lundi 25 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2003348 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BARBEROUSSE NATACHA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 5 décembre 2020 et le 14 février 2022, Mme D B, représentée par Me Barberousse, demande au Tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 octobre 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Mâcon a refusé de donner son accord à la traduction de M. A en chambre de discipline ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Mâcon la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- M. A, pharmacien chef de service, qui refuse de collaborer avec elle depuis près de deux ans, a proféré par trois fois des menaces à son encontre les 15 et 16 janvier 2020 ce qui constitue des manquements au code de déontologie des pharmaciens et donc des fautes disciplinaires ;
- par une ordonnance du 12 octobre 2020, le président de la chambre de discipline du conseil central de la section H n'a pas donné suite à sa plainte conformément à l'article R. 4235-1 du code de la santé publique faute d'accord du directeur du centre hospitalier de Mâcon, qui par courrier du 5 octobre 2020 s'est opposé à la traduction de M. A en chambre de discipline ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure ;
- elle est entachée d'une " erreur d'appréciation " ;
- ses deux premiers motifs sont erronés et le troisième n'est attesté par aucun document.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 12 mars 2021 et 4 mars 2022, le centre hospitalier de Mâcon, représenté par Me Leleu, conclut :
1°) au rejet de la requête ;
2°) à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés ;
- son refus d'autoriser les poursuites disciplinaires à l'encontre de M. A se fonde sur la circonstance que, d'une part, les manquements reprochés à M. A, qui n'a été ni insultant ni menaçant physiquement, sont demeurés isolés et, d'autre part, le climat de tension dans lequel s'est produite l'altercation est en partie imputable à Mme B ;
- le moyen tiré du vice de procédure est irrecevable.
La procédure a été communiquée à M. E A qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Puglierini, rapporteur public,
- et les observations de Me Caille, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, praticienne hospitalière et pharmacienne au sein du centre hospitalier (CH) de Mâcon depuis octobre 1997, a assuré les fonctions de cheffe de service de la pharmacie durant quatre années avant de prendre la décision de démissionner en 2006 en raison d'une " surcharge d'activités ne () permettant pas alors de remplir pleinement tous les objectifs de cette fonction ", conduisant M. A, également pharmacien et alors nouvellement nommé praticien hospitalier après avoir été assistant, à lui succéder à la tête de ce service. Le 8 janvier 2020, Mme B a, à l'insu de son chef de service, adressé au président de la commission médicale d'établissement, avec en copie le directeur du CH de Mâcon et la directrice adjointe des ressources humaines, un courriel mentionnant en objet " demande urgente de changement de chef de service de la pharmacie ". L'existence de ce courriel a été portée à la connaissance de M. A, par sa hiérarchie, le 14 janvier suivant, avant de finir par lui être transféré le lendemain matin par son destinataire. Les 15 et 16 janvier 2020, une altercation verbale a opposé ce dernier à Mme B qui a déclaré un accident de service en raison " d'intimidations et menaces verbales violentes et répétées ".
2. Après avoir déposé une plainte pour " menaces et harcèlement moral " au commissariat de police le 14 février 2020, l'intéressée a saisi, le 5 mars suivant, le président de la chambre de discipline du conseil central de la section H d'une plainte à l'encontre de son confrère, dont l'article R. 4235-1 du code de la santé publique subordonne la recevabilité, s'agissant d'un praticien hospitalier, à l'accord de l'autorité administrative dont il relève. Par la présente requête, Mme B demande au Tribunal d'annuler la décision du 5 octobre 2020 par laquelle le directeur du centre hospitalier de Mâcon a refusé de donner son accord à la traduction de M. A en chambre de discipline.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 4235-1 du code de la santé publique : " Un code de déontologie, préparé par le Conseil national de l'ordre des pharmaciens, est édicté sous la forme d'un décret en Conseil d'Etat. / Ce code fixe notamment, en ce qui concerne les fonctionnaires exerçant la pharmacie, les relations entre les administrations dont ils dépendent et les conseils de l'ordre, au point de vue disciplinaire ". Aux termes de l'article R. 4234-1 de ce code dans sa version applicable en l'espèce : " L'action disciplinaire contre un pharmacien ne peut être introduite que par le ministre chargé de la santé (), un pharmacien inscrit à l'un des tableaux de l'ordre ou un particulier () ", lesquels ont la qualité de partie devant la juridiction disciplinaire de l'ordre des pharmaciens. Aux termes de l'article R. 4235-1 du même code : " Les dispositions du présent chapitre constituent le code de déontologie des pharmaciens prévu à l'article L. 4235-1./ Les dispositions du code de déontologie s'imposent à tous les pharmaciens () inscrits à l'un des tableaux de l'ordre./ () Les infractions à ces dispositions relèvent de la juridiction disciplinaire de l'ordre, sans préjudice des poursuites pénales qu'elles seraient susceptibles d'entraîner./ Quelles que soient les personnes morales au sein desquelles ils exercent, les pharmaciens ne sauraient considérer cette circonstance comme les dispensant à titre personnel de leurs obligations./ Les pharmaciens qui exercent une mission de service public, notamment dans un établissement public de santé ou dans un laboratoire d'analyses de biologie médicale public, et qui sont inscrits à ce titre à l'un des tableaux de l'ordre, ne peuvent être traduits en chambre de discipline que sur la demande ou avec l'accord de l'autorité administrative dont ils relèvent ".
4. L'autorité administrative, saisie d'une demande d'accord aux fins de traduction d'un pharmacien en chambre de discipline sur le fondement de dispositions précitées, doit être regardée comme disposant d'un large pouvoir d'appréciation et peut tenir compte notamment de la gravité des manquements allégués, du sérieux des indices relatifs à ces faits, de la date à laquelle ils ont été commis, du contexte dans lequel ils l'ont été, ainsi que de l'opportunité d'engager des poursuites compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, mais aussi de l'ensemble des intérêts généraux dont elle a la charge.
5. En premier lieu, après l'expiration du délai de recours contre un acte administratif, sont irrecevables, sauf s'ils sont d'ordre public, les moyens soulevés par le demandeur qui relèvent d'une cause juridique différente de celle à laquelle se rattachent les moyens invoqués dans sa demande avant l'expiration de ce délai. Ce délai de recours commence, en principe, à courir à compter de la publication ou de la notification complète et régulière de l'acte attaqué. Toutefois, à défaut, il court, au plus tard, à compter, pour ce qui concerne un demandeur donné, de l'introduction de son recours contentieux contre cet acte.
6. Le moyen de légalité externe tiré de ce que la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure a, en tout état de cause, été invoqué pour la première fois dans le mémoire enregistré au greffe du tribunal le 14 février 2022, soit plus de deux mois après l'introduction du recours de Mme B, le 5 décembre 2020. Ce moyen, qui n'est pas d'ordre public, se rattache à une cause juridique distincte de celle dont relève le moyen de légalité interne invoqué dans la requête introductive d'instance et est, par suite, irrecevable, ainsi que le fait valoir le centre hospitalier de Mâcon dans ses écritures en défense.
7. En deuxième lieu, si la requérante soutient que les motifs de la décision attaquée sont respectivement " erronés " et " pas établis ", l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. Il ressort des termes de la décision attaquée que le directeur du CH de Mâcon s'est initialement fondé sur les seuls motifs tirés de l'absence de Mme B aux différentes actions de médiation mises en place par le centre hospitalier alors que son état de santé ne lui permettait pas d'y faire face et des propositions de M. A de trouver une solution amiable. Cependant, il ressort des termes mêmes de ses écritures en défense que le CH de Mâcon, qui souhaite privilégier une conciliation " plus propice à ramener le clame " dans l'intérêt du service public hospitalier, se fonde désormais sur ces mêmes circonstances et sur de nouveaux motifs tirés de ce que, d'une part, les manquements reprochés à M. A, qui n'a été ni " insultant ni menaçant physiquement ", sont demeurés isolés et, d'autre part, le climat de tension dans lequel s'est produite l'altercation des 15 et 16 janvier 2020 est aussi en partie imputable à la requérante, ce que cette dernière ne conteste, au demeurant, ni sérieusement ni efficacement.
9. A cet égard et alors que M. A assurait les fonctions de chef du service pharmacie du centre hospitalier de Mâcon depuis près d'une quinzaine d'années, aucune des pièces du dossier ne vient corroborer les seules déclarations et allégations de la requérante avant l'incident des 15 et 16 janvier 2020. Au demeurant, cet incident a été provoqué, ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, par l'envoi d'un courriel que Mme B a adressé aux organes de direction de l'établissement, en mettant en cause, dans des termes particulièrement hostiles et véhéments, les compétences managériales de son supérieur hiérarchique direct, manifestement court-circuité et dont le fonctionnement était qualifié par la requérante de " délétère au service " et " favorisant la désorganisation, l'autoritarisme et la division : en somme l'inhumanité ". Toutefois, Mme B dont il ressort des pièces du dossier qu'elle entretient un relationnel compliqué avec des confrères et collaborateurs du centre hospitalier, n'apporte en l'espèce aucun élément de nature à mettre en doute ou à contredire la teneur du courriel circonstancié et dans des termes relativement mesurés, adressé le 16 janvier 2020 par M. A à sa hiérarchie en réponse aux accusations, aucunement étayées, dont il avait ainsi été l'objet. C'est dans ce contexte, qu'informé le 14 janvier 2020 par sa hiérarchie de " l'existence " d'un courriel par lequel sa collaboratrice le met personnellement en cause, M. A a, le lendemain matin, fait irruption dans son bureau en se bornant à lui enjoindre de lui communiquer, non pas " un document confidentiel ", mais le courriel l'incriminant et que le destinataire a, le même jour, cru bon de transférer à M. A sans autre forme d'accompagnement. S'il ressort des pièces du dossier que le 16 janvier 2020, M. A, muni du courriel de Mme B, a reconnu lui avoir dit, dans un accès de colère qu'il " regrette ", " tu as la chance d'être une femme, sinon je te casserais la gueule " et " tu as déclaré la guerre, je vais m'occuper de toi ", ces propos qui ne constituent pas des menaces physiques, pour regrettables et blâmables qu'ils soient, s'avèrent isolés au regard de l'ancienneté des fonctions managériales de M. A et trouvent leur explication dans l'envoi par Mme B d'accusations qu'il estime, de son côté, sans d'ailleurs être utilement contredit, inexactes et " diffamatoires ".
10. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que le directeur du CH de Mâcon aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur les seuls nouveaux motifs mentionnés au point 8 du présent jugement et dont il résulte de ce qui vient d'être dit au point qui précède qu'ils ne sont pas entachés d'inexactitudes matérielles. Il y a dès lors lieu de substituer ces motifs à ceux de la décision attaquée, cette substitution ne privant Mme B d'aucune garantie procédurale dès lors que, par la communication des écritures en défense, elle a été mise à même de faire valoir ses observations sur ces motifs. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.
11. En dernier lieu, eu égard à ce qui a été dit aux points 4, 8 et 9 du présent jugement, il ne ressort pas des pièces du dossier que le directeur du CH de Mâcon aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de donner son accord à la traduction de M. A en chambre de discipline.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Mâcon sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à M. A et au centre hospitalier de Mâcon.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Nicolas Delespierre, président,
- M. Sébastien Blacher, premier conseiller,
- Mme Karima Hunault, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2022.
La rapporteure,
K. C
Le président,
N. Delespierre La greffière,
E. Herique
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026