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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2003242

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2003242

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2003242
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCOTTIN STÉPHANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 novembre 2020, la société Hybrid Motors Group, représentée par Me Cottin, demande au tribunal :

1°) d'annuler le courrier du 12 octobre 2020 par lequel le chef adjoint du pôle véhicules de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) de Bourgogne-Franche-Comté l'a invitée, dans le cadre de l'instruction de sa demande de réception à titre isolé d'un véhicule de marque Dodge, soit à transmettre les procès-verbaux d'essais complets réalisés par un laboratoire notifié, soit à solliciter de la société Union technique de l'automobile, du motocycle et du cycle (UTAC) la réalisation de tels essais ;

2°) d'enjoindre au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté de réexaminer sa demande en tenant compte des essais réalisés par le laboratoire allemand Technischer Überwachungs Verein (TÜV) ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet de région aurait dû prendre en compte les résultats des essais effectués par le laboratoire TÜV, dès lors que les domaines ayant fait l'objet d'un contrôle sont identiques à ceux listés par l'annexe IV de la directive 2007/46/CE du 5 septembre 2007, reprise par l'article 14 bis de l'arrêté du 19 juillet 1954, et que ce laboratoire est reconnu en Allemagne.

Par un mémoire en défense enregistrés les 27 janvier 2021, le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une ordonnance du 31 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- le règlement (CE) n° 715/2007 du Parlement européen et du Conseil du 20 juin 2007 ;

- le règlement (CE) n° 692/2008 de la Commission du 19 juillet 2008 ;

- le règlement (CE) n° 661/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 ;

- la directive 2007/46/CE du 5 septembre 2007 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la route ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 2014-1273 du 30 octobre 2014 ;

- l'arrêté du 19 juillet 1954 relatif à la réception des véhicules automobiles ;

- l'arrêté du 18 août 1955 relatif au freinage des véhicules automobiles ;

- l'arrêté du 20 novembre 1969 relatif aux rétroviseurs des véhicules ;

- l'arrêté du 13 avril 1972 relatif au bruit des véhicules automobiles ;

- l'arrêté du 4 mai 2009 relatif à la réception des véhicules à moteur concernant les parasites radioélectriques (compatibilité électromagnétique) ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique,

- les observations de M. A et de M. B, représentant le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté.

Considérant ce qui suit :

1. La société Hybrid Motors Group, spécialisée dans l'importation et la vente de véhicules provenant essentiellement des Etats-Unis, a déposé, le 22 janvier 2020, une demande de réception à titre isolé d'un véhicule Dodge Ram 1 500 Rebel, fabriqué aux Etats-Unis et importé en France depuis l'Allemagne, pays dans lequel il a été immatriculé. Par un courrier du 18 février 2020, la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL) Bourgogne-Franche-Comté a informé la société que le représentant du constructeur ne pouvait attester de la conformité du véhicule aux dispositions réglementaires de l'Union européenne relatives aux domaines essentiels de sécurité, c'est-à-dire au freinage, au niveau sonore, au champ de rétrovision, à la compatibilité électromagnétique, aux émissions polluantes et à la pesée, et que les autorités allemandes avaient été consultées afin que soient transmis à l'administration les essais techniques qui auraient déjà été réalisés pour l'immatriculation du véhicule en Allemagne, tout en précisant à la société qu'elle avait également la possibilité de faire réaliser les essais techniques dans un laboratoire notifié d'un autre Etat membre ou, en France, par la société Union technique de l'automobile, du motocycle et du cycle (UTAC). La société Hybrid Motors Group a sollicité, dans un courrier en réponse du 9 mars 2020, que soient pris en compte les essais techniques réalisés par le laboratoire allemand Technischer Überwachungs Verein (TUV) Süd Auto Service GmbH. Par un courrier du 12 octobre 2020, la DREAL a informé la société que les documents joints à sa demande ne répondaient pas, sur le fond et sur la forme, aux exigences de l'article 14 bis de l'arrêté du 19 juillet 1954 et que les autorités allemandes ont confirmé que l'immatriculation n'avait pas donné lieu à des essais techniques. Elle a en conséquence invité la société soit à lui transmettre, pour les six domaines essentiels de sécurité listés à l'annexe IV de la directive 2007/46/CE, des fiches de communication accompagnées des procès-verbaux complets, réalisés par un laboratoire notifié, soit à saisir l'UTAC pour la réalisation d'essais adaptés. Par la présente requête, la société Hybrid Motors Group demande l'annulation de ce courrier.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le courrier du 12 octobre 2020 comporte les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. La société requérante, à laquelle il était indiqué que " son dossier était incomplet " et qui était invitée " afin de poursuivre l'instruction " à transmettre un certain nombre de pièces précisément et limitativement énumérées, était notamment en mesure de comprendre pourquoi la réception à titre isolé de son véhicule n'était pas été prononcée. Les mentions du courrier du 12 octobre 2020 permettaient ainsi à la société Hybrid Motors Group d'en contester utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article R. 311-1 du code de la route : " Pour l'application du présent code, les termes ci-après ont le sens qui leur est donné dans le présent article : / 1. Véhicules de catégorie M : véhicules à moteur conçus et construits pour le transport de personnes et ayant au moins quatre roues : / 1.1. Véhicule de catégorie M1 : véhicule conçu et construit pour le transport de personnes et comportant, outre le siège du conducteur, huit places assises au maximum ; () 2.1. Véhicule de catégorie N1 : véhicule conçu et construit pour le transport de marchandises ayant un poids maximal inférieur ou égal à 3,5 tonnes ; () ". En vertu de l'article R. 321-15 du même code : " Avant sa mise en circulation et en l'absence de réception CE, tout véhicule à moteur, toute remorque ou tout élément de véhicule, toute semi-remorque doit faire l'objet d'une réception nationale effectuée soit par type à la demande du constructeur, soit à titre isolé à la demande du propriétaire ou de son représentant. / Toutefois, en ce qui concerne les véhicules ou éléments de véhicules qui ne sont pas fabriqués ou assemblés sur le territoire d'un Etat membre de l'Union européenne, la réception par type n'est admise que si le constructeur possède en France un représentant spécialement accrédité auprès du ministre chargé des transports. Dans ce cas, elle a lieu sur demande dudit représentant. / Le ministre chargé des transports détermine par arrêté les éléments de véhicule soumis à réception ainsi que les conditions particulières auxquelles sont soumis les différents éléments de véhicule pour assurer la conformité des véhicules formés à partir d'éléments avec les dispositions du présent code. / Toutefois, tout véhicule carrossé individuellement peut être mis en circulation après un contrôle de conformité initial effectué par un opérateur qualifié. Les catégories de véhicules soumis à ce contrôle, les modalités de ce contrôle et les conditions de désignation des opérateurs qualifiés sont fixées par arrêté du ministre chargé des transports. / Le ministre chargé des transports fixe la liste des matériels de travaux publics, appelés à être employés normalement sur les routes, qui doivent faire l'objet d'une réception. / Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux véhicules de collection, aux engins de déplacement personnel motorisés et aux véhicules appartenant à des personnes de statut diplomatique ou assimilé ". L'article 1er de l'arrêté du 19 juillet 1954 relatif à la réception des véhicules automobiles dispose : " Le présent arrêté ne concerne que les réceptions par type ou à titre isolé nationales telles que définies aux articles R. 321-15 à R. 321-24 du code de la route ". Selon l'article 14 bis de cet arrêté : " I. - Un véhicule usagé relevant de la catégorie internationale M1 ou N1 visée à l'article R. 311-1 du code de la route, précédemment immatriculé hors du territoire français, non conforme à un type ayant fait l'objet d'une réception communautaire ou d'une réception nationale française et importé en France en vue de son immatriculation, doit faire l'objet d'une réception à titre isolé auprès du service en charge des réceptions. / Le véhicule doit répondre aux domaines essentiels de sécurité listés à l'annexe IV de la directive 2007/46/CE et des textes pris pour son application, applicables à sa date de première mise en circulation. / II. - En particulier, au moins pour les six domaines réglementés, listés à l'annexe IV de la directive 2007/46/CE, suivants : / - le freinage ; / - la visibilité arrière du conducteur et les dispositifs de vision indirect ; / - le niveau sonore ; / - les émissions ; / - la compatibilité électromagnétique ; / - la sécurité électrique (si concerné), / la conformité est établie par la présentation de fiches de communication, de procès-verbaux d'essais par un laboratoire reconnu ou d'attestation du constructeur. / Pour ce qui concerne les véhicules précédemment immatriculés dans un Etat membre, les demandes de réception à titre isolé ne disposant pas des documents de conformité pour un ou plusieurs des cinq domaines réglementés tel qu'il est indiqué ci-dessus, et afin d'éviter de refaire des essais techniques déjà effectués dans le cadre d'autres procédures dans l'Etat membre de provenance, la procédure suivante est appliquée : / - les autorités françaises demandent aux autorités de l'Etat membre de provenance, pour les documents de conformité manquants, si des essais techniques ont été réalisés et, dans l'affirmative, demandent la transmission des résultats correspondants. Les autorités françaises informent le demandeur de cette démarche et attitude active ; / - à tout moment le demandeur conserve le choix d'attendre la réponse des autorités de l'Etat membre de provenance du véhicule ou de réaliser les essais techniques manquants dans un laboratoire reconnu d'un Etat membre de son choix. / III. - Pour tous les autres domaines réglementés listés à l'annexe IV de la directive 2007/46/CE et des textes pris pour son application, pour lesquels la demande de réception à titre isolé ne dispose pas de documents de conformité tel qu'il est indiqué ci-dessus, au paragraphe II, les vérifications sont réalisées par le service en charge des réceptions lors de la présentation du véhicule ".

4. La société Hybrid Motors Groupe se borne à soutenir que les essais réalisés par le laboratoire TÜV Sud Auto Service GmbH de Kempten, lequel est, selon elle, " un laboratoire reconnu " en Allemagne, sont équivalents à ceux exigés par l'article 14 bis précité de l'arrêté du 19 juillet 1954, alors que le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté expose, de manière détaillée, que ces derniers ne sont pas conformes aux exigences réglementaires applicables aux six domaines essentiels de sécurité listés à l'annexe IV de la directive 2007/46/CE, telles que fixées par plusieurs arrêtés du 18 août 1955 relatif au freinage des véhicules automobiles, du 20 novembre 1969 relatif aux rétroviseurs des véhicules, du 13 avril 1972 relatif au bruit des véhicules automobiles, du 4 mai 2009 relatif à la réception des véhicules à moteur concernant les parasites radioélectriques (compatibilité électromagnétique) ainsi que par le règlement n° 715/2007 du Parlement européen et du Conseil du 20 juin 2007 relatif à la réception des véhicules à moteur au regard des émissions des véhicules particuliers et utilitaires légers (Euro 5 et Euro 6) et aux informations sur la réparation et l'entretien des véhicules et son règlement d'application n° 692/2008 de la Commission du 18 juillet 2008, ainsi que le règlement n° 661/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 concernant les prescriptions pour l'homologation relatives à la sécurité générale des véhicules à moteur, de leurs remorques et des systèmes, composants et entités techniques distinctes qui leur sont destinés.

5. Dès lors, et à supposer même que le laboratoire TÜV Sud Auto Service GmbH de Kempten, dont il est établi qu'il est seulement agréé en Allemagne comme " centre de contrôle technique des véhicules " en application de la loi allemande sur les experts automobiles (KfSachvG) du 22 décembre 1971, sans être désigné " service technique " au sens de la directive 2007/46/CE, puisse être qualifié de " laboratoire reconnu " par un Etat membre au sens de l'article 14 bis précité, la société Hybrid Motors Group, qui n'oppose aucun contredit sérieux aux éléments circonstanciés présentés en défense s'agissant de l'absence de conformité des essais réalisés aux exigences réglementaires et qui n'a pas, malgré une mesure d'instruction du tribunal en ce sens, produit une traduction en langue française de l'intégralité du procès-verbal des essais dont elle se prévaut, n'assortit pas son moyen des précisions permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que la société Hybrid Motors Group n'est pas fondée à demander l'annulation du courrier du 12 octobre 2020. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à la société Hybrid Motors Group au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Hybrid Motors Group est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Hybrid Motors Group et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2003242

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