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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2003583

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2003583

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2003583
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP AUDARD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 décembre 2020 et 16 décembre 2021, Mme A C, représentée par Me Audard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de la zone de défense et de sécurité Est du 12 octobre 2020 prononçant son admission à la retraite pour invalidité ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que l'avis de la commission de réforme est lui-même irrégulier ;

- elle a été prise au vu d'un avis conforme du ministre du budget, dont la régularité n'est pas démontrée ;

- elle n'est pas inapte définitivement à l'exercice de toutes fonctions et l'administration s'est estimée à tort en situation de compétence liée sur ce point ;

- la décision est entachée de rétroactivité illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2021, la préfète de la zone de défense et de sécurité Est conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée a été fixée au 17 décembre 2021, et rouverte, uniquement en ce qui concerne les éléments et pièces communiquées le 26 août 2022 par la préfète de la zone de défense et de sécurité Est en réponse à une mesure d'instruction du tribunal.

Mme C a présenté un nouveau mémoire le 8 septembre 2022, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Ach, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Audard, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, adjointe administrative de 1ère classe de l'intérieur et de l'outre-mer, a été affectée en 2003 à la direction départementale de la sécurité publique de la Côte-d'Or. Par un courrier du 11 décembre 2015, elle a demandé la reconnaissance de l'imputabilité au service, à compter du 5 octobre 2015, du syndrome dépressif dont elle souffre. Cette demande a été rejetée par un arrêté du 4 juillet 2016 du préfet de la zone de défense et de sécurité Est. Cet arrêté a été annulé pour erreur de droit par jugement du tribunal du 2 mars 2018. Par un arrêté du 27 juin 2018, le préfet de la zone de défense et de sécurité Est a, à nouveau, rejeté la demande de Mme C au motif que le lien entre sa pathologie et l'exercice de ses fonctions n'était pas établi. La requête de l'intéressée contre cet arrêté a été rejetée par un nouveau jugement du tribunal du 30 avril 2019. Ce jugement est devenu définitif suite au rejet de la requête d'appel et du pourvoi en cassation formés par l'intéressée. Par la présente requête, Mme C demande l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2020 par lequel la préfète de la zone de défense et de sécurité Est a prononcé son admission à la retraite pour invalidité à compter du 5 octobre 2017.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 47 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa version alors applicable : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé de longue maladie ou de longue durée, reprendre son service est soit reclassé dans un autre emploi, en application du décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 pris en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat en vue de faciliter le reclassement des fonctionnaires de l'Etat reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Pendant toute la durée de la procédure requérant soit l'avis du comité médical, soit l'avis de la commission de réforme, soit l'avis de ces deux instances, le paiement du demi-traitement est maintenu jusqu'à la date de la décision de reprise de service ou de réintégration, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. ".

3. Et aux termes de l'article 19, alors applicable, du même décret : " La commission de réforme ne peut délibérer valablement que si la majorité absolue des membres en exercice assiste à la séance ; un praticien de médecine générale ou le spécialiste compétent pour l'affection considérée doit participer à la délibération. () Le fonctionnaire est invité à prendre connaissance, personnellement ou par l'intermédiaire de son représentant, de la partie administrative de son dossier. Un délai minimum de huit jours doit séparer la date à laquelle cette consultation est possible de la date de la réunion de la commission de réforme ; il peut présenter des observations écrites et fournir des certificats médicaux. () Le secrétariat de la commission de réforme informe le fonctionnaire : -de la date à laquelle la commission de réforme examinera son dossier ; -de ses droits concernant la communication de son dossier et la possibilité de se faire entendre par la commission de réforme, de même que de faire entendre le médecin et la personne de son choix. () ".

4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. L'arrêté attaqué a été pris après avis de la commission de réforme du 11 septembre 2019. Ainsi que la préfète le reconnait dans le récapitulatif de la situation de la requérante produit le 26 août 2022 à la demande du tribunal, Mme C n'a pas été informée de l'examen de son dossier par la commission de réforme du 11 septembre 2019. La requérante a ainsi été privée des garanties instituées par les dispositions précitées de l'article 19 du décret du 14 mars 1986. La circonstance, à la supposer établie, que le dossier de Mme C ait été examiné de nouveau par la commission de réforme dans sa séance du 6 octobre 2021, ce dont l'intéressée aurait été informée, ne saurait être invoquée utilement par la préfète dès lors que la légalité de la décision attaquée s'apprécie à la date de son édiction.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés, Mme C est fondée à soutenir que l'arrêté du 12 octobre 2020 prononçant son admission à la retraite est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière qui l'a privée d'une garantie. Par suite, cet arrêté doit être annulé.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros à verser à Mme C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de la zone de défense et de sécurité Est du 12 octobre 2020 prononçant l'admission à la retraite de Mme C est annulé.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 300 euros à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie sera adressée à la préfète de la zone de défense et de sécurité Est.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

La rapporteure,

M-E B

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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