre 2014 et 7 avril 2015 dès lors que ces conclusions ont été présentées postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois lequel a couru à compter de l'affichage de ces délibérations en mairie.

Par un mémoire complémentaire, enregistré le 30 septembre 2022, M. et Mme D et la SCEA D, persistent dans leurs précédentes écritures.

Ils soutiennent en outre que :

- la présentation d'un recours administratif préalable n'était pas nécessaire dès lors qu'ils ne contestent pas uniquement la procédure de recouvrement de la créance mais également le bien-fondé de celle-ci ;

- ils sont recevables à contester la saisie administrative à tiers détenteur en application de l'article L. 1615-7 du code général des collectivités territoriales ;

- l'exception d'illégalité soulevée à l'encontre des délibérations des 27 mars 2014 et 7 avril 2015 est recevable dès lors que ces délibérations présentent un caractère règlementaire ;

- l'exception d'illégalité des délibérations des 16 janvier 2014 et 27 octobre 2014 est également recevable dès lors que l'augmentation de la redevance et l'autorisation donnée au président de l'association syndicale de contracter un prêt et le recouvrement de la créance font partie d'une opération complexe.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- les conclusions de M. Bataillard, rapporteur public,

- et les observations de Me Gourinat, représentant l'association foncière de remembrement de Saint-Seine-en-Bâche.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D sont propriétaires de plusieurs parcelles sur le territoire de la commune de Saint-Seine-en-Bâche. Par une délibération du 16 janvier 2014, le bureau de l'association foncière de remembrement de Saint-Seine-en-Bâche a décidé de contracter un prêt bancaire d'un montant de 65 000 euros pour le financement des travaux de consolidation d'ouvrage. Par une délibération du 21 octobre 2014, le même bureau a décidé de contracter un autre prêt d'un montant de 13 000 euros. Par une délibération du 27 mars 2014 le comité syndical de l'association foncière de remembrement de Saint-Seine-en-Bâche a décidé de fixer le montant de la redevance annuelle à 16 euros TTC l'hectare pour l'année 2014 puis, par une délibération du 7 avril 2015, le comité syndical a fixé le montant de cette redevance à 22 euros TTC l'hectare. Le 23 septembre 2020, la trésorerie de Seurre a émis une saisie administrative à tiers détenteur pour obtenir le recouvrement de la somme de 1 606,02 euros correspondant aux redevances dues par M. D au titre des années 2015 à 2019. Par leur requête, M. et Mme D et la SCEA D demandent l'annulation des quatre délibérations de l'association foncière de remembrement de Saint-Seine-en Bâche et de la saisie à tiers détenteur émise le 23 septembre 2020.

Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre les délibérations prises par l'association foncière de remembrement de Saint-Seine-en-Bâche :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier, notamment des certificats d'affichage établis par le président de l'association foncière de Saint-Seine-en-Bâche dont les mentions ne sont pas contestées par les requérants, que les délibérations des 16 janvier 2014, 27 mars 2014, 21 octobre 2014 et 7 avril 2015 ont été affichées aux portes de la mairie de Saint-Seine-en-Bâche respectivement entre le 20 janvier 2014 et le 19 février 2014, entre le 3 avril 2014 et le 2 mai 2014, entre le 27 octobre 2014 et le 26 novembre 2014 et entre le 14 avril 2015 et le 13 mai 2015. Ces affichages ont eu pour effet de déclencher le délai de recours contentieux de deux mois à l'encontre de ces délibérations. Dès lors, les conclusions des requérants tendant à l'annulation de ces délibérations, présentées le 20 novembre 2020, sont tardives et par suite irrecevables.

Sur les conclusions tendant à la décharge de l'obligation de payer et sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de ces conclusions :

4. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. () ". Les moyens relatifs au bien-fondé des créances dont le recouvrement est poursuivi par l'administration ne peuvent être utilement invoqués à l'appui d'une opposition au recouvrement formée dans les conditions prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales.

5. En l'espèce, les conclusions des requérants qui demandent " l'annulation de la saisie administrative " en date du 23 septembre 2020 doivent être regardées comme tendant à la décharge de l'obligation de payer résultant de cet acte et donc comme relevant du contentieux du recouvrement. Le moyen soulevé par les requérants, qui ne contestent pas avoir eu connaissance des titres de recette au moment de leur émission et ont d'ailleurs payé spontanément une partie des redevances mises à leur charge, et tiré de ce que les délibérations prises par l'association foncière de Saint-Seine-en-Bâche seraient illégales, est relatif au bien-fondé des redevances mises à la charge des requérants. Ce moyen est, dès lors inopérant, et ne peut qu'être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. et Mme D et la SCEA D tendant à la décharge de l'obligation de payer notifiée par la saisie administrative à tiers détenteur du 23 septembre 2020 et à l'annulation des délibérations prises par l'association foncière de Saint Seine en Bâche doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et de l'association foncière de Saint-Seine-en-Bâche qui ne sont pas, dans la présente instance, les parties perdantes, quelque somme sur ce soit au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme demandée par l'association foncière de Saint-Seine-en-Bâche au titre des frais exposés par celle-ci et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme D et de la SCEA D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'association foncière de Saint-Seine-en-Bâche au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme D, à la SCEA D, à l'association foncière de Saint-Seine-en-Bâche et au directeur régional des finances publiques de Bourgogne-Franche-Comté et du département de la Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.

La rapporteure,

N. E

Le président,

Ph. NICOLET La greffière,

L. CUROT

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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